
Discours
de Horacio Capel à la réception du Prix International
de Géographie Vautrin Lud le 2 octobre 2008
On ne peut pas nier que, comme a declaré Yves Lacoste en 1976 dans un livre important, “La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre”, même si on pourrait émettre des doutes quant à l’expression “d’abord”, et si, on devrait quand même ajouter “comme toutes les autres sciences”. Cela dit, et comme c’est le cas dans cette nouvelle édition du Festival Internacional de Géographie de Saint Dié, on doit également affirmer que la géographie sert à faire la paix, à montrer la voie de la paix, et à eliminer les obstacles qui s’y opposent.
Il existe sans aucun doute dans la géographie une tradition progresiste, pacifiste et libérale – dans le sens que lui attribua le dix-neuvième siècle espagnol, c’est à dire, comme l’a définit durant plus d’un siècle le dictionnaire de la Real Academia Española, celui “qui professe des doctrines favorables a la liberté politique dans les États”.
Preuve en est le nombre de géographes importants qui se sont battus contre les inegalités sociales, qui ont défendu la paix et l’harmonie universelles, qui ont lutté contre l’esclavage et contre l’oppression, et qui ont consacré tous leurs efforts à detecter et etudier l’injustice.
Et cette tradition est certainement encore vive à l’heure actuelle, à un moment où la géographie radicale, la géographie humaniste et d’autres courants font preuve d’une grande sensibilité face aux injustices, et ont mené à terme de solides études sur la pauvreté, l’injustice, la délinquance, ou la ségrégation; et au moment où de nombreux géographes luttent encore pour l’égalité des hommes, des races et des sexes.
Mais cette tradition progresiste de la géographie vient de loin. Celle-ci ne fut pas toujours l’alliée de l’impérialisme et de la domination. Elle le fut aussi de la liberté et la paix. Les historiens de la géographie ont donné de nombreux exemples dans leurs travaux. Et il en est de même dans la tradition espagnole et hispanoamericaine, comme le prouvent les exemples de géographes qui luttèrent contre l’esclavage, qui critiquèrent l’empire, qui s’engagèrent pour la liberté et l’indépendance de leurs pays. Si l’on ne devait citer qu’un seul nom, ce serait sans aucun doute celui de Isidoro de Antillón.
D’autre part, cette tradition pacifiste apparaît aussi dans ce Festival Mondial de la Géographie. Depuis 1991, se sont réunis à Saint Dié des géographes du monde entier, au nom d’idéaux comme la communication, l’échange et la fraternité. De milliers d’orateurs et des dizaines de milliers d’assistants ont participé à ce Festival qui sait intégrer la rigueur et la convivialité, et qui, sans aucun doute, contribue à la paix. Tous ont manifesté de manière explicite et avec beaucoup de force – comme ce fut le cas ici en 2004 – que la géographie sert à faire la paix.
Ce festival montre également la capacité d’une petite ville d’organiser un évènement international d’un grand impact scientifique, social et médiatique. Et il est un exemple pour d’autres municipalités: l’imagination et la capacité de créer des projets innovateurs peut devenir un facteur essentiel du développement économique local.
Le Festival contribue sans doute à rendre plus visible la géographie. De même que les prix que l’on y décerne. Les lauréats procèdent de différents pays, et certains d’entre eux sont particulièrement connus pour leur action en faveur de la démocratie et du développement économique et social, pour leurs efforts dans le but d’élaborer des systèmes théoriques qui permettent comprendre les problèmes du monde contemporain, pour avoir appliqué de nouvelles techniques et de nouvelles méthodes à l’analyse de l’espace, pour avoir révéler les mécanismes d’exploitation ainsi que l’irrationalité du système économique dominant, pour leurs études de l’environnement et la défense de celui-ci, pour leur lutte contre le colonialisme et la domination, pour leur refondation de la géographie sur des principes plus rigoureux et sur des valeurs démocratiques, pour avoir mise en cause les liens avec le pouvoir, pour avoir imaginé des espaces plus justes pour le futur, et tant d’autres contributions importantes et dignes de mémoire.
J’ai aujourd’hui l’honneur de faire partie du groupe des lauréats de ce Prix International de Géographie Vautrin Lud. Tous ceux qui jusqu’à ce jour ont reçu ce prix sont des références incontestées de la géographie mondiale. Et nombre d’entre eux ont guidé avec leurs écrits ma propre trajectoire intellectuelle pendant les années de mes études universitaires et pendant mes recherces. Certains sont également devenus des amis personnels, avec lesquels j’ai beaucoup appris. C’est un grand honneur d’être aujourd’hui en leur compagnie.
