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(VERSION
ABRÉGÉE)
Les citoyens
de la province d'Alberta ont reçu en décembre 2006 un chèque
de 500$; ce cadeau de Noël labellisé «chèque
de prospérité» leur était adressé par
le Ministre responsable en témoignage de l'éclatante santé
des finances publiques. Les caisses sont pleines; l'Alberta en plein boom
pétrolier, fait du Canada le 10e producteur de pétrole
et le 3e producteur de gaz au monde, le premier fournisseur
des États-unis. La richesse en hydrocarbures n'est pas nouvelle,
elle remonte à la découverte des gisements de Leduc en 1947.
Les ressources en pétrole, néanmoins, paraissaient vouées
à un épuisement progressif. Or, en 2003, Oil and Gas
Journal a officiellement classé le Canada au deuxième
rang pour les réserves mondiales d'hydrocarbures derrière
l'Arabie Saoudite en comptabilisant les immenses réserves de sables
bitumineux connues depuis 1884, mais désormais jugées rentables.
Figure 1. Flambée
du cours du pétrole

L'explication est bien sûr
dans l'explosion des cours du pétrole (figure 1); le prix du baril
à quadruplé en six ans dépassant 80 dollars (septembre
2007) pour le Brent et le Texas, soit près de 70 dollars pour le
pétrole lourd tiré des sables. Les progrès techniques
accélérés depuis 30 ans ont contribué à
la rentabilité du pétrole issu des sables bitumineux dont
l'exploitation :
-
dope l'économie
de l'Alberta;
-
accélère
l'intégration du marché nord-américain de l'énergie;
-
pose de redoutables problèmes
environnementaux;
-
pèse sur la dynamique
spatiale et politique du Canada.
I : les sables bitumineux :les
difficultés de l'exploitation
Le bitume était connu
des Amérindiens qui en calfeutraient leurs canots. La «découverte»
géologique de 1884 avait eu peu de suites (revêtement des
rues d'Edmonton). En 1929, un procédé à l'eau chaude
pour séparer l'huile des sables fut rapidement abandonné
en raison du coût. On l'a repris en 1967 dans l'usine de la Great
Canadian Oil Sands Co. (aujourd'huiSuncor) puis dans l'usine Syncrude
en 1978 et dans celle d' Esso en 1987 à Cold Lake. On estimait
à ce moment qu'on pourrait récupérer cinq milliards
de tonnes. Le potentiel est aujourd'hui évalué à
268 milliards de mètres cubes répartis en trois gisements
(figure 2) Athabasca autour de Fort McMurray (212 milliards) Rivière-la-Paix
(21 milliards) et Cold Lake (35 milliards)
Figure 2. Les gisements
d'Alberta
L'essentiel des ressources
repose dans des couches sableuses du crétacé inférieur
recouvertes d'argiles et schistes argileux crétacés, de
sables et graviers pléistocènes. Par rapport au pétrole
conventionnel, trois difficultés doivent être surmontées
qui ont posé de redoutables problèmes techniques onéreux
à résoudre : extraire le sable, en tirer le bitume,
traiter le bitume pour le rendre apte au raffinage.
a- L'extraction des sables :
deux cas de figure sont à considérer.
Dix pour cent du bitume se trouve à moins de 80 mètres
de profondeur, on peut extraire à ciel ouvert. Il faut déboiser
pour assécher (figure 3)
Figure 3. Le milieu
naturel et l'exploitation à ciel ouvert 
On arrache le muskeg (tourbière à graminées) puis
on enlève les mort-terrains (utilisés pour les chemins et
le comblement des excavations). Un matériel impressionnant est
mis à contribution : excavateurs à benne traînante,
pelles hydrauliques de quinze mètres, chariots électriques
de 170 tonnes…. On attaque alors les couches fertiles en effritant
les sables à la dynamite; des bennes traînantes de 60 mètres
cubes préparent la charge de monstrueux camions de 400 tonnes (figure4)
montés sur des roues de quatre mètres de diamètre
(un pneu coûte 6 000 dollars)
Figure 4. Un formidable
matériel
Près de 90% des réserves sont à plus de 80 mètres
de profondeur et exigent une approche différente. A l'origine,
on injectait de la vapeur à haute pression pour chauffer le gisement.
Après un repos de quatre mois, on pompait le bitume remonté
dans les puits d'injection; le procédé était long
et ne donnait que 20% de rendement. La technique utilisée à
Rivière-la-Paix a apporté un progrès notable;la couche
de sables bitumineux de 24 mètres surmonte une nappe d'eau de 3
mètres; Shell injecte de la vapeur d'eau dans la couche liquide
et le bitume réchauffé coule dans le puits d'injection.
