Au fond, l'énergie
éolienne n'a rien de nouveau – en Europe, on l'utilise
déjà depuis mille ans. Pourtant, pendant ces dernières
vingt années elle a connu un développement extraordinaire,
et les moulins classiques en bois qui moulaient le blé ou drainaient
les polders ont été remplacés par des machines incomparablement
plus grandes pour générer de l'électricité.
Comment peut-on expliquer un
tel développement surprenant? Il a été déclenché
par le soutien voulu d'abord par la Loi pour l'injection d'électricité
(Stromeinspeisungsgesetz) de quatre-vingt un, mais cette volonté
politique n'aurait pas suffi s'il n'y avait pas eu les conditions technologiques
et industrielles nécessaires.

Fig. 1 : Règlements juridiques et croissance de la puissance
installée Source : BWE
Développement technologique et percée
industrielle
Déjà
avant plus d'un siècle, on avait essayé, au Danemark,
de produire du courant avec des génératrices montées
sur des moulins traditionnels, avec le but d'électrifier les
zones rurales. En dix-neuf cent quarante et un, on y a testé
des éoliennes qui avaient déjà une puissance de
plus d'un mégawatt. Au milieu des années cinquante, une
éolienne de 200 kW, à Gedser au Danemark, est devenu le
type pilote.
L'éolien a reçu
une impulsion définitive par la crise de l'énergie des
années soixante-dix. Ainsi on a construit des prototypes de turbines
de tailles différentes au Danemark, en Suède, en Allemagne,
en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Le début, mais aussi un
échec spectaculaire en Allemagne, dans les années quatre-vingt,
fut la construction de la GROWIAN, d'une éolienne gigantesque
à l'époque, avec 3 MW et une altitude de l'axe à
cent mètres. Pourtant, ces premières éoliennes
et donc le prix du courant généré étaient
trop chers, et dans la plupart des pays le premier enthousiasme a disparu.
Le succès, par
contre, a été réussi grâce à des éoliennes
bien plus petites : Au Danemark, un artisan, en utilisant des pièces
standard et bon marché, par exemple un moteur électrique
ou des freins d'une simple voiture, a construit dans son jardin une
éolienne suivant le modèle de Gedser dont je vient de
parler, mais avec une puissance de 22 kW seulement. A la surprise de
tout le monde, cette éolienne marchait très bien, et à
la suite, des constructeurs danois de machines agricoles l'ont construite
en série, avec le soutien même de l'Etat.
Peu après
déjà, il y a eu une véritable percée de
taille industrielle, avec des éoliennes un peu plus grandes,
de 55 kW, mais toujours assez petites. Quand dans la première
moitié des années quatre-vingt l'Etat a créé
un programme de subvention pour les éoliennes en Californie,
les Danois ont pu y livrer des milliers d'éoliennes. Grâce
à leur avance technologique de cinq ans, les Danois ont vendu
la moitié des toutes les éoliennes établies en
Californie. Mais avec la fin du programme américain de subvention,
le marché californien s'est écroulé aussi vite
qu'il avait apparu. Cependant, l'industrie construisant les éoliennes
avait profité de ces expériences pour savoir construire
en série et pour baisser le prix de revient (Danish
Wind Industry Association; www.windpower.org).
Le
début du développement en Allemagne motivé par
le soutien de l'Etat à partir de 1991
Les
conditions technologiques et industrielles étant bonnes aussi
en Allemagne, et grâce à la Loi
pour l'injection d'électricité (Stromeinspeisungsgesetz)
de 1991, le secteur éolien connut un développement rapide
dans lequel dominaient d'abord les importations provenant du Danemark.
Cette loi, officiellement nommée « Loi pour l'injection
d'électricité générée par des énergies
renouvelables dans le réseau publique », obligeait
les entreprises publiques d'électricité d'injecter le
courant à base d'énergies renouvelables qui était
produit par des particuliers et sur leur territoire et de payer une
somme fixe par kilowatt heure au producteur, appelé un tarif
de rachat privilégié. Cette rémunération
pour les énergies éoliennes et photovoltaïques correspondait
à 90 pour cent des revenues moyennes par kilowatt heure que les
entreprises avaient reçues pendant l'année avant-précédente.
Le développement
du secteur photovoltaïque en a profité à peine, étant
donné que le prix de revient du courant photovoltaïque restait
bien plus élevé que cette rémunération.
