Dans notre pays,
la superficie forestière a doublé depuis le XIXème
siècle, la diversité des essences est soigneusement
maintenue par des générations de forestiers et la multifonctionnalité
est parfaitement assimilée, les forestiers français
pratiquant pour ainsi dire la multifonctionnalité comme Monsieur
Jourdain faisait de la prose...sans le savoir.
Dès
lors, quels sont les points qui nous amènent à considérer
quil y a une certaine urgence à réorganiser les
structures forestières actuelles ?
Dabord,
il convient de rappeler que parler de forêt, sans parler à
la fois de lensemble de la filière bois et des attentes
environnementales des populations, relève dune vision
restrictive, qui ne peut que porter tort à lensemble
des acteurs de ce secteur. Il est même indispensable de renverser
lordre établi en la matière. Cest en effet
en partant dabord des besoins de laval pour ensuite remonter
vers lamont, que nous pourrons envisager détablir
un constat et de réorienter les objectifs de ce secteur.
Ensuite, nul ne peut ignorer désormais
que la filière forêt-bois française ne peut que
se situer dans un cadre international. Cette lecture nous amène
à constater deux points essentiels. Premièrement, la
balance commerciale du secteur est globalement déficitaire.
Deuxièmement, les enjeux environnementaux à léchelle
de la planète doivent être pris en considération,
et clairement explicités, de façon à éviter,
face à la déforestation sans scrupule qui affecte certaines
régions du monde, tout amalgame entre ces pratiques condamnables
et une augmentation des prélèvements parfaitement compatible
avec la ressource disponible, comme cest le cas en France.
Dès lors, ce double éclairage nous
amène à nous poser la question de la réorganisation
de la filière comme un défi à relever au plus
vite pour développer harmonieusement ce secteur en stimulant
ses atouts.
Ceci implique deux actions très complémentaires.
Du côté du « très
aval », à savoir des consommateurs de bois, il sagit
de faire en sorte que la différence soit clairement établie
entre le bois lié à la déforestation et celui
provenant de forêts gérées de façon durable.
Un système doit donc être trouvé pour identifier
lorigine des produits mis à la disposition du consommateur
final, ce qui implique également des efforts à faire
en matière de traçabilité, en vue dune
labellisation normalisée, reconnue et efficace.
Du côté du « très
amont », une règle du jeu, commune mais adaptable
à chaque massif forestier, et donc respectueuse des spécificités
de chaque type de forêt existant en France, doit être
prioritairement établie. Cela exige que la nécessité
dune certification de nos forêts soit acceptée
par tous, afin que sa mise en uvre puisse se faire dans le cadre
dune concertation permanente entre les différents acteurs
du secteur et des territoires concernés ; les pouvoirs
publics devront jouer tout leur rôle en la matière, en
inscrivant leur démarche dans le contexte international, avec
notamment le lancement du Pan European Certification Council.
Après le rapport Bianco, les éléments
positifs du budget 2000, la charte Construction-Environnement-Bois,
le décret loi sur lair et la future loi de modernisation
forestière sont autant déléments convergents
qui permettront de réussir à concilier une gestion forestière
durable avec la compétitivité de la filière.