Depuis 2002, on utilise la technique SAGD (steam-assisted gravity drainage) :deux
puits horizontaux parallèles son forés, la vapeur est injectée
dans le puits supérieur et le bitume liquéfié coule
dans le puits inférieur d'où il est ensuite pompé;
on a ainsi élevé le rendement qui dépasse 60%. D'autres
techniques (par exemple, l'injection de solvant chez Pétro-Canada)
sont sont mises à l'épreuve pour améliorer la performance.
b : L'extraction
du bitume
Les sables extraits contiennent 12% de bitume;
ils sont placés dans des tambours rotatifs et mélangés
avec de l'eau chaude et de la vapeur, les particules de bitume se séparent
des grains de sables et s'accrochent à des bulles d'air. La boue
récupérée est tamisée dans des contenants
coniques qui séparent la mousse contenant le bitume (65% de teneur)
des sables déposés au fond. L'eau et les solides restants
sont éliminés dans des bassins de décantation ;avec
l'adjonction d'une centrifugeuse aux décanteurs,on récupère
98% du bitume contenu dans la mousse. Le procédé, on le
voit, nécessite une énorme quantité d'eau.
c : La valorisation
du bitume
Le bitume contient un excès
de carbone et pas assez d'hydrogène, il faut rétablir l'équilibre
carbone-hydrogène et éliminer les impuretés (métaux
lourds, soufre etc.) avant de procéder au raffinage classique.
Divers procédés y concourent; la cokéfaction permet
d'extraire les fractions lourdes; l'hydrocraquage augmente la production
liquide (technique Syncrude par ébullition d'hydrogène à
partir du gaz naturel);l'hydrotraitement favorise la transformation des
distillats primaires en pétrole synthétique, avec retrait
du soufre, de l'azote et de l'oxygène. Toutes ces opérations
requièrent les installations nécessaires à la fabrication
de l'hydrogène, à la récupération du soufre
etc. dans le meilleur des cas, on obtient un pétrole synthétique
léger (le Syncrude) apte au transport par canalisation vers les
raffineries où il peut être traité. Cette description
sommaire donne une idée des différentes techniques qu'il
a fallu mettre au point et des coûts associés et de leur
impact sur le prix de revient ,mais aussi de l'énorme consommation
d'eau et d'énergie qui est requise.
II- LES SABLES BITUMINEUX :QUELQUES
PERSPECTIVES
Les coûts de mobilisation des sables bitumineux, d'extraction
du bitume et des opérations pour obtenir un pétrole acceptable
aux raffineries étaient autant d'obstacles à une exploitation
à grande échelle. Lorsque le prix du brut sur le marché
mondial n'excédait pas dix dollars au baril, il en coûtait
de 50 à 60 dollars pour un baril issu du traitement des sables.
Aussi, la plupart des opérations étaient-elles expérimentales.
Syncrude, créée en 1978, reflète dans le partenariat
dont elle est issue, l'importance des risques et l'ampleur des appuis
requis. Le gouvernement du Canada, de l'Ontario et de l'Alberta sont entrés
en coopération avec quelques grandes pétrolières
comme Impérial Oil et Golf Canada.
Le Projet Syncrude actuel est un «joint venture» qui associe
Canadian Oil Sands Ltd (37%), Imperial Oil Ressources (25%), Conoco Philips
Oil Sands (9%), Petro Canada Oil and Gas (12%) et de plus modestes partenaires
(Murphy Oil, Nexen Oil Sands, Local Energy Ltd). Les principaux actifs
sont situés au nord de Fort McMurray : la mine Aurora, l'usine
d'extraction primaire;la technologie et les actifs de Syncrude, y compris
le matériel et les concessions ont été absorbés
par le Projet Syncrude.
Les pouvoirs publics ont appuyé vigoureusement les efforts de
réduction des coûts par participation directe et par des
crédits d'impôts et des fonds de recherche pour le gouvernement
fédéral, par un investissement spécifique en recherche
appliquée (AOSTRA) pour le gouvernement de l'Alberta. Ce dernier
a, en outre, proposé une généreuse politique fiscale
(royalties limitées à 1% du revenu brut jusqu'au recouvrement
des coûts de capital, puis 25% du revenu net après). Grâce
à ces interventions facilitatrices et avec les progrès techniques,
le coût revient du pétrole issu des sables a progressivement
baissé. On estime que dans le cas le plus favorable, il peut être
inférieur à 25 dollars le baril; suivant les conditions
d'exploitation, les techniques utilisées et la qualité du
produit obtenu, il varie entre 25 et 45 dollars. Au niveau actuel des
cours sur le marché mondial; la marge bénéficiaire
est donc considérable. La plupart des compagnies pétrolières
actives en Amérique du Nord sont maintenant impliquées.
Le gouvernement libéral en 1996, avait signé un accord avec
quinze sociétés pour tripler la production et porter son
niveau journalier à 1,2 million de barils. Non seulement ce niveau
est-il largement dépassé, mais les investissements en cours
promettent une croissance rapide pour les années à venir.
