Intervenante :Béatrix
Heyries
Professeur
au lycée Jean Moulin de Béziers
Docteur
en histoire militaire
Membre
du cercle Education Défense de l'Académie de
Montpellier (voir site Académie de Montpellier)
Thèse :
"transfert des corps des militaires de la Grande Guerre,
1914-1939 Etude comparée . 2004- Montpellier 3 et IEP Aix en
Provence
Introduction : définition de la notion de transfert de corps ; les différentes étapes.
1/ Premier temps : origines et nouveauté d'une telle mesure :
- en particulier le désir des familles de récupérer les corps pour les inhumer, y compris les exhumations clandestines
- comment l'Etat a opéré ces transferts, avec les malversations des mercantis de la mort.
2/ Deuxième temps
- les implications géographiques d'une telle mesure à travers l'exemple du cimetière militaire de Sarrebourg.
CADRAGE
Le traumatisme et l’hécatombe de la Grande Guerre furent tels que les années vingt témoignent avec le transfert des corps à la charge de l’État des morts pour la France du poids des morts sur les vivants. L’État devint le gardien des dépouilles des héros de la Grande Guerre et la mort d’affaire privée devint une affaire publique.
Or l’attachement au corps et le culte du tombeau firent que dès le décès connu, les endeuillés entreprirent des démarches personnelles pour retrouver la dépouille de l’être cher (quête qui s’accrut dès la cessation des hostilités) et demander le cas échéant la restitution du corps, requête refusée.
En effet, les transferts de corps furent officiellement interdits, dans la zone des armées, le 19 novembre 1914 par le général Joffre, commandant en chef de l’armée française. Désormais, seules les demandes d’exhumation présentées par les autorités publiques et motivées par des mesures d’hygiène (proximité des puits, sources ou habitations) furent désormais accordées. En revanche, las autorités civiles et militaires essayèrent d’accorder une meilleure attention aux cadavres et à leur inhumation. La loi du 29 décembre 1915 donna ainsi naissance aux premiers cimetières militaires.
L’interdiction de transporter des corps et de les restituer aux familles apparut cependant comme une mesure temporaire, qui n’avait été prise qu’en raison de circonstances exceptionnelles liées à la guerre. Or, malgré les demandes de plus en plus nombreuses des familles pour retrouver les corps des militaires inhumés sur les anciens champs de bataille, les pouvoirs publics maintinrent l’interdiction après-guerre, ce qui suscita de vives réactions et un fort mécontentement et une mobilisation de l’opinion publique en faveur d’un retour des morts. Mais pour le gouvernement la priorité était d’identifier les dépouilles militaires car à la cessation des hostilités peu de tombes étaient identifiées avec certitude. Le gouvernement fut également influencé dans sa décision par son désir d’assurer l’égalité des familles devant la mort : aucune distinction ne devait être faite entre riches et pauvres. Malgré la législation en vigueur, des familles outrepassèrent et transportèrent clandestinement les restes mortels de leur parent tué à la guerre et inhumé dans l’ancienne zone des armées.
Finalement, par la loi de finances du 31juillet 1920, l’État accorda officiellement, à ses frais, la restitution des corps des militaires de la Grande Guerre, aux familles qui en exprimeraient le désir. Se mit alors en place la démobilisation des morts. Une fois exhumés et mis en bière, les corps étaient acheminés, par chemin de fer, vers des gares régionales puis départementales pour atteindre enfin leur destination finale. Après ce long et périlleux périple, les familles purent enfin retrouver leurs Héros de la Grande Guerre.
Les corps qui ne furent pas restitués furent quant à eux regroupés dans des cimetières militaires puis de grandes nécropoles nationales entretenues à perpétuité par la nation.
Le transfert des corps des militaires de la Grande Guerre, à savoir la recherche, l’exhumation, l’identification, la mise en bière et la ré-inhumation des corps (soit dans un cimetière militaire soit dans un cimetière communal) montrent non seulement le poids de la Guerre sur une société, qui plus est une société en deuil, mais aussi ses conséquences géographiques.