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Biographie
Yves Le Franc a rejoint le SHOM en 1992 pour définir
et mettre en place un nouveau système de production cartographique.
Il participe à la définition de la carte électronique de navigation.
En 1997, il devient chef du service cartographie. Ce service établit
la cartographie officielle à l'usage des navigateurs, sous forme imprimée
ou électronique, à partir des données collectées par le SHOM
LE CONTEXTE
En France, le Service Hydrographique et Océanographique
de la Marine - le SHOM - est responsable de l'information nautique :
collecte, validation, traitement et diffusion des informations utiles
aux navigateurs, civils ou militaires, professionnels ou plaisanciers.
La carte marine imprimée est le support le plus connu de la diffusion
de l'information nautique. Il s'agit d'une synthèse graphique des informations
géographiques nécessaires à la sécurité de la navigation. Elle permet
au navigateur de se positionner, de tracer sa route en toute sécurité
et de mettre en évidence les dangers.
Au début des années 80, un nouveau concept est apparu, celui de carte
électronique de navigation. En effet, les progrès de l'électronique
et de l'informatique conduisirent à imaginer un système superposant
à l'écran la position du navire et la carte marine numérisée. Parallèlement,
les services hydrographiques se devaient de satisfaire aux évolutions
considérables des modes de navigation moderne :
- forte augmentation du trafic maritime,
- multiplication des cargaisons dangereuses,
- augmentation des tirants d'eau,
- apparition des navires rapides,
- diminution des effectifs en passerelle,
- apparition de systèmes précis de radiolocalisation par satellite.
Dans ce contexte, la carte électronique s'avère être le système attendu
pour garantir une navigation efficace et sûre.
En 1985 débuta la concertation internationale en vue de définir une
carte électronique destinée à être homologuée au même titre que les
documents imprimés officiels cités dans la convention SOLAS de l'Organisation
Maritime Internationale (OMI) sur la sauvegarde de la vie en mer.
Cette carte électronique officielle est l'ECDIS - Electronic Chart
Display and Information System.
La concertation internationale s'est articulée autour de trois pôles
:
- l'Organisation Hydrographique Internationale (OHI) qui regroupe une
soixantaine de services hydrographiques nationaux : ces derniers produisent
les données cartographiques officielles et apportent l'expertise nautique
;
- l'OMI pour l'expression des besoins de la navigation et l'établissement
des réglementations ;
deux organisations d'industriels, la Commission Electrotechnique Internationale
(CEI) pour le contrôle et la faisabilité des spécifications exigées
par l'OHI et l'OMI, et le Comité International Radio Maritime (CIRM)
en particulier pour les transmissions de données de tenue à jour.
Depuis 1997, un ensemble de normes et de spécifications internationales
définissent l'ECDIS.
QU'EST CE QU'UN ECDIS
Un ECDIS est bien plus qu'un visualisateur de cartes
numériques. Il est à la fois un système d'information géographique et
un système d'expertise nautique.
- Il est capable d'afficher toutes les informations géographiques nécessaires
à la navigation.
- Il allège le travail en passerelle par le positionnement en continu,
par ses facilités de préparation et de suivi de route.
- Il déclenche des alarmes en fonction des circonstances de navigation.
- Il entretient le journal de navigation.
- Il facilite la tenue à jour des cartes électroniques.
L'équipement
embarqué qui permet de visualiser et d'exploiter automatiquement d'une
part les informations géographiques - les ENC - et d'autre
part les positions, cap et vitesse fournis en temps réel par les capteurs
de navigation. Les fonctionnalités du système sont définies par la norme
S-52 de l'OHI. Les spécifications industrielles sont établies par la
CEI.
La construction et la commercialisation des matériels sont du ressort
de l'industrie.
La connexion éventuelle à un radar permet en outre de rassembler sur
le même écran les principaux éléments nécessaires à la conduite du navire
Le logiciel est pourvu de fonctions d'expertise nautique susceptibles
d'aider le navigateur.
Pour cela l'ECDIS comprend deux éléments principaux :
Une base de données, appelée carte électronique de navigation ou ENC
- Electronic Navigational Chart - qui contient sous une forme
numérique adaptée toutes les informations géographiques nécessaires
à la sécurité de la navigation. Le format des ENC est de type vecteur,
défini par la norme S-57 de l'OHI.
Les ENC sont produites, tenues à jour et diffusées sous la responsabilité
des services hydrographiques nationaux.
LES FONCTIONNALITES
L'ECDIS interprète les données de l'ENC pour en déduire un affichage
compatible avec la situation du navire et les choix du navigateur. Ainsi
le navigateur a la possibilité de personnaliser l'affichage en fonction
des informations qui lui sont nécessaires et en fonction des conditions
de luminosité ambiante.
Les éléments bathymétriques (zones de profondeurs, roches,
épaves... ) incompatibles avec le tirant d'eau du navire sont mis en
évidence par une symbolique adaptée.
Le navigateur peut interroger les objets représentés (description d'un
phare, d'une réglementation maritime...).
Il dispose aussi d'une palette d'outils : définition d'une route, report
de relèvements et de distances, distances de garde...
Comme les cartes marines imprimées, les ENC sont organisées en gamme
d'échelles, de la cartographie de détail à la cartographie générale.
