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Réchauffement climatique et Terre en mal d'énergies Bertrand Lemartinel (emart@univ-perp.fr) |
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La question des ressources énergétiques se pose évidemment pour les habitants de notre Terre, dont on sait qu'ils tendent à toujours augmenter leur consommation. C'est particulièrement vrai pour les pays émergents que sont le Brésil, la Chine ou l'Inde ; mais il faut souhaiter que cela devienne le cas pour les pays les plus pauvres, dont le nécessaire développement passera évidemment par des besoins accrus en la matière. D'un autre côté, il faut aussi prendre en compte le caractère fini – à quelle échéance ? – des moyens parfois gaspillés dont dispose l'humanité. Il n'est donc pas incongru, même si cela peut paraître iconoclaste au regard du discours dominant, de se poser la question de l'intérêt du réchauffement climatique : celui-ci peut par exemple conduire à une moindre consommation domestique hivernale, en limitant les besoins de ce que l'on nomme le « tertiaire résidentiel ». Pour tenter d'y répondre – mais nous savons dès l'abord que nous ne saurions le faire de manière définitive – nous aborderons plusieurs thèmes. Il s'agit en premier lieu de savoir ce que l'on nomme réchauffement global, mais aussi de mesurer qu'il n'a pas un égal impact sur nos sociétés, puisqu'il atteint inégalement les différentes régions de notre globe, lui-même inégalement peuplé. Ensuite, nous essaierons de voir si l'on peut en espérer des perspectives de gains énergétiques, avant de considérer les incertitudes qui affectent l'ensemble des projections physiques ou sociétales sur lesquelles nous raisonnons aujourd'hui. L'idée
d'un réchauffement global est intuitivement soutenue par l'irruption
de phénomènes climatiques particulièrement violents :
Les travaux
du GIEC prédisent une élévation moyenne des températures
de 3,1°C durant le prochain siècle, ce qui n'a pas grande signification
dès que l'on considère la variabilité terrestre.
Plus intéressantes sont les données régionales, obtenues
par modélisation et reportées sur les cartes. Les augmentations
de température les plus nettes, de l'ordre de 8°C en 2100,
seraient localisées dans les régions arctiques. Le meilleur
signe de cette opportunité est la chute des cours du pétrole
lorsque l'hiver se caractérise par sa douceur. En juillet 2006,
le prix du baril était monté à 78 dollars ;
dans l'hiver qui a suivi, il était redescendu à 55 dollars
en raison de la clémence thermique qui faisait annoncer au MetOffice
britannique « une température moyenne record pour 2007 ».
Même si la réalité a été quelque peu
différente, et même si l'on ajoute que le coût des
hydrocarbures dépend de facteurs politiques, on ne saurait douter
qu'une hausse du thermomètre conduit à une moindre consommation,
c'est-à-dire à une épargne énergétique.
Cela est d'autant plus vrai que dans les pays riches de la zone tempérée,
et le nôtre en particulier, la part du résidentiel-tertiaire
– donc, pour l'essentiel, du chauffage des logements et bureaux
– représente une fraction considérable de la dépense.
En France, elle atteint presque la moitié (46%) de cette dernière.
Peut-on évaluer ce qu'y ferait gagner un accroissement hivernal
de 3°C, toutes énergies confondues ? Nous ne saurions être
trop précis, mais on peut sans doute extrapoler les données
fournies par Electricité de France, là aussi à partir
de modèles de prévision de consommation. La société
estime qu' « en hiver, une variation moyenne d'un degré
sur l'ensemble du territoire français entraîne une réduction
d'environ 1450 MW de la consommation (soit l'équivalent de la production
d'une centrale nucléaire) ». Rapportée au nombre
moyen de jours de chauffe ordinairement observé, l'économie
annuelle serait approximativement de 25 TWh, ce qui est loin d'être
négligeable. On rétorquera immédiatement que le gain
risque d'être annulé par le développement de la climatisation
estivale puisque « en été, on estime que le gradient
de température lié à la climatisation vaut environ
500 MW/°C. ». Les choses sont moins simples car les climatiseurs
fonctionnent bien moins longtemps que le chauffage et que le surcoût
ne serait que de 2 TWh. En effet, le principe de fonctionnement de ces
appareils est radicalement différent de celui des radiateurs ;
ils déplacent les calories par évaporation/compression du
gaz qu'ils contiennent. Ils peuvent même fonctionner de manière
réversible, et récupérer dans l'atmosphère
les calories (sans les produire) qu'elle contient, même en hiver :
on sait qu'une pompe à chaleur a un bilan énergétique
meilleur qu'une simple chaudière ou des radiateurs électriques,
qui ne brillent pas par leur efficacité. Au total, la climatisation
bien comprise –notamment en cas d'hivers plus cléments augmentant
son rendement – peut même contribuer à lutter contre
la disette en énergies. Les économies de gaz, de fioul ou
de « renouvelables » (70% de la consommation) seraient
en proportion aussi utiles que celle d'électricité et plus
bénéfiques encore en raison de la réduction des émissions
de CO2. On ajoutera que le réchauffement climatique
projeté par les modèles peut avoir un rôle social.