Je suis également heureux que le nom du prix soit lié à la naissance de l’Amérique. Le Chanoine Vautrin Lud fut à l’origine de l’édition de la Cosmographiae Introductio et de la nouvelle carte du monde élaborée par Martin Waldseemüller. Ces documents furent imprimés ici en 1507, il y a tout juste 500 ans, et ils figurent entre les premiers à donner le nom d’Amérique au continent récemment découvert, en l’honneur du marin qui avait clairement perçu son caractère de nouveau monde. Comme vous le savez, Amerigo Vespucci, florentin de naissance, vécut vingt ans à Séville, devint Castillan (avec le nom de Américo Vespucio), fut Pilote Majeur de Castille et homme de confiance de la Couronne pour toutes les expéditions aux Indes. Je suis très heureux que ce prix, qui indirectement rappelle sa figure et l’exploit espagnol de la Découverte des Indes, soit décerné pour la première fois à un espagnol.
Le prix a été attribué jusqu’à ce jour à une vingtaine de lauréats provenant du Royaume Uni, des États Unis, de la Suisse, de la France, du Brésil et de la Suède. Il était étrange que ce prix n’ait encore reconnu aucun géographe du pays qui a contribué plus que tout autre à l’arrivée en Amérique et à l’expansion de l’Europe, ainsi qu’à la naissance des nouvelles nations de racines hispaniques qui surgirent dans le Nouveau Monde.
C’est la première fois qu’un géographe qui écrit en espagnol est reconnu dans ce forum. Je dois dire que ce prix m’embarrasse, car il est une reconnaissance plus grande que je ne mérite. Et il existe beaucoup d’autres géographes qui mériteraient ce prix, aussi bien en Espagne que dans les pays hispanophones. La science géographique espagnole et celle des pays de l’Amérique hispanique ont atteint un haut niveau de qualité et méritaient sans aucun doute d’être reconnus. Je suis très honoré d’être aujourd’hui le véhicule de cette reconnaissance.
Je tiens à dédier ce prix à tous les enseignants, les chercheurs et les étudiants qui ont collaboré depuis 1996 d’une façon totalement désintéressée dans le lancement et le développement de Geocrítica et des trois revues electroniques qu’y sont publiées : Scripta Nova, Biblio 3W et Aracne.
Le thême de ce Festival est très important: “Entre guerre et conflicts. Le planete sous tension”. Aujourd’hui, plus que jamais, le monde a besoin des géographes. Comme disait ici même Antoine Bailly en 1999: « dans ce XXI siècle les géographes vont enseigner le respect à la Terre et à l’espace terrestre », avec toute sa richesse et diversité, ce qui constitue, sans doute, le point de départ pour sa conservation. Nous avons besoin de géographes lucides, critiques et engagés. Les problèmes sont très graves. Les géographes doivent contribuer à émettre des diagnostics, mais aussi à proposer des solutions. Je suis sûr que les discussions qui se sont déroulées jusqu’à présent et qui auront lieu dans le cadre du Festival International de la Géographie de Saint-Dié contribueront à faire avancer la réflexion géographique pour arriver à un monde meilleur et plus juste.
Premio
Vautrin Lud 2008
Discurso de Horacio Capel en la recepción del Premio Internacional de Geografía Vautrin Lud el 2 de octubre de 2008
Es difícil negar que, como escribió Yves Lacoste en un influyente libro publicado en 1976, “La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre”, aunque puede haber dudas sobre el “d’abord” y, desde luego debería ir acompañado por “comme les autres sciences”. Pero, en todo caso, y como se hace en esta edición del Festival International de Géographie de Saint Dié, debe defenderse igualmente que la geografía sirve también para hacer la paz, para señalar el camino de la paz, para remover los obstáculos que se oponen a la paz.
Hay, sin duda en la geografía una tradición progresista, pacifista y liberal -en el sentido decimonónico español, es decir, como lo definió durante más de un siglo el Diccionario de la Real Academia Española, el que “profesa doctrinas favorables a la libertad política en los Estados”. Lo muestran los nombres de importantes geógrafos que han luchado contra las desigualdades sociales, que han defendido la paz y la concordia universal, que han luchado contra la esclavitud y la opresión, que han dedicado sus esfuerzos a detectar y estudiar las injusticias.
Eso es sin duda más cierto en el momento actual, cuando la geografía radical, humanista y otras corrientes han desarrollado una gran sensibilidad por las injusticias y han realizado sólidos estudios sobre la pobreza, la injusticia, el delito, la segregación; y cuando muchos geógrafos luchan por la igualdad de los hombres, de las razas, de los sexos.
Pero también lo fue en el pasado. No siempre la geografía fue aliada del imperialismo y de la dominación. También lo ha sido de la libertada y la paz. Lo muestran muchos ejemplos que los historiadores de la geografía han señalado con sus estudios. Igual sucedió en la tradición española e hispanoamericana, como muestran los casos de geógrafos que lucharon contra la esclavitud, que cuestionaron el imperio, que se comprometieron por la libertad y la independencia de sus países. Si tuviéramos que simbolizarlos en un solo nombre, no dudaríamos en citar aquí el de Isidoro de Antillón.