En 2006, les dépenses et immobilisations associées aux sables
bitumineux s'élèvent à 12 milliards de dollars. La
liste des projets en cours d'exécution ou soumis pour approbation
ne cesse de s'allonger. On retrouve des acteurs bien connus comme Syncrude
Canada (4,2 milliards pour l'expansion des ses usines et des ses opérations
à la mine Aurora), Suncor (9 milliards dans Buffalo Wood pour l'extraction
et le raffinage) Petro Canada (2 milliards dans Buffalo Wood) Impérial
Oil (2 milliards à la mine de Kearl Lake).Les pétrolières
comme Total sont à pied d'oeuvre et des entreprises plus inattendues
ont montré de l'intérêt : chinoises, japonaises
(Japan Anacto Oil Sands Co.), a un projet en cours au sud de Fort McMurray).
Anticipant un ravitaillement en pétrole issu des sables, plusieurs
raffineries de Sarnia (Ontario) entreprennent des travaux pour être
en mesure de traiter les fractions lourdes.
Si les divers projets annoncés se réalisent, la production
devrait atteindre cinq millions de barils par jour en 2015; naturellement,
cette projection sous-entend que le cours mondial demeurera élevé.
S'il devait tomber sous les 40 dollars, certains des projets ne seraient
plus rentables; sous la barre de 35 dollars, la rentabilité deviendrait
marginale pour un grand nombre d'entre eux. Toutefois,même en admettant
que les cours demeurent bien au-dessus du seuil de rentabilité,
il n'est pas certain que tous ces projets se réalisent en raison
de contraintes relatives à la main-d'œuvre spécialisée,
aux infrastructures etc…. Plusieurs experts pensent qu'il est plus
réaliste d'espérer une production de trois à quatre
millions de barils par jour en 2015 ,dont les deux tiers en brut valorisé
(synthétique – PBS). Ce qui laisse un beau rythme de croissance!
III. L'embellie de l'économie
albertaine :
L'Alberta enregistre depuis
2002 une formidable croissance économique, le PIB a progressé
de 56% en quatre ans, un taux de croissance «chinois» de 12,8%
par an(figure 5)
Figure 5. Croissance
du PIB en Alberta
Bien sûr, cela traduit
la hausse des prix des matières premières à l'exportation
qui nourrit les plantureux bénéfices des sociétés
albertaines .Leur hausse spectaculaire stimule les investissements (croissance
de 18% en 2005) d'abord dans l'exploitation des ressources, mais aussi
dans la construction résidentielle, les tours à bureaux,
à Calgary en particulier où la tour de ENCANA est la plus
élevée à l'ouest de Toronto. Il est juste de noter
que les investissements dans le charbon (90% des réserves canadiennes)
contribuent aussi à la performance globale; les réserves
de gaz naturel baissent et l'on compte beaucoup sur le méthane
des gisements houillers pour faire face à la demande, notamment
celle qu' engendre l'exploitation des sables bitumineux.
La valeur des exportations
de l'Alberta, dopée par la hausse des prix du brut, atteint 135
milliards de dollars, deux fois le montant de 1999. L'Alberta exporte
son brut vers les États-Unis et ravitaille l'Ouest canadien en
produits raffinés dans les installations d'Edmonton. L'excédent
commercial de l'Alberta dépasse 33 milliards de dollars, les plantureuses
exportations internationales ,vers les États-Unis en fait, excèdent
de beaucoup le déficit que la Province enregistre avec l'Ontario
et le Québec dont elle est toujours tributaire pour les produits
manufacturés, les services aux entreprises, les services financiers,
etc.
Aussi bien, les finances
publiques affichent-elles une insolente prospérité. Les
recettes pétrolières ont permis d'éliminer la dette.
L'excédent budgétaire (8 milliards de dollars en 2006) permet
d'alléger les impôts des Albertains qui, en outre, sont les
seuls au Canada à ne pas payer de taxe provinciale à la
consommation. Déjà, une première période faste
(1973-1985) avait permis au gouvernement albertain de préparer
l'avenir avec un Héritage Fund nourri jusqu'en 1987 par le tiers
des ressources qui provenaient du pétrole. Dans la phase actuelle,
il investit vigoureusement dans les infrastructures; les investissements
publics ont doublé entre 2000 et 2005.