Et ce fait concernait toute l'Allemagne, ou les variations d'ensoleillement
régional sont relativement faibles et la productivité
de courant solaire est forcément plus ou moins égale dans
tout le pays.

Fig. 2 : Développement de la rémunération
du courant des éoliennes en Allemagne Source : BWE
La
situation est bien différente pour l'énergie éolienne :
La « récolte » en électricité
éolienne varie énormément suivant la localisation !
Ceci est dû au fait que d'après une loi de Newton le contenu
énergétique du vent augmente avec sa vitesse par la troisième
puissance. Exemple : si le vent double sa vitesse, son contenu
énergétique est huit fois plus grand, et par conséquent
le coût de revient du kilowattheure baisse considérablement.
Il y a donc de belles différences de qualité entre les
localisations. Au début des années quatre-vingt dix, la
rémunération de la dite loi fédérale pouvait
être combinée avec des subventions supplémentaires,
mais variables suivant le Land, de manière qu'on pouvait recevoir
jusqu'à 18,3 Cents par kilowattheure éolien. Ainsi, les
moulins à vent bien placés dans la plaine du nord ou,
mieux encore, sur la côte pouvaient empocher des profits considérables.
Littéralement, ce « vent dans le dos »
a bien propulsé le secteur éolien qui a bien vite cessé
de n'être qu'un passe-temps pour procurer des taux de rendement
intéressants. Ceci a mené à la fondation de nombreuses
sociétés de capital pour financer des parcs éoliens,
c'est-à-dire des groupements de plusieurs et même de dizaines
d'éoliennes. Presque tout le courant d'origine éolienne
est injecté dans le réseau public, et il n'existe pratiquement
plus de ferme isolée avec son propre moulin à vent.
Dans
les années quatre-vingt dix, des changements de lois (Baugesetzbuch
§35.1.6) ont qualifié la construction d'une éolienne
de « projet privilégié » ce qui
a permis de les placer en dehors de l'habitat, à égalité
avec des projets d'intérêt rural ou forestier. Ce fait
a bien accéléré le développement. Ainsi,
en quatre-vingt dix-sept, la puissance éolienne allemande a pu
dépasser celle du premier au monde, des Etats-Unis.
Les éoliennes entre acceptation
et opposition
Cependant,
l'augmentation du nombre d'éoliennes n'a pas été
acceptée à l'unanimité, elle a même provoqué
de plus en plus d'opposition dans les régions concernées.
Voici les arguments les plus souvent cités contre les éoliennes :
trop de bruit, l'ombre tournant des rotors, le reflet des rayons du
soleil, connu sous le nom « effet disco(thèque) »,
morceaux de glaces lancés par les pales, oiseaux tués
par collision ou dérangés. Et non en dernier lieu ce que
beaucoup de citoyens considèrent comme une violation du paysage,
ce qui a mené à la création de tout un vocabulaire
spécifique, par exemple « pollution optique de l'environnement »
ou « aspergisation du paysage ». Des comités
d'action ont freiné des projets in aeternum, on a acheté
des terrains pour y empêcher l'aménagement éolien,
des conseils communaux ont bloqué par des moyens bureaucratiques
ou en prescrivant des distances trop grandes à l'habitat, et
il y a même eu des actes de sabotage comparables avec ceux contre
des centrales nucléaires etc.
Un
deuxième front d'opposition a été formé
par les producteurs-distributeurs d'électricité qui considèrent
les producteurs privés comme une concurrence indésirable
à laquelle ils achètent le courant contraints et forcés.
D'abord on a prétendu que l'irrégularité du vent
posait trop de problèmes pour injecter le courant éolien
dans le réseau, problème qui a pu être réglé
grosso modo. Depuis, les grands producteurs-distributeurs en Allemagne
du Nord pratiquent une sorte de grève du zèle quand il
s'agit d'élargir la capacité du réseau pour pouvoir
raccorder les éoliennes. Plus encore, le développement
rapide du secteur, surtout le long des côtes, a incité
quelques grandes entreprises à porter plainte contre la Loi
d'injection, et même à avoir recours constitutionnel.