Dans une gamme d'échelles donnée le passage d'une ENC à l'autre est
transparent pour l'utilisateur au cours de sa navigation. Il est possible
de zoomer et de déplacer la zone de la carte affichée. Lorsque que le
zoom demandé n'est plus compatible avec l'échelle de l'ENC, le système
propose le passage aux ENC de plus grande échelle éventuellement disponibles.
L'ECDIS est capable de tenir automatiquement à jour les ENC sans risquer
de les corrompre. Pour cela, les ordres de mise à jour, transmis à la
mer par IMMARSAT ou par liaison télématique ne corrigent pas l'ENC elle
même. Ils sont fusionnés au moment de la visualisation. Ainsi la carte
affichée par l'ECDIS est à jour en permanence.
La grande richesse
de l'ECDIS et de la norme S-52 de l'OHI réside aussi dans la gestion
des alarmes qui correspond à la possibilité de disposer d'un système
expert susceptible d'aider le navigateur. Cette assistance est d'autant
plus cruciale que les conditions de navigation sont difficiles.
Selon les caractéristiques du navire (tirant d'eau, vitesse, rayon de
giration) des alarmes sont déclenchées à la reconnaissance d'une circonstance
potentiellement dangereuse : route vers un obstacle, route à contre
sens d'un dispositif de séparation de trafic, écart à la route prévue...
LES DONNEES
Ces fonctions d'expertise nécessitent une structuration des données
selon le type vecteur défini par la norme S-57 de l'OHI. L'ENC est une
base de données dans laquelle chaque objet est décrit de façon sémantique
et possède une géométrie. Ceci permet par exemple au logiciel de reconnaître
l'intersection d'une route et d'une zone particulière.
Chaque objet décrit est interprété par l'ECDIS pour être affiché et
exploité conformément à la norme S-52.
Le choix d'un format image (sorte de photocopie numérique de la carte
imprimée) communément appelé raster aurait eu pour avantage la rapidité
de production. Cependant l'information devient totalement inerte et
les fonctions évoluées du système sont inopérantes. Cependant, les données
vecteur sont longues à produire. C'est pourquoi l'OMI a adopté en décembre
1998 un amendement à la norme de fonctionnement de l'ECDIS. Il offre
la possibilité d'utiliser un ECDIS dans les deux modes, vecteur et raster.
Lorsque les ENC nécessaires sont disponibles, l'ECDIS les exploite.
Sinon l'ECDIS peut utiliser en mode dégradé des données raster. Toutefois,
des fonctionnalités importantes sont inopérantes et l'emploi simultané
d'un portefeuille de cartes imprimées est imposé.
La production d'une ENC suppose de nombreux travaux. Pour établir les
bases de données pour ECDIS, il ne suffit pas de copier la carte imprimée.
Il s'agit d'exprimer la réalité hydrographique non plus par le dessin
mais par un formalisme beaucoup plus exigeant. L'information géographique
présentée sur les cartes imprimées est dérivée d'une documentation beaucoup
plus volumineuse. Les levés hydrographiques en sont une source essentielle.
Aussi, faut il pouvoir remonter aux informations sources. Ceci est nécessaire
pour compléter les données non explicitement figurées et assurer les
fonctions évoluées de l'ECDIS.
La production des ENC demande donc :
- des travaux de numérisation,
- d'enrichir la sémantique des objets,
- de structurer l'information.
Remonter aux données source est possible car la responsabilité de l'élaboration
des ENC incombe à chaque état dans ses eaux de juridiction.
Il s'agit là d'un principe adopté en 1994 par l'OHI dans le cadre du
schéma de base de données mondiale, appelé schéma WEND (Worldwide Electronic
Navigational chart Database).

Ce schéma distingue
la constitution et la tenue à jour des bases de données et leur diffusion.
La constitution et la tenue à jour des ENC sont du ressort des services
hydrographiques nationaux.
Leur diffusion est du ressort de centres régionaux de coordination des
ENC, appelé RENC.
Le premier RENC a commencé son service sous le nom de PRIMAR en 1999.
Il est établi en Norvège et regroupe de nombreux pays européens dont
la France.
CONCLUSION
Le SHOM est très actif dans le développement du concept d'ECDIS depuis
le début du projet.
La promotion de l'ECDIS se justifie par les caractéristiques de la navigation
maritime moderne et par la diversité des besoins qu'il permet de satisfaire.
L'ECDIS permet d'envisager de multiples développements et applications
qui révolutionneront le monde de l'information nautique et maritime.
La superposition de « couches » d'informations complémentaires,
sur la météorologie, la géophysique ou l'océanographie, et le développement
de véritables produits multimédias - combinant ENC, informations
textuelles et informations audiovisuelles - offrent de vastes perspectives
à une véritable « navigation assistée par ordinateur ».
L'utilisation de tels produits présente également des débouchés prometteurs
à terre, que ce soit pour les systèmes de gestion du trafic maritime,
la protection de l'environnement ou la gestion du littoral. Mais cette
future « société de l'information maritime » reste tributaire
d'efforts soutenus pour la collecte et la mise en forme des données
numériques nécessaires à son avènement.
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