Le nouvel Eldorado exerce
un grand pouvoir d'attraction par les bénéfices qu'il promet,
les opportunités qu'il offre et, d'abord, les salaires proposés,
les plus élevés au Canada et en rapides croissance (7% en
2006). L'Alberta enregistre une migration nette en progression rapide
qui se chiffre à 25 000 annuellement (figure 6)
Figure 6. Croissance
de la population et de la migration en Alberta
Naguère issus des provinces voisines,
les arrivants viennent désormais en majorité de l'Est du
Canada. Les nouveaux venus sont jeunes, le taux de natalité est
le plus élevé au Canada, ce qui se traduit par une pyramide
des âges plus favorable. Le croît démographique stimule
la consommation (les dépenses pour l'habitation ont augmenté
de 17% en 2006), ce qui fouette la machine économique. Autre indice
fort du dynamisme économique albertain, l'attraction exercée
sur les sièges sociaux ;au Canada, les trois quarts des sièges
sociaux sont concentrés dans quatre métropoles depuis un
demi-siècle. Toronto qui a supplanté Montréal continue
de progresser et fait 34% de l'emploi canadien dans les sièges(60
000) contre 23% à Montréal, tandis que Vancouver décline
à 7%. Le fait nouveau est la rapide progression de Calgary qui
grimpe au troisième rang avec 12% du total des emplois (20 000,
soit un bond de 65% en six ans). Désormais, toutes les grandes
compagnies pétrolières ont leur siège ici, Shell
Canada, Encana, Transcanada etc…En 2005, l‘Impériale
(Esso) a suivi le mouvement en déménageant son siège
de Toronto. Le phénomène ne se limite pas au secteur pétrolier;
de grandes entreprises de transport ont installé leurs quartiers
à Calgary, suivant en cela l'exemple du Canadien Pacifique. La
croissance du pouvoir de commandement est une des principales manifestations
de l'épanouissement métropolitain de Calgary qui devance
Edmonton avec 1,080 million d'habitants en 2006. Calgary qui ne comptait
que 150 000 habitants en 1951 poursuit sa vigoureuse ascension (plus de
15% entre 2001 et 2006).
Naturellement, cette belle
médaille à un revers moins attrayant;la hausse du coût
de la vie est inquiétante (5% en 2006). C'est particulièrement
dans le secteur du logement que les problèmes se posent. Le prix
des logements neufs a augmenté de 50% en une seule année
à Calgary! Sur les gisements mêmes, comme à Fort McMurray,
les maisons mobiles et les caravanes se louent à prix d'or. Les
propriétaires, assaillis de demandes, n'hésitent pas à
doubler le prix des loyers d'une année à l'autre. On retrouve
à bien des égards des pratiques de Far West.
Le marché du travail
est particulièrement tendu avec une croissance de l'emploi de près
de 4% en 2006 (figure 7)
Figure 7. L'emploi en
Alberta

L'Alberta présente d'impressionnantes
statistiques, le taux d'occupation de la population active est le plus
élevé au Canada (72%) et le taux de chômage est tombé
à 2,9%. La croissance de l'emploi concerne d'abord le secteur énergétique
(+80% depuis 2000) mais s'étend à toutes les branches de
l'économie; la pénurie de main d'œuvre, malgré
l'afflux des migrants, est généralisée. La chaîne
de dépanneurs Couche-tard (épicerie) recrute au Québec
en offrant aux postulants le logement et le billet d'avion. On peut même
voir dans les Mcdonald's de McMurray un écriteau priant les clients
d'être polis et avenants avec les employés, une denrée
rare, là aussi. Cette croissance échevelée qui ne
se dément pas n'est pas, on le verra plus loin, sans conséquences
sur le Canada dans son ensemble.
5. L'intégration croissante
du marché nord-américain de l'énergie
La production canadienne d'hydrocarbures
a été pratiquement, dès la découverte des
gisements albertains, orientée vers le marché américain,
naturellement proche. Les pétrolières américaines
participent largement à l'exploration et l'exploitation des ressources.
La tendance s'est affirmée à mesure que la production américaine
plafonnait puis régressait, passant de 485 millions de tonnes en
1980, à 410 en 1990, et 350 en 2006. Présentement, la consommation
américaine dépasse les 20 millions de barils par jour pour
une production de 7 millions, soit un taux de couverture inférieur
à 35%. Tout naturellement, les deux voisins des États-Unis
sont les premiers contributeurs dans une proportion croissante- 28% importations
américaines en 2005.
On sait que le Traité
du libre échange, Canada/États-Unis, élargi au Mexique
en 1994 dans l'ALENA (Association nord américaine du libre échange)
a vigoureusement stimulé le commerce entre les trois États
et orienté de plus en plus les flux selon une direction méridienne.
Toutefois, les échanges énergétiques entre les Etats-Unis
et le Canada ont précédé le Traité qui entérine
une situation existante, la renforçant par la suppression, presque
totale, de toutes réglementations
La carte montre l'intégration
des réseaux d'oléoducs, et pour ce qui concerne le Canada,
un fractionnement de fait entre deux marches (figure 8)
Figure 8. Le réseau
nord-américain d'oléoducs
-
l'Est du Canada jusqu'à
présent est ravitaillé pour l'essentiel par les importations
en provenance de la mer du Nord, du Moyen Orient etc., et partiellement
par la récente production de Terre Neuve et de la Nouvelle
Écosse;
-
l'Ouest du Canada exporte
l'essentiel de sa production aux États-Unis qui en reçoivent
plus de 2 millions de barils par jour.