En effet, la simple facture de chauffage, toujours en France, s'est élevée
pour les ménages à 36,2 milliards d'euros en 2006, et que
les plus atteints par cet alourdissement des charges sont clairement les
plus pauvres, comme le montre une belle étude de la Fondation Abbé
Pierre. La rétraction
des glaces de l'hémisphère nord – celles du continent
antarctique paraissant peu enclines à fondre – est toujours
présentée comme un des inconvénients majeurs du
global warming. Mais elle peut aussi avoir des avantages que les gouvernements,
sans trop oser le dire, ont déjà bien perçu. Les
russes, en allant planter, en août 2007, un petit drapeau au fond
de l'Océan Arctique, ont été assez francs :
ils ont manifesté sans détour l'intérêt qu'ils
portaient à une zone potentiellement riche en hydrocarbures,
qu'un désenglacement, même partiel, rendrait plus exploitable.
En Europe occidentale, la brusque passion d'Angela Merkel ou de Jean-Louis
Borloo pour le Groenland, largement relayée par les médias,
peut se justifier par un goût nouveau pour une « écologie »
militante ; mais leur présence dans une région qui
se détache politiquement du Danemark est aussi le début
de grandes manœuvres géostratégiques auxquelles
participent d'ailleurs les canadiens, même si cela se sait moins
de ce côté-ci de l'Atlantique… Le réchauffement
climatique ouvre la voie à une extension des surfaces terrestres
utilisables, et très vraisemblablement à une augmentation,
sinon de la diversité, au moins de la biomasse. Cette dernière
a crû d'environ 6% entre 1981 et 1999, en particulier dans les
forêts boréales (Nemani et al., 2003 ; Piao et al.,
2006). Le bilan n'est pas mauvais non plus dans la zone intertropicale
(à l'exception des déserts), dans laquelle on sait l'importance
du bois de feu pour des populations pauvres. Le coût de cette
énergie bois est en effet très modeste, et la remarque
est valable également pour nos pays, où il est moitié
moindre que celui du fioul domestique. On pourrait ajouter que cela
substituerait au cycle long du carbone « géologique »
le cycle très bref – moins que séculaire –
du carbone forestier, et donc contribuerait à la conservation
des gisements. Hélas, le brûlage du bois est générateur
de pollutions qui valent bien celles du charbon et son intérêt
est de ce fait assez réduit. Il n'empêche que les forêts
plantées à cycle court, comme au Swaziland, restent encore
d'une réelle utilité pour l'industrie du charbon de bois
des pays peu développés ; elles présentent
un beau potentiel pour la papeterie et ses sous-produits énergétiques
obtenus par voie biologique, dont nous verrons plus loin la nature.
Le rôle du
réchauffement global sur la consommation énergétique
industrielle est moins certain, mais elle ne représente dans
les pays « du Nord » que 20% des besoins globaux,
en raison d'un secteur tertiaire très développé.
C'est en ce domaine que le progrès peut être notable, puisque
le chauffage des bureaux constitue la plus grande part de la dépense.
On pourrait croire que les transports, dont l'impact a par exemple doublé
en France en vingt ans, ne sont pas susceptibles de profiter d'un mieux
hivernal, la gourmandise des moteurs dépendant surtout de leur
puissance et du kilométrage parcouru. Sans doute… Mais
on réfléchira cependant au fait qu'en France, un trajet
sur deux fait moins de 3 km, que le surcoût en carburant est augmenté
de 80% au premier kilomètre et de 50% au deuxième et qu'enfin,
ces valeurs sont évidemment aggravées par le dégivrage
et le désembuage, rendus moins nécessaires lorsque la
douceur est installée. Quant aux transports internationaux, ils
bénéficieraient d'une moindre étendue de la banquise
arctique. Même si un
certain nombre de ses effets supposés peuvent être assez
aisément contestés (Vivian, 2006), il n'est guère
permis de contester le réchauffement tel qu'il a été
enregistré durant la dernière décennie…
Les projections, qui envisagent une croissance moyenne de 3,1°C
jusqu'à 2085, n'aboutissent pas à des résultats
incohérents et sont donc plausibles. On est néanmoins
en droit de se poser quelques questions. Le problème est par
exemple qu'il est extrêmement difficile, de l'aveu même
de leurs auteurs, de cerner des paramètres essentiels :
« Large uncertainties remain about how clouds might respond to
global climate change. {8.6} » (IPCC, 2007). Or, l'aspect de la
couverture nuageuse – continue ou discontinue, stratus ou cumulus
– influence considérablement l'énergie reçue
au sol : un seul octa (1/8) de nébulosité en moins,
c'est une terre moins réchauffée… et le besoin
pour EDF d'une puissance électrique supplémentaire de
650 MW ! On hésite encore largement sur les effets d'une
fonte lente de l'inlandsis groenlandais, qui semblerait refroidir l'Europe
par dysfonctionnement de la dérive nord-atlantique, en contradiction
avec les cartes publiées par le GIEC-IPCC. Il est vrai que l'on
a largement conclu avant même que de mesurer. Ainsi, Stuart Cunningham
et Torsten Kanzow viennent seulement d'installer le réseau de
bouées qui permettra d'estimer la circulation générale ;
on est pour le moins surpris de lire sous la plume d'Harry Briden que
« ce système va confirmer les conclusions de notre
étude de 2005 sur le ralentissement de la circulation dans l'Atlantique ».