Esa tradición pacifista queda reflejada también este mismo Festival Mundial de la Geografía. Desde 1991 se han reunido en Saint Dié geógrafos de todo el mundo, con ideales de comunicación, intercambio y fraternidad. Millares de conferenciantes y decenas de millares de asistentes han participado hasta hoy en este Festival, que sabe integrar el rigor y la convivencia y que ha contribuido indudablemente a la paz. Todos han manifestado de forma explícita y con gran fuerza, como se hizo explícitamente en 2004, que la geografía contribuye sin duda a la paz.
Este Festival muestra asimismo la capacidad de una pequeña ciudad para organizar un evento internacional de gran repercusión científica, social y mediática. Lo que sin duda es un ejemplo para otras ciudades: la imaginación para diseñar proyectos novedosos puede convertirse en un factor esencial para el desarrollo económico local.
El Festival contribuye, sin duda, a la visibilidad de la geografía. Al igual que los premios que en él se conceden. Los premiados son de países distintos, y algunos especialmente conocidos por su lucha en favor de la democracia y el desarrollo económico y social, por sus esfuerzos para desarrollar marcos teóricos que permitan entender los problemas del mundo contemporáneo, por aplicar nuevas técnicas y métodos al análisis espacial, por desvelar los mecanismos de explotación y la irracionalidad del sistema económico dominante, por estudiar el medio ambiente para defenderlo, por luchar contra el colonialismo y la dominación, por refundar la geografía sobre principios más rigurosos y sobre valores democráticos, por cuestionar la vinculación con el poder, por imaginar escenarios espaciales más justos para el futuro, y por tantas otras contribuciones destacadas y dignas de recuerdo.
Me siento muy honrado de pertenecer ahora al grupo de los premiados con este Premio Internacional de Geografía Vautrin Lud. Todos los que han tenido hasta ahora este galardón son referentes indiscutibles para la geografía mundial. Muchos de ellos han guiado a través de sus escritos mi propia trayectoria intelectual desde los años de mis estudios universitarios. Algunos han sido, además, amigos personales, de los que he aprendido mucho. Es un honor estar ahora en la compañía de todos ellos.
Me alegra también que el nombre del premio esté vinculado al nacimiento de América. Vautrin Lud fue el impulsor de la edición de la Cosmographiae Introductio y del nuevo mapa del mundo construido por Waldseemüller, impresos aquí en 1507, hace ahora justamente 500 años, y que propusieron por primera vez dar al continente recién descubierto el nombre de América, en honor del marino que había percibido con claridad su carácter de Nuevo Mundo. Como ustedes saben bien, Amerigo Vespucci, florentino de nacimiento, vivió veinte años en Sevilla, se nacionalizó castellano (con el nombre de Américo Vespucio), fue Piloto Mayor de Castilla y una persona de confianza de la Corona para todas las expediciones a Indias. Me congratulo de que este premio, que recuerda indirectamente su figura y la hazaña española del Descubrimiento, sea concedido por primera vez a un español.
Ha habido hasta ahora dos decenas de premiados pertenecientes al Reino Unido, Estados Unidos, Suiza, Francia, Brasil y Suecia. Era extraño que ese premio no reconociera hasta hoy a algún geógrafo del país que contribuyó más que ningún otro a la llegada a América y a la expansión de Europa, o a las nuevas naciones de raíz hispana que allí se crearon.
Es la primera vez que un geógrafo que escribe en español es reconocido en este foro. Puedo decir que el premio me abruma y que excede mis méritos. Hay muchos geógrafos que merecían haber obtenido este premio en España y en los países hispanohablantes. La geografía española y de los países hispanoamericanos ha alcanzado una elevada calidad y, sin duda, merecía ser reconocida. Me honra mucho que lo sea a través de mi persona.
Quiero dedicar este premio a todos los profesores, investigadores y estudiantes que desde 1996 han colaborado de una forma generosa y desinteresada en la puesta en marcha y en el desarrollo del portal Geocrítica, y las revistas Scripta Nova, Biblio 3W y Aracne.
El
tema de este Festival es muy importante: “Entre
guerre et conflits. Le planète sous tension”.
Hoy más que nunca el mundo necesita de geógrafos. Como
afirmaba Antoine Bailly en 1999, “en el siglo XXI los
geógrafos enseñarán el respeto a la Tierra y al
espacio terrestre”, con toda su riqueza y diversidad, lo que
constituye, sin duda, el punto de partida para su conservación.
Tenemos necesidad de geógrafos lúcidos, críticos
y comprometidos. Los problemas son muy graves. Los geógrafos
deben contribuir a realizar diagnósticos, pero también
a proponer soluciones. Estoy seguro de que los debates que se han
realizado y se realizan en el marco de este Festival International de
la Geographie de Saint-Dié contribuirán a esa vía
de reflexión y de propuestas geográficas para conseguir
un mundo mejor y más justo.