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L'article complet |
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De tout temps,
les sociétés humaines en occupant les territoires ont
entretenu certaines formes de relation avec la nature et ont, pour ce
faire, organisé leurs relations à la Terre.
Ces relations
ont été parfois dissymétriques et ont appauvri
le capital naturel et ce parfois de manière irrémédiable. Le milieu montagnard,
après un développement économique effréné,
panse ses plaies. Les décideurs daujourdhui ont une
vision différente de la montagne et tentent, à travers
leurs actions, de ne plus compromettre, pour les générations
futures, le capital naturel de la montagne, territoire aux écosystèmes
fragiles. En reprenant les
étapes successives du développement économique
montagnard, nous chercherons à mieux saisir les enjeux des nouveaux
systèmes territoriaux qui émergent dans la région
du Mont-Blanc et plus particulièrement un système territorial
environnemental à consonance durable. Système territorial et développement durable Le territoire est à la fois une réalité aussi bien naturelle que sociale. Le milieu, les pratiques et les représentations sociales (ou système référentiel) doivent se situer dans un contexte socio-politique particulier favorable ou non à des changements détat de ces systèmes territoriaux. Lensemble constituant un système dont les parties sont interdépendantes. Il faut savoir quun territoire est composé déléments en interaction, interdépendants. Cest aussi une relation privilégiée entre lhomme et le milieu naturel structurée par un environnement naturel et humain, constitué en particulier dacteurs sociaux. A partir des représentations de ceux-ci, des actions seront mobilisées. Quon le comprenne bien, représentations et pratiques sont liées ; en effet les représentations sont les modalités concrètes qui vont permettre aux acteurs, dans un premier temps, didentifier puis dutiliser des éléments naturels qui seront ainsi inventés puis appropriés par une société comme une création sociale correspondant à une ressource identifiée comme telle générant une image phare. Figure 1 Succession de systèmes territoriaux
Source : Coll., 1994, p. 38. Le contexte social sera un des éléments moteurs pour les changements. Le reprofilage des systèmes territoriaux évolue lentement et se remplace. Il faut savoir que le passage dun système territorial à un autre seffectue à partir dun changement de représentations des acteurs en présence qui modifient leurs pratiques sociales de la montagne et in fine de leur environnement Ce passage ne seffectue pas brutalement mais progressivement (voir Figure 1) accompagné par une étape transitoire souvent synonyme de conflits issus des changements apportés (externes et internes) dans la dynamique territoriale et que lon peut considérer comme une phase daccommodation des sociétés. Lorsque le système territorial tend à seffacer au profit dun autre, le contrat nature-société est alors remis en question. Ces systèmes territoriaux environnementaux passent par un processus de recomposition territoriale révélant une nouvelle identité territoriale. Elle se nourrit des représentations sociales des acteurs tout autant que de leur pratiques spatiales, étant entendu que représentations et pratiques guident les options daménagement effectuées par les acteurs. Aujourdhui, il ny a plus de territoires. Les espaces de vie se superposent avec lespace de travail ; nous avons à faire avec des territoires éclatés qui noffrent plus de continuité spatiale doù lidée dune recomposition territoriale. Cette recomposition
passe par des acteurs mobilisés autour de projets locaux, décentralisés
qui permettent une certaine innovation sociale. Le local devient un
référant culturel et idéel significatif. Ainsi
les rapports sociaux et économiques sancrent dans le territoire
ce qui fait surgir limportance du partenariat, pièce maîtresse
dans le processus de territorialisation du social, de léconomique,
du culturel et de lenvironnement cela à travers un partenariat
inter-étatique. Le développement territorial environnemental Nous suivons en cela les propositions de Cunha (1988) : 1) Le principe géographique de léquité territoriale (valorisation dattributs spatiaux spécifiques, par exemple le paysage), 2) Le principe sociologique de léquité sociale, 3) Le principe de la croissance endogène qui correspond à la valorisation des ressources locales du système territorial. Ces propositions peuvent être mises en parallèle avec les principes de base du développement durable (Zuindeau 1993) : équité, environnement et temps. - Equité : Responsabilité des générations actuelles envers la génération future (responsabilité), - Environnement : un espace montagnard, - Temps : la priorité est donnée au long terme. Ceci nous amène à la définition du développement durable, la plus couramment admise : « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. » (C.M.E.D, 1988, p.51). Cette définition pose plus de questions quelle nen résout. ll existe en effet une interprétation multiple de cette définition intègre, en outre, des volets comme le développement social, ou économique et léquité. Le développement
durable reste une notion encore floue qui se précisera, qui prendra
corps au fil des réalisations pratiques. Pour prendre corps,
le développement durable doit passer par une démarche
participative, afin dêtre intégré dans les
mentalités et implique le long terme. Les vecteurs privilégiés
pour ce faire sont : léducation, la sensibilisation et
la formation. LEspace