L'accroissement récent
de la production issue des sables bitumineux qui permet un flux supplémentaire
dans les oléoducs américains se lit dans les modifications
récentes du trafic .Le réseau Enbridge au Canada et le réseau
Lakeheart aux EU forment le plus grand oléoduc du brut au monde.
Enbridge a converti sa canalisation n0 3 pour transporter plus de pétrole
lourd issu des sables. En outre, elle a obtenu l'autorisation d'inverser
le sens de l'écoulement des oléoducs Spearheard et Mobil;
c'est-à-dire, que le pétrole canadien ne ravitaille plus
seulement le Middle West, de Salt Lake City à Chicago, mais désormais
l'Oklahoma (Cushing) et la Côte du Golfe du Mexique (Port-Arthur
par l'oléoduc Mobil. De nombreux projets d'agrandissement des oléoducs
sont en cours au Canada tant vers la côte occidentale (le Transmountain)
que vers les États-Unis.
Les pressions sont de plus
en plus fortes aux Etats-Unis pour mieux réduire les risques d'approvisionnement
en pétrole, moins dépendre du Moyen-Orient, voire d'opposants
plus proches, comme le Venezuela de Chavez.Ce sont les préoccupations
exprimées notamment par l'Energy Development Group constitué
sous l'égide du gouvernement américain. C'est ainsi qu'une
rencontre a eu lieu au Texas au printemps 2006 où les sociétés
pétrolières exploitant les sables bitumineux de l'Alberta
auraient accepté de porter leur production à 4,5 millions
de barils par jour en 2013. Techniquement, le délai est bien court
et l'objectif plus réaliste pourrait se situer près de 4
millions.
Autre signe, le projet de
communauté nord-américaine de l'énergie (North America
Energy community) avancé notamment par le géographe J. Kotkin.
La proposition ne manque évidemment pas de logique, les trois pays
d'Amérique du Nord sont de plus en plus interdépendants,
les échanges ne cessent de croître depuis la mise en route
de l'ALENA. Toutefois, cette association de libre échange ne comporte
aucune perspective politique; ce projet envisage au contraire une politique
commune de l'énergie, une mise en commun des ressources, un investissement
concerté. L'argumentation ne manque pas d'intérêt;
au-delà des complémentarités évidentes de
la proximité, on invoque le nécessaire équilibre
écologique, mais l'inquiétude fondamentale est la perspective
d'une dépendance américaine accrue envers les importations
(de 13 millions de barils par jour à 16,5 en 2030) issues des pays
de l'OPEC, de la Russie et d'Asie centrale en proportion croissante, une
perspective de dépendance à l'égard de pays qui,
écrit J. Kotkin «n'ont pas nos valeurs». Le modèle
proposé est celui de la CECA européenne et repose sur un
principe de concurrence. Il est assez clair que le Mexique est dans la
ligne de mire : des réserves considérables, des besoins
technologiques qui ne le sont pas moins, un champ d'expansion alléchant
pour les grandes pétrolières. Mais, on sait que la PEMEX
est propriété publique et que le Mexique l'a explicitement
soustraite au traité de l'ALENA.
A toutes fins pratiques, le
gouvernement du Canada ne dispose plus ,en matière énergétique,que
de pouvoirs résiduels d'intervention concernant les crises graves.
Il est d'ailleurs piquant de voir le Canada résister aux prétentions
américaines en invoquant le respect du marché ! Il en est
ainsi des discussions en cours sur le projet d'oléoduc Alaska/Canada
qui suscite bien des réticences au Canada- pour lequel le Sénat
américain vient d'autoriser des fonds publics; évidente
entorse aux règles du marché!
6. la redoutable questionenvironnementale
Si l'exploitation des combustibles
fossiles est toujours lourde de conséquences pour l'environnement,
l'extraction des sables bitumineux soulève des problèmes
qui dépassent l'horizon régional : c'est un enjeu national
qui a un fort retentissement international. Depuis soixante ans, plus
de 250 000 puits ont été creusés dans le sous-sol
albertain pour extraire le pétrole et le gaz naturel. Plusieurs
centaines de milliers de kilomètres de routes ont été
tracés pour y accéder. L'impact sur l'environnement est
pourtant sans commune mesure avec les effets déjà enregistrés
de l'extraction des sables bitumineux.