Mais c'est aussi grâce
à la législation que les propriétaires des éoliennes
ont eu le « vent en face », car le « Energiewirtschaftsgesetz »
(Loi pour l'énergie) de quatre-vingt dix-huit qui voulait
libéraliser le marché de l'électricité a
fait baisser le prix du courant et, par conséquent, baisser le
tarif de rachat privilégié qui en dépendait. De
plus, on concédait aux producteurs-distributeurs de ne pas injecter
plus de cinq pour cent de la quantité du courant qu'ils vendaient
normalement. Avec ça, le secteur éolien n'aurait pas pu
survivre en Allemagne du Nord.
Le « EEG »
(Loi sur les énergies renouvelables) de l'an deux mille
Cependant, on n'en
est pas arrivé à ce point quand même, puisqu'en
avril deux mille est entré en vigueur la nouvelle « Loi
sur les énergies renouvelables » qui remplace
l'ancienne Loi d'injection. Il modifie les règles de l'injection
tout en respectant la qualité assez différente des localisations.
Le système assez compliqué se laisse résumer ainsi :
Les moulins avec de bonnes conditions éoliennes, près
des côtes, sont moins subventionnées et moins longtemps
que les moins bien placées à l'intérieur du pays.
La loi assure aussi une certaine garantie à la planification
et donc aux investissements. Comme on s'attend à un abaissement
du prix du courant, à cause du progrès technologique,
la rémunération elle aussi baisse tous les ans, l'inflation
aidant. Si le tarif de rachat est de huit virgule deux centimes en deux
mille sept, il varie en moyenne pendant les vingt ans qu'il est en vigueur
entre huit virgule deux et presque six (5,93) centimes.
Enfin, la Loi sur
les énergies renouvelables procure une réglementation
équilibrée pour toute l'Allemagne en distribuant les charges
à égalité sur tous les producteurs-distributeurs
– qui évidemment versent les frais supplémentaires
sur les dos des clients. Ceci a permis aussi de supprimer cette limite
de cinq pour cent, autrement dit, on peut produire (et injecter) de
courant éolien tant qu'on veut ! Alors, les grandes entreprises
elles aussi pouvaient produire du courant
éolien et se faire rémunérer par les concurrents...
Il ne faut donc pas s'étonner que par exemple le grand producteur-distributeur
PreussenElektra, opposant notoire d'antan, a commencé aussitôt
à chercher des localisations favorables pour se jeter dans le
secteur éolien lui-même.
Comment résoudre les conflits ?
Face à l'opposition
grandissante contre l'énergie éolienne, le secteur et
aussi le législateur se sont occupés de ces conflits pour
trouver des solutions. Par la suite, une bonne partie des problèmes
ont été résolus par des réglementations
législatives et par les améliorations techniques.
Pour réduire
les nuisances sonores, on a fixé une distance minimum entre éoliennes
et habitat pour protéger les habitants : D'après
la Loi fédérale contre les nuisances (Bundesimmissionsschutzgesetz,
TA Lärm), le bruit causé par une éolienne perçu
dans l'habitat le plus proche ne devant pas dépasser 45 décibel,
ce qui correspond à une distance d'à peu près 500
m. Mais beaucoup de Länder ont élevé cette distance
à 1000 m.
Du côté technique, on a pu réduire
considérablement le bruit :
-
on a développé des multiplicateurs avec des roues dentées
en acier plus doux, mais aussi des éoliennes modernes qui n'ont
plus de multiplicateur du tout ;
-
le bruit causé par les rotors a été bien réduit
par une meilleur forme des pales ainsi que par la rotation ralentie
des éoliennes de plus en plus hautes ; il y a aussi des
prescriptions qui demandent de baisser le nombre de tours nocturnes ;
-
Le plus souvent, l'oscillation de l'ombre des rotors ne dérange
plus à cause de la grande distance entre éoliennes et
habitat ou elle est réduite à un maximum d'heures par
an, commandée par ordinateur. Il y a même des permis de
construction qui obligent à arrêter l'éolienne automatiquement
par un détecteur pour garantir ce taux limite.
-
L' « effet disco(thèque) » n'existe
plus depuis qu'on couvre les pales d'une peinture mate.
-
Pour éviter le lancement de morceaux de glaces, des détecteurs
spéciaux arrêtent la machine dès que la glace commence
à se former.
