Voudrait-on argumenter contre l’afro-pessimisme que quelques chiffres nous ébranleraient : selon l’
Atlas stratégique 2008,
sur 35 conflits graves répertoriés dans le monde, 13 sont situés en
Afrique, où 15 pays (sur 53) sont concernés par une « crise
d’intensité moyenne à haute ». Si l’on affine l’analyse, on trouve
sur le continent une trentaine de pays soumis de temps à autre à des
accès de violence, et seuls quatre d’entre eux bénéficient de la note
« A » en termes de risques-pays
.
Au début du XXI
ème
siècle, il y a en Afrique davantage de soldats étrangers participant
aux opérations de maintien de la paix qu’il n’y en avait un siècle plus
tôt dans les armées coloniales de conquête. Et de pacification…
Notre
intervention propose de relire la géographie politique africaine sous
l’angle des paramètres habituellement retenus pour expliquer les
conflits et les guerres, c’est-à-dire les luttes pour conquérir le
pouvoir
ou pour contrôler des territoires. Or, en matière de territoires
clairement délimités, la carte politique de l’Afrique a été
cristallisée en 1964 par l’Organisation de l’Unité africaine (devenue
l’Union africaine en 2002), qui a réaffirmé l’intangibilité des
frontières héritées de la colonisation, fussent-elles contraires aux
unités nationales. Il y eut bien quelques tentatives pour bouleverser
cet étrange puzzle, dont celle – pour des raisons pétrolières – du
Biafra en 1966, mais toutes échouèrent à l’exception de l’Erythrée en
1993.
De même, les putschs pour la conquête du pouvoir
d’Etat ont été innombrables depuis les indépendances, mais le mouvement
de recouvrement du monde par la mondialisation libérale, aidé par les
politiques d’ajustement des institutions de Bretton Woods, a entraîné
une déliquescence de l’Etat beaucoup plus sensible en Afrique
qu’ailleurs. De telle sorte que les modèles géopolitiques ont
sérieusement bougé, et l’on se bat désormais pour un pouvoir local,
celui du seigneur de guerre, sur un territoire d’exploitation d’un
produit à forte valeur ajoutée (diamant, or, coltan, …).
Ce
mouvement de décomposition-recomposition des pouvoirs et des
territoires est alimenté par un moteur qui se situe au-delà de
l’extrême pauvreté frappant chroniquement les populations africaines.
Son énergie vient du creusement des inégalités, qui permet aux plus
riches d’acheter des armes (et des consciences corrompues), et qui
oblige les plus pauvres à se vendre. Pour un dollar de plus, on peut
recruter des (enfants) soldats en grand nombre et se tailler un petit
empire que la communauté internationale aura bien du mal à réduire (cf.
Somalie, RD Congo, …).
Ainsi peut-on redessiner
aujourd’hui une nouvelle carte de l’Afrique, où
l’on isolerait les régions sécessionnistes
de
facto, les zones de
non-droit, et – pourquoi pas ? – l’off-shore
des compagnies pétrolières ainsi que les zones
franches. S’il n’y avait ce tabou de l’afro-pessimisme,
on pourrait parler d’une géographie politique du chaos…
Hors-série du mensuel
Diplomatie, oct. 2007, 98 p.
Accordée annuellement par la COFACE aux pays dont la
stabilité contribue à garantir les retours sur
investissements. Il s’agit ici de la Tunisie, du Maroc, de
l’Afrique du Sud et de l’Ile Maurice.
On ne passera pas sous silence les guerres de libération
coloniale (Algérie, Angola, Mozambique), mais notre propos
est autre.
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