-
le processus de production
exige une énorme consommation d'eau; il faut de trois à
cinq tonnes d'eau pour une tonne de pétrole lourd. Au niveau
de production actuel, cela représente 300 millions de mètres
cubes d'eau que l'on pompe dans les nappes et surtout dans la rivière
Athabasca : les prises autorisées sont de 370 millions
de mètres cubes. Si les projets annoncés se réalisent
en tout ou en partie, il faudra de 600 à 900 millions de mètres
cubes en 2015. La durabilité écologique de la rivière
Athabasca est menacée, il faudra améliorer considérablement
l'efficacité des procédés de recyclage ;
-
les rejets d'eau sont,
en autres, source de forte pollution. Si une quantité d'eau
importante est nettoyée et recyclée, des rejets massifs
sont dirigés vers des bassins de décantation qui s'étendent
sur 60 kilomètres carrés pour une récupération
ultérieure; ces accumulations sont particulièrement
nocives (méthane, benzène, xylose..) l'étanchéité
n'est pas totale et les fuites sont à craindre. La nocivité
est telle que des canons à eau ont pour fonction d'éloigner
les oiseaux attirés par les nappes. Il est clair qu'il faut
améliorer le recyclage et trouver une solution de récupération
de ces étangs. La stratégie du gouvernement de l'Alberta
(Régional Sustainable Development Strategy) est
visiblement dépassée; très clairement, il hésite
à trancher entre la mise en œuvre des projets, les revenus
fiscaux actuels et le souci de l'avenir ;
-
l'ampleur de la consommation
d'énergie pose également un défi redoutable.
La production d'un million de barils de pétrole demande environ
24 millions de mètres cubes de gaz naturel. On sait que les
projets pour 2015 visent à produire quatre à cinq millions
de tonnes de barils par jour : la production locale de gaz n'y
suffirait pas. Là aussi ,l'amélioration des procédés
est à l'ordre du jour. Beaucoup pensent que ce ne sera pas
suffisant. Le président d'Energy Alberta Corporation vient
de proposer l'utilisation de l'énergie nucléaire pour
produire l'électricité, la vapeur et l'hydrogène
nécessaires à l'exploitation des sables bitumineux.
Sa société a acheté un réacteur CANDU
à Énergie Canada (CANDU pour Canadian Deuterium Uranium :
solution à l'uranium naturel et refroidissement à l'eau
lourde) et demande, pour aller de l'avant, que le gouvernement du
Canada garantisse l'approvisionnement en combustible. Ce n'est qu'un
projet, mais il dit l'acuité du problème ;
-
c'est naturellement la
pollution atmosphérique et les émissions de gaz à
effet de serre qui retiennent le plus l'attention puisque l'impact
dépasse l'horizon régional. La pollution atmosphérique
a considérablement augmenté en Alberta où-par
voie de conséquence- l'acidification des lacs atteint des niveaux
inquiétants. La destruction des tourbières qui sont
des réservoirs de gaz carbonique stimule les émissions
de G.E.S. Le processus de production est particulièrement dommageable
à l'environnement : produire une baril de pétrole
libère 80 kilogrammes de G.E.S., c'est trois fois plus que
pour le pétrole conventionnel.
La conséquence la
plus spectaculaire du développement de la production de pétrole
à partir des sables bitumineux et des perspectives de croissance
pour les prochaines décennies, est le reniement par le Canada de
son engagement international en faveur de la réduction des G.E.S.
Le gouvernement libéral avait adhéré, avec enthousiasme,
au protocole de Kyoto, tout en rassurant les producteurs d'hydrocarbures
(conventionnels pour l'essentiel à ce moment-là). En 2005
encore, le ministre canadien de l'environnement présidait à
Montréal la conférence mondiale sur les changements climatiques.
Le gouvernement conservateur (dont la base politique est dans l'Ouest,
on le rappelle) a tourné casaque et annoncé que le Canada
ne pourrait pas atteindre les objectifs de Kyoto (une réduction
de 6% des G.E.S. en 2012 par rapport à 1992). On argumente d'une
part que le gouvernement libéral, malgré de multiples annonces
(Plan Vert, multiples plans d'action) n'a en fait pas enrayé la
production des G.E.S., et d'autre part qu'une action brutale sur quelques
années coûterait au Canada plusieurs points de PIB. Et c'est
un fait que, loin d'atteindre l'objectif de 563 mégatonnes de G.E.S.
en 2012, le niveau est en 2007 au-dessus de 700 mégatonnes (600
en 1992). Et il est vrai aussi, que le gouvernement conservateur minoritaire
n'a pas été renversé par la coalition des trois partis
d'opposition, pourtant tous farouches partisans du protocole de Kyoto !