-
Quant aux oiseaux tués par les pales, il semble être prouvé
que leur nombre est sans importance : Des recherches effectuées
par plusieurs fédérations écologistes ont constaté
qu'en général les oiseaux évitent les éoliennes
sans problèmes. En moyenne, il y a entre zéro virgule
cinq et 1 oiseau tué par installation et par an, donc au total
entre 10.000 et 20.000 par an, comparés aux 5 millions d'oiseaux
tués sur les autoroutes et par les câbles à haute
tension (BUND).

Fig. 3 : Comparaison de
l'hauteur de la plus grande éolienne en Allemagne
D'un
autre côté, on a trouvé que la migration et la reproduction
de certaines espèces menacées d'extinction sont dérangées
dans un rayon de 300 à 900 mètres autour d'une éolienne
ce qui refoule les oiseaux. On en tient compte en respectant des expertises
ornithologiques et en excluant les zones à priorité pour
l'énergie éolienne des parcs nationaux, des parcs naturels
et d'autres terrains de repos et d'incubation de ces espèces.
Par contre, les espèces habituées à l'homme couvent
aussi tout près des installations.
Si
on semble avoir résolu le gros de ces problèmes, il reste
pourtant, comme seul argument sérieux contre les éoliennes,
le problème optique-esthétique, sujet très compliqué
étant donné son caractère subjectif. Evidemment,
comme les éoliennes se trouvent toujours ou dans la plaine ou
sur des collines, là où le vent souffle le plus, on les
voit forcément de très loin. De plus, les installations
modernes, dont la pointe d'un rotor atteint déjà 200 m
d'altitude – les deux tiers de la tour Eiffel – dépassent
toutes les dimensions habituelles. Elles peuvent donc troubler l'aspect,
le caractère naturel d'un paysage ou la silhouette d'une ville
historique où le clocher était toujours l'immeuble dominant.
En fin de compte, l'opposition s'est concentrée sur ce point
faible, et il s'est formé plus de 500 comités d'action
anti-éolienne, assistés par le « manifeste
de Darmstadt », signé par plus de 110 professeurs
d'université et d'écrivains. Le Bundesverband Landschaftsschutz
(Fédération pour la protection du paysage) qui se considère
comme le champion des opposants écrit – je cite –
« Les éoliennes nuisent à l'image du paysage
et de l'habitat, à la santé, au tourisme, aux valeurs
immobilières, aux possibilités de développement
des communes et à la paix au village. Les valeurs du loisir et
du temps libre se perdent, aussi en ce qui concerne la chasse et le
sport hippique ».
Par
contre, les avocats de l'énergie éolienne disent –
je cite le BUND de la Rhénanie du Nord/Westfalie – « L'image
du paysage n'est pas une donnée qu'on peut mesurer objectivement.
Elle s'oriente aux impressions subjectives et dépend des changements
de la société.
Ainsi,
tout le monde accepte aujourd'hui les 200.000 pylônes du réseau
à haute tension, tandis qu'on se sent souvent dérangé
par les éoliennes. Celles-ci sont le signe d'un développement
économique d'une orientation écologique. Cette image de
marque positive est valable aussi pour les régions caractérisées
par l'énergie éolienne et pourrait y animer le tourisme.
Jusque-là, il n'a a pas de preuve d'une influence négative
sur le tourisme – au contraire ».
Des
sondages actuels montrent qu'en principe la plupart des Allemands souhaiteraient
qu'on augmente la part de l'énergie renouvelable, aussi de l'énergie
éolienne. C'est pourtant moins clair quand il s'agit d'éoliennes
dans le voisinage direct – comme le disent les Américains :
nimby, not in my backyard...
On
a aussi essayé de résoudre le problème de l'impact
esthétique sur le paysage et l'habitat. Pour l'habitat, on a
trouvé des solutions relatives en gardant une distance minimum
ou en permettant les éoliennes uniquement dans des zones prioritaires.
Par contre, la protection de l'image du paysage est bien plus difficile.
On essaye par exemple de ne plus distribuer les éoliennes plus
ou moins également mais de les concentrer en groupes dans des
parties moins attrayantes du paysage et de laisser libres les parties
plus belles. Il existe aussi la possibilité d'aligner les moulins,
à distances régulières, pour souligner des contours
naturels du relief ou des courbes de niveau au lieu de les dissoudre.