L'anticipation relève ici de la conviction plutôt que de
la démarche scientifique. Lorsque l'on considère les chiffres
récents, au regard des tendances observables, on voit certes
un réchauffement : par exemple, à Genève,
la feuillaison des marronniers a été avancée de
40 jours depuis 1800, et s'avère encore plus nette depuis 1960 Une conclusion ?
Le but n'est pas ici de nier l'intérêt des modèles,
mais de mettre en garde quant à l'usage qui en est fait. Comme
le dit Molière, il ne faut point donner « des mots
pour des raisons, et des promesses pour des effets ». Nous
avons donc, en premier lieu, essayé de montrer que le réchauffement
global annoncé par le GIEC-IPCC était une hypothèse
parfaitement envisageable, mais qu'il pouvait avoir des conséquences
positives, ce qui n'apparaît jamais dans le discours dominant.
Ensuite que le catastrophisme hyper-médiatisé peut porter
en lui de graves inconvénients. Est-il raisonnable de déclarer
dans le Guardian en 2002, comme le fit John Houghton, ancien chairman
du GIEC, que le « le réchauffement global est maintenant
une arme de destruction massive» ? Et de clamer ensuite que
« si l'on n'annonce pas de catastrophe, personne ne nous
écoutera » ? Au moindre retournement de tendance,
après quelques hivers plus froids, la question sera enterrée
alors que subsistera le problème considérable de la quête
énergétique. Fonder l'action sur l'image de la Terre en
flammes risque de faire oublier que la meilleure source d'énergie
– qui va d'ailleurs dans le sens de la réduction des gaz
à effet de serre – est celle d « Il y a 10000 ans, le genre humain, confronté à une nouvelle crise climatique, élévation de la température, fonte des glaces, pousse exceptionnelle de graminées sauvages, usant des circonstances, invente l'économie de production. La liberté qu'il vient d'acquérir a fait que l'homme a cette fois agi au lieu de subir. » Yves Coppens Quelques références : Coppens Y. (2006) : Histoire de l'homme et changements climatiques Collège de France et Fayard Landsea C. (2005) Open Letter to the Community http://www.lavoisier.com.au/papers/articles/landsea.html Leroux M. (2005) Global warming, mythor reality ? The earring ways of climatology Springer, Praxis Lobell, D.B., K.N. Cahill, and C.B. Field, (2007). Historical effects of temperature and precipitation on California crop yields. Climatic Change, 81, 187-203. Malthus (1792) An Essay on the Principle of Population, as it Affects the Future Improvement of Society with Remarks on the Speculations of Mr. Godwin, M. Condorcet, and Other Writers London, édition de 1798 et édition complétée de 1803 traduit en français en 1805 : Essai sur le principe de population, Mann M. et al. (1998), Global-scale temperature patterns and climate forcing over the past six centuries, Nature, 392, 779-787. Nemani R.R. et al. (2003), Climate-driven increases in global terrestrial net primary production from 1982 to 1999, Science, 300, 1560-1563. Piao S. et al. (2006), Effect of climate and CO2 changes on the greening of the Northern Hemisphere over the past two decades, Geophys. Res. Lett., 33, 10.1029/2006GL028205. Polyakov, G. et al., (2003) Long-Term Ice Variability in Arctic Marginal Seas, Journal of climate, volume 16, 2078-2085 Vivian R. (2006) À propos du prétendu " réchauffement global d'origine anthropique " et de la disparition programmée des glaciers alpins. http://virtedit.free.fr/3article.html |
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