Le gouvernement Harper, en
remplacement des engagements précédents, a présenté
un plan d'action sur le long terme qui annonce une réduction des
G.E.S. de 20% en 2020 (600 mégatonnes, donc un retour à
la situation de 1992) et de 65% en 2050 (250 mégatonnes). Atteindre
ces objectifs est hautement souhaitable, d'autant que, si la tendance
actuelle se maintenait, le Canada produirait en 2050 près de 1400
mégatonnes de G.E.S. D'ores et déjà, on peut prédire
que les objectifs ne seront pas atteints; le plan gouvernemental ne fixe
aucune obligation de réduction absolue de G.E.S., mais seulement
une obligation de réduction d'intensité. Des résultats
notables ont certes été obtenus entre 1990 et 2005 :
les émissions de Co2 ont été réduites de moitié
par baril produit .Mais même si la réduction d'intensité
se maintenait à ce rythme, elle ne pourrait compenser que très
partiellement la formidable hausse de production projetée. De fait,
un groupe d'experts indépendants estime que dans le meilleur des
cas, le Canada parviendra à limiter le taux de croissance des émissions
de G.E.S. qui atteindraient un niveau compris entre 800 et 1000 mégatonnes.
Le gouvernement du Canada a, de toute évidence, choisi de ménager
les compagnies pétrolières, et de protéger l'exploitation
des sables bitumineux et la croissance économique qu'elle génère.
7. les effets sur le Canada
La croissance économique
de l'Alberta n'est pas un phénomène nouveau, puisque, stimulée
par l'exploitation du pétrole et du gaz naturel, la province a
triplé sa population en cinquante ans. Toutefois, le rythme et
l'ampleur du développement actuel, avec les effets de seuil associés,
modifient les équilibres traditionnels au Canada, tant sur le plan
économique qu'au niveau spatial et politique.
L'essor de l'exploitation
des sables bitumineux est largement lié, on l'a souligné,
à l'envol des coûts du pétrole. La formidable montée
des recettes d'exportation donne au Canada une balance commerciale largement
excédentaire. La hausse du prix des autres matières brutes,
le blé y compris, n'y est pas étrangère, mais les
hydrocarbures sont les contributeurs majeurs. On sait, en outre, que 84%
des exportations canadiennes sont absorbées par les États-Unis
dont la balance avec le Canada est très déficitaire. Ces
données changent les rapports monétaires. Le dollar canadien
qui était tombé à 60 cents américains avec
les difficultés économiques des années 1980 et du
début des années 1990, a progressivement regagné
du terrain, puis est remonté en flèche au cours des récentes
années pour atteindre une quasi-parité en septembre 2007
soit une augmentation de plus de 50% en 5 ans (figure 9). La position
exportatrice du Canada en est naturellement modifiée; en ce qui
concerne les matières brutes et l'énergie, rien n'est changé
compte tenu de la demande très soutenue. En revanche, la capacité
concurrentielle de l'industrie canadienne est grandement affectée
par l'ampleur et surtout par la vitesse de la réévaluation
du dollar.
Figure 9. La hausse
du dollar canadien
Alors que dans de nombreux
pays occidentaux, les effectifs manufacturiers poursuivaient un rapide
déclin, le nombre d'employés dans les manufactures a augmenté
au Canada dans les années 1990 et la production a bondi, favorisée
par le libre-échange dans le cadre de l'ALENA, mais aussi par un
dollar canadien faible. Depuis 2002, la situation s'est détériorée.
L'industrie canadienne est, on le sait, concentrée dans les Provinces
centrales -Ontario et Québec- qui font les frais du renversement.
Dans les cinq dernières années, la perte d'emplois manufacturiers
se chiffre à 50 000 au Québec, la facture est plus lourde
en Ontario (140 000) et la tendance se maintient; les pertes canadiennes
d'emplois dans les manufactures s'élèvent à 52 000
pour le premier semestre 2007. Certes, des caractéristiques particulières
marquent ce repli accru par le problème des structures et de la
ressource des industries forestières au Québec, par les
difficultés des constructeurs nord-américains dans le cas
de l'industrie automobile ontarienne. Mais les effets pervers d'une conjoncture
qui permet l'embellie albertaine sont patents .Un autre élément
en témoigne, la surchauffe albertaine réveille la crainte
de l'inflation et pousse la Banque du Canada à hausser les taux
d'intérêt, la taxe d'inflation est supérieure à
5% en Alberta, mais inférieure à 2%. C'est donc le dynamisme
albertain qui justifie des mesures qui poussent encore le dollar à
la hausse, ce dont pâtit particulièrement l'industrie des
provinces centrales.