De
ce point de vue, on félicite plutôt la technologie actuelle
qui tend à remplacer beaucoup de petites éoliennes par
un nombre réduit de grandes machines qui évidemment découpent
moins le paysage. De plus, leur rotation ralentie dérange moins
que c'était le cas des petites et nombreuses éoliennes
tourbillonnantes.
D'autres
stratégies pour résoudre ce problème d'ordre esthétique
se concentrent sur les concernés mêmes, les habitants des
maisons avoisinantes. Les entrepreneurs ont vite compris que ceux-ci
acceptent plus facilement les éoliennes si on leur permet de
participer à la planification et aux profits financiers. Ainsi
on a créé l'expression sympathique du « Bürgerwindpark »,
du « parc éolien des citoyens » :
Pratiquement toutes les entreprises éoliennes proposent aux riverains
concernés une participation en forme d'actions à conditions
avantageuses – eh bien, quand on est co-propriétaire, on
ne critique plus ce qu'on possède, et on commence à aimer
même la rotation tranquillisante des ces ailes élégantes
qui remplissent le porte-monnaie... Les développeurs font aussi
la cour aux conseils municipaux, et quand ils vont même établir
le siège social dans la commune, celle-ci en tirera des avantages
fiscaux intéressants.
Pourtant,
on n'a pas trouvé de bonne solution pour convaincre les opposants
qui souvent sont même idéologisés. Les fronts se
sont plutôt endurcis, la méfiance règne. Des opposants
traitent les entreprises de « lobby éolien »
qui, disent-ils, ne se gêne pas de leurrer, de corrompre même
avec de l'argent pour atteindre leur but. De l'autre côté,
des avocats de l'énergie éolienne prétendent que
la Fédération pour la protection du paysage (BLS) déjà
citée serait « le cheval de Troie de l'industrie
nucléaire ». Les deux côtés se soupçonnent
mutuellement d'être embourbés dans des relations louches.
Au
début de 2007, il y avait en Allemagne presque 19.000 éoliennes
avec une puissance d'environ 21.000 MW, près de 28 pour cent
de la puissance mondiale qui est de 74.000 MW et près du double
de celle de l'Espagne ou des Etats-Unis qui occupent, avec une puissance
presque égale, le deuxième et le troisième rangs.
La puissance éolienne en Allemagne est même légèrement
au-dessus de celle des centrales nucléaires ! La plupart
des installations, avec un quart de la puissance, se trouvent dans le
Land Basse-Saxe. A l'heure, les éoliennes produisent 5,7 pour
cent du courant en Allemagne, même plus de 30% dans les Länder
Schleswig-Holstein, Mecklenburg-Vorpommern et Saxe-Anhalt (DEWI).
Fig.
4 : Puissance installée disponible en 2006 et nouvellement
installée en 2006 – les dix valeurs plus grandes
Source : BWE
Les
améliorations techniques, combinées avec une tendance
aux installations de plus en plus puissantes, ont permis à baisser
le prix moyen par éolienne, entre 1990 et 2004, de presque 30%.
Une éolienne à un mégawatt coûte, montage
compris, environ 900.000 €, donc 900 € par kW.
A
part les facteurs spécifiques de la localisation, la production
énergétique et leur coût dépendent aussi
de l'altitude de l'axe et du diamètre des rotors puisque plus
on monte dans l'atmosphère, plus fort il y souffle le vent. Faisons
alors le calcul : pour une éolienne standard de 1 MW, là
ou en trente mètres d'altitude la vitesse éolienne moyenne
atteint 5,5 mètres par secondes, le coût de revient est
de 6,9 centimes par kWh. Avec une rémunération moyenne
de 7,9 centimes par kWh, ceci permet un bénéfice d'environ
un centime par kWh pendant vingt ans. Une éolienne de 2 MW, sur
un socle de 30m plus haut, fait monter le bénéfice à
1,5 centime par kWh (BWE). Mais il s'agit là de moyennes, et
la productivité peut varier énormément suivant
la localisation et, bien sûr, du temps.
