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Létude de cas que je vais
vous présenter sinscrit dans la progression de la classe
de Seconde dans la partie « les sociétés humaines
face aux ressources et aux contraintes de la Terre ». Cest
en effet par cette entrée « sociale » quest
enseignée la géographie de la nature au Lycée.
Il est même spécifié dans les allégements
parus au BO N°5 du 5 août 1999 que cette partie privilégiera
létude des interactions entre les milieux et les sociétés
humaines, que concernant les milieux physiques, léchelle
des temps historiques lemportera sur celle des temps géologiques :
ces milieux ne devant pas être étudiés pour eux-mêmes,
mais en relation avec les adaptations et les interventions humaines.
Létude de
cas se propose, à partir dune dépêche de lAFP,
relatant une avalanche qui a détruit huit chalets sur la commune
de Peisey-Nancroix (Savoie) daborder dune part les conditions
naturelles qui prévalent dans les milieux de montagne tempérées
et la situation de crise qui peut naître de comportements liés
à des changements de pratiques sociales et de représentation
de ces milieux.
Le corpus documentaire proposé aux
élèves comprend six documents :
-
une photographie de lavalanche
du 25 février 1995
-
un extrait de la carte
IGN 1/25000ème Les Arcs-La Plagne
-
une dépêche AFP du 25
février 1995
-
un bulletin danalyse météorologique
de la station de La Plagne
-
un historique des avalanches sur la
face Nord de Bellecôte établi par les services de lONF
-
une déclaration du Maire de
Peisey-Nancroix du 6 septembre 1995
-
Le premier document à aborder
avec les élèves est évidemment la dépêche
AFP (3A), car ce document brut dans sa relative
sécheresse permet de poser le problème. Que sest-il
passé ? Où ? Quand ? et de dramatiser
la séance pour la rendre plus intéressante. Ainsi
cette dépêche nous apprend quune avalanche
a emporté huit refuges dalpage près de
Peisey-Nancroix le 25 février 1995. Que des
personnes pourraient sêtre trouvées à
lintérieur de ces abris.
-
Après une recherche
de la localisation du site (atlas, carte IGN 1/100000ème)
deux documents (5A et 5B)
analysés en parallèles permettent danalyser
le site davalanche : la photographie et la carte IGN
1/25000ème.Elles mettent en scène le théâtre
du drame : la face Nord du massif de Bellecôte, la vallée
du Ponturin en contre bas avec le hameau des Lanches, un bassin
de réception de la neige bien dessiné, un chenal découlement
très resserré, un cône de déjection bien
visible sur la photographie comme sur la carte, un dénivelé
très important (3417 m à Bellecôte, 1523 m aux
Lanches) soit à peu près 1900 m pour une distance
à vol doiseau dun peu moins de 4 km.
-
Le bulletin danalyse
météorologique (4B) de la station
de La Plagne précise les conditions climatiques qui ont favorisé
lavalanche et qui sont des conditions habituelles de lhiver
en milieu montagnard : une semaine de mauvais temps
engendré par un flot de perturbations ininterrompu
avec des déversement de neige importants en versant
Nord-Est. Plusieurs épisodes de vent ont entraîné
des accumulations. Un épisode neigeux récent
accentue le risque de déclenchement davalanches
naturelles.
-
Lhistorique des avalanches de
la face Nord de Bellecôte (3B) permet
de montrer que lavalanche dans ce site est une respiration
« naturelle » de la montagne. 44 avalanches
depuis 1901, une fois tous les deux ans en moyenne.
Le hameau des Lanches a été touché à
7 reprises depuis 1901. Ces avalanches se produisent plutôt
entre janvier et mars.
-
Lintervention du Maire de Peisey-Nancroix
(4A) permet de relier géographie de
la nature et géographie sociale et amène à
comprendre comment une respiration naturelle de la montagne (climat
rigoureux et avalanche) dans un site favorable (la face Nord de
Bellecôte) se transforme en risque du fait des comportements
humains. On apprend en effet que les maisons détruites par
lavalanche au hameau des Lanches étaient auparavant
des chalets dalpage, donc habités seulement lété,
et quavec le développement de la pratique du ski de
fond et la mode des résidences secondaires en montagne, ces
chalets ont été aménagés et restaurés
pour être habités toute lannée. Le Maire
se trouve pris entre le désir de voir restaurer le patrimoine
architectural de la montagne et limpossibilité dassurer
la sécurité à ces habitations en hiver car
en France, le permis de construire nest pas dissocié
du permis dhabiter.
Le dossier permet donc
de mettre en interrelation :
-
un système spatial qui a évolué
dans le temps : un hameau constitué de chalets précaires
fréquentés autrefois lété au moment
de la montée à lalpage, devenu hameau de résidences
secondaires habitées été et hiver avec la pratique
du ski de fond, le tout dans une ancienne vallée glaciaire
exposée aux avalanches de la face Nord du massif de Bellecôte
-
un système social dont les
acteurs ont profondément changé ; des agriculteurs
éleveurs aux touristes en passant par lEtat, responsable
de la sécurité et du déneigement, lONF
en charge de la restauration des terrains de montagne, la municipalité
soucieuse de conserver son patrimoine architectural mais prisonnière
dune loi, qui en France, ne dissocie pas le permis de construire
du permis dhabiter.
Pour résoudre ce
problème de géographie, une batterie dexercices
pourra être proposée aux élèves à
partir du corpus documentaire.
-
A laide dun calque et
à partir de la carte IGN et de la photographie, lanalyse
du site à risque. En identifiant les altitudes et les éléments
du site (massif de Bellecôte, face Nord, bassin de réception,
chenal découlement, cône de déjection,
limites de lavalanche, hameau, cours deau
)
-
Un tableau de prélèvement
dinformations dans les documents pour mettre en regard les
conditions (de relief, de climat, sociétales) qui ont favorisé
le risque.
-
Enfin dans un tableau à double
entrée, on analysera la position des différents acteurs
sociaux (agriculteurs, résidents secondaires, Maire, services
de lEtat chargés de la sécurité) et de
leurs stratégies.
Le travail pourra déboucher sur une synthèse,
montrant comment lévolution fonctionnelle du site des Lanches
a favorisé laugmentation du risque lié aux avalanches
ou sur un schéma fléché traduisant cette évolution.
A travers cette étude de cas lélève
prend conscience que la notion de risque se situe à larticulation
dune situation physique et dun comportement social et traduit
souvent une situation de « crise » entre des données
naturelles et un comportement sociétal. Ainsi sa responsabilité,
sa prise de conscience, en tant que citoyen ne peuvent que sen trouver
renforcées, létude de cas montrant bien le rôle
et laction des acteurs sociaux devant les atouts et les contraintes
de la nature, situation face à laquelle lélève
peut facilement sidentifier. |