Mont-Blanc Vers la fin des années quatre-vingts naît une association internationale de protection de la montagne, Mountain Wilderness ; cette association de protection de la haute-montagne lance une grande idée, celle dun parc international du Mont-Blanc. Les intentions sont de faire séveiller les consciences écologiques des usagers de la montagne. Le maire de Chamonix, après quelques mois, s'y oppose fermement, dénonçant le fait qu'un parc naturel n'est absolument pas adapté à des territoires occupés par des hommes. L'aspect réglementaire offusque les élus locaux. Les ministres de l'Environnement des trois pays concernés (France, Italie, Suisse) décident alors de confier l'initiative aux élus locaux quant à la gestion future du massif, et dès 1990 naîtra l'idée de l'Espace Mont-Blanc, qui tente, par la concertation des trois entités, deffectuer un aménagement raisonné et novateur de la gestion du Massif du Mont-Blanc, en conciliant promotion et protection des sites concernés, alliant développement socio-économique et protection de lenvironnement. Une structure décisionnelle est mise en place : la Conférence Transfrontalière Mont-Blanc, composée de cinq membres de chaque pays. Le but de ce projet est, en quelques phrases, de conserver l'agriculture, un tourisme extensif doux, capable de sauvegarder la richesse environnementale du site. Et comment cela ? Par les opérations suivantes : - réhabilitation des alpages, de bisses, - création de structures d'hébergement (gîtes dalpages), - sauvegarde des sites naturels et paysages avec compatibilité des activités économiques, remise en état des milieux dégradés, - atténuation de la pression touristique sur les sites écologiquement sensibles accompagnée dune meilleure gestion des flux touristiques. L'Espace Mont-Blanc introduit, en outre, une dimension de durabilité dans sa gestion territoriale. Des zones-tests ont été mises en place avec des comités de pilotage, menant des expériences qui contribuent à une véritable gestion de problèmes concrets. La Montagne de Balme, les Vals Ferret, ou bien encore le Col du Bonhomme-Col de la Seigne en sont les exemples, conduisant les trois communautés à travailler ensemble autour de projets définis en commun permettant ainsi de repenser l'aménagement du Massif. Il s'agit là d'une politique concertée d'aménagement du territoire. Nous nous trouvons donc en présence d'un nouveau système territorial que nous qualifierons d'environnemental, faisant suite au système environnemental touristique précédent, et se trouvant encore dans la phase transitoire. Nous y voyons une influence certaine de nouveaux mythes et représentations post-modernes qui tentent de redonner aux diverses vallées du Mont-Blanc comme un parfum d'authenticité, de nostalgie, réconciliant, en quelque sorte, la montagne avec elle-même. Nous n'irons pas jusqu'à dire, néanmoins, que l'aspect est totalement désintéressé financièrement... Tout d'abord, il convient de rappeler que tout changement intervenant dans le contexte social, entraîne un changement de représentations et de pratiques et qu'au gré des séquences temporelles, les relations entre l'homme et la montagne se sont monétarisées. Le territoire est alors valorisé en tant que valeur d'échange et plus en tant que valeur dusage. LEspace Mont-Blanc dans son rôle darbitre, commence à prendre en compte dautres réalités. Toutefois sa non-reconnaissance juridique est un point faible et nuit à sa crédibilité. La Montagne de Balme en est un vibrant exemple. On doit satisfaire les besoins de productivité en assurant légalité des chances pour tous. Lidée de développement durable est intéressante en tant quapproche globale de responsabilisation, dont le but est duvrer en faveur du bien commun en permettant laccès aux ressources. Léquité
spatiale aussi doit favoriser une juste répartition des richesses.
En effet, tout développement doit garantir un maintien des stocks
en ressources naturelles et doit permettre la reproductibilité
des ressources ; cest le long terme qui est privilégié
ici. Voilà pourquoi il faut concilier tourisme et protection de lenvironnement, par la gestion des flux, par la création de transports publics, par exemple, ce qui correspond à favoriser le bien-être des populations daccueil, la satisfaction des touristes, tout en préservant lattractivité du site. Après une certaine prise de conscience récente, un virage s'est donc effectué introduisant une autre manière d'aménager et surtout de penser la montagne, par la gestion des ressources naturelles. Toutefois, le poids du facteur économique que représente le tourisme dans la région du Mont-Blanc n'est pas fondamentalement remis en cause, même sil est tempéré par les principes du développement durable. Le système touristique a consommé les ressources plutôt quil ne les a gérées. Le développement
durable et le développement territorial vont de pair. En effet
il faut considérer que pour tendre vers une stabilité
écologique durable il faut une approche globale et intégrée,
avec des stratégies variables selon les lieux et les problématiques.
Il faut pour cela une participation active des acteurs locaux. Enfin
léducation et la formation des acteurs se révèlent
être indispensable. Bibliographie Coll., (1994) : Développement territorial et valeur environnementale en haute montagne. Lexemple du Massif du Mont-Blanc, les Dossiers de la Revue de Géographie Alpine, n° 14, Grenoble. CMED., (1988) : Notre avenir à tous, Editions du Fleuve, Montréal. Conférence Transfrontalière Mont-Blanc (1994) : Espace Mont-Blanc. Lenjeu, Sion, Chamonix, Aoste. Cunha A : (1988) : Systèmes et territoire : valeurs, concepts et indicateurs pour un autre développement, in LEspace Géographique, n°3, p. 181-198. Zuindeau B :
(1994) : La (les) théorie(s) du développement soutenable:
quel apport pour lanalyse du développement économique
régional, Revue dEconomie Régionale et Urbaine n°4,
p.607-622. Biographie Alain de lHarpe est né à Genève en 1967. Après des études de droit, il prépare une licence en Géographie à lUniversité de Genève où il est licencié en 1994. En 1995, il obtient un DEA à lInstitut de Géographie Alpine de Grenoble. Assistant depuis 1995 au Département de Géographie de lUniversité de Genève, il enseigne la géographie culturelle et humaine et achève une thèse de doctorat sur l Espace Mont-Blanc. Il est, en outre, membre du bureau de la Société de Géographie de Genève depuis 1998. |
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