Nouveaux problèmes et perspectives
Depuis
l'an deux mille deux, pourtant, le boom de l'énergie éolienne
en Allemagne a perdu de souffle. Dû à son expansion rapide
d'un côté et à la résistance croissante de
l'autre, le nombre des localisations propices, disponibles et autorisées
est en train de baisser. Evidemment, les meilleures places, surtout
les « loges » le long des côtes, ont été
occupées les premières. Et c'est justement là où
les conditions atmosphériques sont les plus favorables et où
les éoliennes se concentrent donc le plus, c'est là que
l'opposition est la plus dure, malgré toutes les améliorations
citées. Pour cette raison-là le nombre d'installations
nouvelles par an a connu un déclin assez considérable :
de deux mille trois cents éoliennes construites dans la seule
année de 2002 - presque le tiers au monde ! - le nombre
est tombé à la moitié seulement, en 2006, et ne
correspond plus qu'à dix pour cent de la construction mondiale.
Et de justesse, les Etats-Unis ont à nouveau dépassé
l'Allemagne.
Stratégie numéro un : L'énergie
éolienne à l'intérieur du pays
Une
première stratégie à remonter l'échelle
consiste dans une poussée vers l'intérieur du pays. Grâce
aux nouveaux tarifs de rachat fixés par la Loi des énergies
renouvelables et aux programmes de subvention des Länder, la
construction de parcs éoliens est désormais facilitée
aussi à l'intérieur du pays où le vent souffle
moins fort. De plus, les moulins modernes et plus puissants sont construits
avec des distances plus grandes entre eux-mêmes et plus loin des
habitats ce qui provoque moins de résistance dans la population.
Pour
faire face aux conditions éoliennes moins favorables à
l'intérieur du pays, les constructeurs ont conçu des technologies
appropriées : On y bâtit des pylônes de plus
en plus hauts et on combine des pales plus longues avec des génératrices
plus petites. Pour mieux exploiter les localisations favorables devenues
rares en Allemagne, on augmente constamment la puissance des unités:
le standard technique actuel est entre 1,5 et 2,5 MW, mais les géants
atteignent déjà 6 MW !
Stratégie
numéro deux : Le « repowering »
Il
est évidemment désavantageux que les localisations rentables
soient occupées depuis longtemps et, pire encore, que ce soit
là que se trouvent toujours les tout petits moulins de la première
génération. Il y en a beaucoup qui n'ont même pas
un dixième de la puissance des éoliennes modernes. Et
celles-ci sont poussées à l'intérieur du pays par
pénurie d'espace.
Pour
résoudre ce problème, les Californiens on inventé
un système nommé « repowering » :
Peu à peu on remplace les vieux petits moulins par des machines
d'une capacité bien plus élevée pour mieux utiliser
le potentiel éolien. Ainsi on arrive à une productivité
quatre fois plus grande. Quant aux anciennes éoliennes hors service,
on essaie de les bazarder tout simplement aux pays sous-développés...
En Allemagne, on a commencé à introduire le « repowering »
en 2003, mais ce n'est pas si facile que ça : Quand une
éolienne est désaffectée, son permis de construire
est automatiquement périmé. En recevoir un pour une machine
nouvelle plus forte et plus haute peut poser des problèmes. Bien
des vieilles machines ont été construites quand on ne
connaissait pas encore de zones prioritaires et se retrouvent, aujourd'hui,
dans des zones « tabou ». Certains Länder
peu enthousiastes pour les énergies renouvelables ont augmenté
la distance minimum à l'habitat à mille mètres
et limitent leur hauteur admissible à cent mètres seulement,
officiellement pour des raisons de contrôle de l'aviation. En
Allemagne du Nord, les propriétaires des réseaux semblent
en retarder l'élargissement de la capacité ce qui empêche
les éoliennes à y être raccordées. Pour ces
raisons-là, l'ampleur du « repowering »
réalisé jusque-là reste très loin des espoirs.
Fig. 5 : « Repowering »
avant et après Source : BWE Stratégie
numéro 3 : Des parcs éoliens offshore
C'est
encore le Danemark qui déjà en 1991 a cherché une
autre piste pour sortir de l'impasse : On y a construit, face à
l'île de Lolland, le premier parc éolien offshore. Evidemment,
le coût supplémentaire des fondations et des câbles
sous-marins est considérable, mais de l'autre côté
le potentiel en énergie éolienne en mer est bien plus
élevé que sur la côte, sans parler de l'intérieur.
Et comme le vent y souffle aussi plus régulièrement, les
installations y perdurent plus longtemps. Sans oublier que loin de la
côte ne se pose pas le problème des nuisances visuelles
et sonores.