La vigueur de la croissance
de l'Alberta est peut-être, par ailleurs, un signe avant coureur
de la remise en cause de l'organisation spatiale du Canada que l'on peut
décrire de façon cavalière suivant un modèle
centre périphérie. L'Acte de l'Amérique du Nord de
1867 et la politique nationale qui ont suivi ont jeté les bases
d'une répartition des rôles entre les provinces centrales-
Ontario et Québec- chargées de la direction financière,
de la production industrielle, et de la périphérie, mobilisant
des ressources dont l'exportation finançait l'importation de capital
et de technologie. Au long des décennies, Toronto a remplacé
Montréal comme métropole du Canada, mais les provinces centrales
ont maintenu leur rôle dominant; elles conservent leur prépondérance
en matière de production et de direction de l'économie;
leur poids relatif dans les hautes technologies et la R.D., est plus considérable
encore. Malgré les changements démographiques (affaiblissement
des provinces Maritimes, progrès de l'Ouest) elles demeurent, surtout
l'Ontario, le cœur du système. Toutefois, la poussée
de l'Ouest (et même, la récente fortune pétrolière
de Terre-Neuve) alimentée par la fièvre sur les marchés
des matières premières, amorce un changement dans le rapport
de forces qu'illustre la migration de forces vives et de plusieurs sièges
sociaux. La croissance des métropoles d'Alberta et de Colombie
Britannique, jette les bases d'un développement plus autonome.
Les conséquences politiques
ne sont pas moins intéressantes. Il existe d'ores et déjà
un modèle albertain. On le perçoit déjà dans
l'orientation pro-business du gouvernement provincial qu'a choisi de taxer
faiblement les revenus du pétrole en faisant le calcul que des
bénéfices élevés donnent aux sociétés
productrices des capacités supérieures de réinvestissement.
De même, la politique fiscale générale favorise les
baisses d'impôts, ayant donné priorité à l'extinction
de la dette sur l'investissement public. Enfin, le souci affiché
de limiter le rôle de l'État contribue à donner ses
contours au modèle. Or, le Parti conservateur, qui vient de prendre
les rênes du gouvernement fédéral, est surtout enraciné
dans l'Ouest canadien et le Premier ministre Stephen Harper est député
d'Alberta. La situation actuelle de gouvernement minoritaire ne lui donne
pas les coudées franches; toutefois, l'infléchissement politique
est net : baisse de la taxe fédérale sur les biens
et services, coupes dans les services gouvernementaux, volonté
de desserrer l'étreinte centralisatrice du gouvernement fédéral,
rapprochement avec les États-Unis. S'il est peu probable qu'il
adopte, dans un avenir prévisible, une ligne franchement néo-libérale,
on peut s'attendre à ce qu'il demeure fortement inspiré
par ses sources albertaines. Le retrait du Canada de l'accord de Kyoto
en est un signe manifeste.
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A la conférence des
pays du Pacifique en septembre 2007 ,le Canada a fait adopter un accord
favorable à la réduction des GES qu'ont ratifié notamment
les Etats-Unis ,la Chine et l'Australie ,tous pays qui ont refusé
de signer le protocole de Kyoto .Cet accord ,il est vrai ,est peu contraignant
et ne fixe aucune cible ;le Canada joue la carte du réalisme :il
veut se donner une bonne image internationale et se montrer attentif à
une question qui préoccupe un grand nombre de Canadiens ,sans toutefois
mettre en péril sa propre croissance économique et son secteur
pétrolier. L'enjeu politique est d'autant plus grand au Canada
que l'énergie –les ressources naturelles d'une façon
générale -sont de compétence provinciale ,et que
les interventions du gouvernement fédéral doivent prendre
en compte les intérêts fatalement divers et souvent opposés
des provinces .La crise des années 1980 est encore dans les mémoires
;devant la flambée des cours mondiaux du pétrole qui affectait
gravement l'économie des provinces importatrices du centre et de
l'est ,le gouvernement central avait fait adopter une Politique Nationale
de l'énergie comportant notamment une taxe à l'exportation
du pétrole dont le produit était reversé aux provinces
importatrices pénalisées .Le mécontentement fut tel
que le parti libéral, alors au pouvoir ,fut balayé aux élections
suivantes ,ne faisant élire qu'un seul député à
l'ouest de l'Ontario .Il est donc probable que l'exploitation accélérée
des sables bitumineux de l'Alberta- gouvernée par les cours mondiaux
et la demande américaine- se poursuivra sans trop de contraintes
,stimulant globalement l'économie canadienne¸,mais pesant
fortement sur les grands équilibres du Canada.
Quelques indications bibliographiques,ne
faisant élire qu'un seul député à l'ouest
de l'ontario
CROSS Ph.,BOWLBY G. :The Alberta
economic juggernaut :the boom on the rose Canadian Economic Observer,
Sept. 2006
OFFICE NATIONAL DE L'ÉNERGIE :Le
réseau canadien de transport d'hydrocarbures.Ottawa 2005
PEMBINA INSTITUTE : Energy
Watch pembina.org/publ
ROWAT M.R.:Période
de boom:l'industrie canadienne du pétrole brut Statistique Canadan0
11-621-MIF 2007
WEINTRAUB S.(dir) :Energy
cooperation in the western hemisphere CSIS Washington 2006
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