Déjà
plus de 300 rotors tournent devant les côtes des Pays-Bas, du
Danemark, de la Suède, de la Grande-Bretagne et de l'Irlande.
Par contre, en Allemagne on en a construit seulement deux installations
pilotes insignifiantes et tout près de la plage. Mais il ne manque
pas de projets : En 2007, on compte 31 projets offshore dans la
Mer du Nord, dont 14 autorisés, et 9 dans la Mer Baltique, dont
4 autorisés. Ils se trouvent presque tous en zone économique
exclusive, donc en dehors des 12 lieues, plus loin de la côte
que dans les pays nommés et pas visibles pour habitants et touristes.
Fig. 6 : Parcs d'éoliennes
offshore dans la Mer du Nord Source :
Bundesamt für Seeschiffahrt und Hydrographie (BSH)
Mais
la mer non plus n'offre des localisations potentielles illimitées.
Il y faut respecter les routes maritimes, la marine nationale, les pêcheurs,
les touristes et l'environnement. Dans la Mer du Nord, le parc national
Wattenmeer (estran) exclue l'aménagement éolien devant
la côte, et dans la Mer Baltique, les eaux territoriales de la
Suède et du Danemark ne sont pas loin. D'après une étude
de la Deutsche Energieagentur, l'Allemagne dispose, à moyen
terme, seulement d'un potentiel offshore d'environ 20.000 MW. Il correspond
à la capacité déjà installée à
terre et demanderait des investissements de 50 milliards d'euros. Onshore
et offshore, on pourrait augmenter, jusqu'en 2030, la part totale de
l'éolien dans la génération électrique à
15 % (DENA 2005).
Le
coût pour les fondations et le réseau sous-marins est estimé
d'être 5 à 10 fois plus élevé qu'à
terre. Mais le prix de revient baisse relativement étant donné
qu'offshore on utilisera des éoliennes énormes de 5 MW.
Pour le moment, c'est la limite technique actuelle car on n'est pas
capable de produire des pales plus longues que 50 mètres ni de
les transporter sur les routes. On estime un parc éolien offshore
de 200 MW à un demi milliard d'euros. C'est une dimension bien
au-dessus des capacités des petites et moyennes entreprises (PMU)
qui actuellement dominent le marché. Pour cette raison, mais
aussi par intérêt de s'étaler dans le monde des
énergies renouvelables, des groupes puissants veulent s'engager
dans ce « business » pourtant indésirable.
On y trouve RWE, E.on, Vattenfall ou des sociétés pétrolières
comme Shell ou Enron qui disposent du capital nécessaire, mais
aussi des expériences offshore par l'exploration du pétrole
et du gaz.
Le
coût d'un parc éolien offshore par MW installé peut
monter jusqu'au double d'un projet comparable à terre. La Loi
sur les énergies renouvelables comprend des réglementations
assez compliquées pour assister l'énergie éolienne
offshore pendant vingt ans. Le tarif de rachat privilégié
et sa durée augmentent avec les difficultés rencontrées
par les entrepreneurs, donc avec la distance de la côte et la
profondeur de l'eau. A partir de 2008 il y aura une dégression
annuelle de ce tarif.
Pour
pouvoir rester dans
l'avant-garde
technologique de l'éolien, on a créé, en 2005,
une fondation allemande qui intègre les Länder côtiers,
les grands producteurs-distributeurs, des chercheurs, ainsi que les
fédérations et les fabricants concernés. Elle planifie
comme projet pilote le premier parc éolien offshore à
45 km au nord de l'île de Borkum, avec une subvention de 50 millions
d'euros offerte par Berlin. Le but est d'y ériger 12 éoliennes
prototypes de différents constructeurs pour explorer les risques
de l'aménagement éolien offshore et de rendre ces risques
calculables pour les banques et les assurances.
Problèmes de l'éolien offshore
Bien
que l'énergie éolienne offshore offre un potentiel considérable
et évite la plupart des obstacles qu'elle pose déjà
à terre, onshore, elle en amène d'autres :
a)
Raccorder un câble sous-marin au réseau public demande
une procédure d'autorisation extrêmement compliquée
et longue, surtout comme elle dépend de nombreux organismes réglementaires.
b)
Surtout par respect à l'environnement, aux parcs nationaux du
Wattenmeer (= estran), les développeurs sont forcés à
établir les parcs éoliens bien loin de la côte,
à partir de 30 km, et dans des eaux profondes jusqu'à
40 m. Vu le niveau du tarif de rachat, un investissement d'un demi milliard
d'euros pour un parc de 200 MW risque de ne pas être rentable.
Ainsi, on cherche à décharger les entreprises éoliennes
par une loi toute récente qui force les propriétaires
des réseaux à payer la prolongation du réseau jusqu'aux
parcs.
c) Il faut en plus élargir et renforcer le réseau
public à terre pour pouvoir y injecter le courant venant de la
mer. Mais comme on a laissé traîner cet élargissement,
le développement offshore se fera encore attendre...
A
moyen terme, l'aménagement éolien offshore deviendra le
marché le plus intéressant pour l'industrie manufacturière,
d'autant plus que les parcs éoliens devant la côte allemande
serviront bien comme modèles pour animer l'exportation future.

Fig. 7 : Montage d'une éolienne de 5 MW Foto : Multibrid
Stratégie numéro 4 : L'exportation
Une
quatrième stratégie – pas seulement pour augmenter
la production d'énergie renouvelable en Allemagne, mais aussi
pour l'expansion de la fabrication d'éoliennes – mise de
plus en plus sur l'exportation d'éoliennes et du know-how. D'abord,
le boom du secteur en Allemagne n'avait pas laissé de temps de
penser à l'exportation. Mais depuis la fin des années
quatre-vingt dix, on montre un intérêt croissant pour les
marchés étrangers. En Europe, ce sont surtout l'Espagne,
le Portugal, la France et la Grande-Bretagne. D'autres marchés
en pleine envergure se trouvent aux Etats-Unis, au Canada, en Inde et
en Chine. Le plus grand concurrent est toujours le Danemark qui depuis
longtemps déjà exporte une grande partie de sa production.
En
2004, l'industrie éolienne allemande avait déjà
atteint 56% du marché mondial pour retomber pourtant à
35% en 2007, sans oublier que le marché mondial a plus que doublé
pendant ces trois dernières années. Ainsi la part de la
production allemande destinée à l'exportation va quand
même monter à 87% à la fin de cette année !
Mais ceci est aussi un indice que grâce à l'attitude anti-éolienne
et à la pénurie croissante de localisations favorables
le marché intérieur est en train de diminuer.

Fig. 8 : Développement du nombre de salariés dans
le secteur du vent en Allemagne Source : BWE
Bilan
La
puissance installée pourrait encore plus que doubler dans les
décennies à venir, si on réussit à vaincre
les difficultés de démarrage offshore. Alors on pourrait
atteindre une part de 15% dans la production nationale d'électricité.
On
a probablement surestimé les chances du « repowering »
étant donné que les réglementations légales
sont devenues plus sévères, hostiles même.
Mais grâce à la croissance dynamique de
l'éolien sur le marché mondial qui vient de démarrer
tout juste seulement, l'industrie allemande peut compter sur une expansion
solide.
Et n'oublions pas que chaque nouvelle éolienne
contribue à un nouveau secteur important, la maintenance des
installations, secteur qui demande beaucoup d'expérience et qui
lui aussi est exportable.
Sources
Bundesamt für Seeschiffahrt
und Hydrographie (BSH) -
www.bsh.de/de/Meeresnutzung/Wirtschaft/Windparks/index.jsp
Bundesverband
Landschaftsschutz e.V. (BLS) - www.windkraftgegner.de
Bundesverband Windenergie
(BWE) - www.wind-energie.de
Danish
Wind Industry Association - www.windpower.org
Deutsche
Energie-Agentur GmbH (dena) - www.dena.de, www.offshore-wind.de
Deutsche
Energie-Agentur (dena) 2005: „Energiewirtschaftliche Planung für
die Netzintegration von Windenergie in Deutschland an Land und Offshore
bis zum Jahr 2020“ (dena-Netzstudie)
Deutsches
Windenergie Institut (DEWI) - www.dewi.de
Institut
für Solare Energieversorgungstechnik (ISET) (Hg.): Windenergie
Report Deutschland 2005. Kassel 2005. – www.iset.uni-kassel.de
Internationales
Wirtschaftsforum Regenerative Energien (IWR) – www.iwr.de
www.deutsche-windindustrie.de
www.windkraft.de