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Roissy et le 3ème aéroport : réalités Philippe Subra Institut Français de Géopolitique – Université Paris 8 |
| Résumé | Article complet |
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12.000 manifestants à Strasbourg en 1996 contre la venue du transporteur DHL, 7 à 10.000 manifestants conspuant le ministre des Transports de l'époque, J-C Gayssot à Paris en 1997, après l'annonce de la décision de construire deux nouvelles pistes à Roissy, 5.000 manifestants àLyon en 1998 contre la construction de deux nouvelles pistes à Satolas, autant à Compiègne, contre le projet de 3ème aéroport en février 2001, 10.000 à Paris en mai de la même année pour protester contre les nouveaux couloirs aériens en Ile-de-France, 10 à 20.000 à Toulouse en février 2003, contre un projet de 2ème aéroport toulousain… Les projets d'équipements aéroportuaires sont à l'origine de plusieurs des principaux conflits qu'a connus la France au cours des dix dernières années. La question du fonctionnement du réseau aérien et de son inscription dans le territoire n'est visiblement pas si simple à résoudre. Cette conférence, qui traite des rapports entre réseaux aériens
et enjeux géopolitiques locaux, à travers l'exemple, entre autres, de
l'affaire du développement de Roissy CDG et de la saga du 3ème
aéroport parisien, pourrait s'intituler sur un mode un peu mélodramatique :
« la vengeance des territoires sur les réseaux » Je vais essayer de l'aborder en répondant à trois questions simples :
La confrontation de deux logiques territoriales et de deux projets d'appropriation du territoire Les conflits autour des projets aéroportuaires ne se résument pas à l'image d'Epinal qui en est souvent donnée : des riverains, défenseurs de la nature et de l'environnement, contre des aménageurs et des entreprises préoccupés seulement par la rentabilité. Il faut les analyser comme la traduction de rivalités de pouvoir sur
du territoire, de la part d'acteurs, dont les intérêts divergent, qui
obéissent à des logiques territoriales différentes et défendent des projets
d'appropriation du territoire en grande partie contradictoires. Une logique économique A l'origine du développement du système de plates-formes aéroportuaires il y a la tendance de fond à une croissance du trafic aérien mondial - celui des passagers (doublement du nombre de passagers – km entre 1990 et 2000), mais aussi celui du fret et en particulier du fret aérien express. Les projets d'extension des aéroports existants) visent à éviter que le système ne s'engorge, que ses prestations ne se dégradent (retards, sécurité), alors qu'il est menacé de saturation à plus ou moins court terme. Mais ce développement des aéroports est aussi la conséquence d'une série d'innovations fonctionnelles et réglementaires :
Ces différents phénomènes, qui entretiennent des liens plus ou moins étroits entre eux 1 sont très directement corrélés avec la mondialisation dans différents aspects (explosion du tourisme international et des échanges internationaux, internationalisation des entreprises) et l'on peut donc penser qu'ils sont durables. Ils ont des conséquences majeures sur le trafic des aéroports. Le système des hubs, ou plates-formes de correspondances, en particulier, grâce auxquels les grandes compagnies concentrent le trafic long courrier sur quelques aéroports principaux en rabattant par des vols moyen courrier des passagers provenant des aéroports secondaires a pour effet de :
Cette logique économique se traduit par ce que j'appellerai « un
projet d'appropriation territoriale » spécifique. Les aéroports et les compagnies aériennes ne peuvent en effet fonctionner sans un certain degré de contrôle du territoire, qui se décline à trois niveaux :
A cette logique du transport aérien, s'ajoute celle des Pouvoirs publics.
L'Etat a soutenu le développement de Roissy sans se préoccuper beaucoup
des nuisances, parce que ses priorités allaient au redressement d'Air
France, un temps menacé de faillite, et au renforcement des atouts de
Paris dans la concurrence qui l'oppose à Londres, comme capitale économique
de l'Europe – concurrence dans laquelle l'atout aéroportuaire est
essentiel. Une logique résidentielle Cette logique se heurte à une logique et à un projet d'appropriation du territoire concurrentes, qui est celle des riverains ou plutôt d'une partie des riverains. Leur rapport à l'aéroport s'exprime d'abord en termes de cadre de vie : ils se mobilisent contre la création d'un nouvel aéroport ou l'extension de l'aéroport existant ou encore contre l'ouverture de nouveaux couloirs aériens parce qu'ils estiment, à raison, que ces décisions vont entraîner une dégradation de leur qualité de vie, principalement en raison des nuisances sonores des avions. Mais leur mobilisation s'explique aussi par des motivations économiques : car les nuisances de l'aéroport entraînent une dévalorisation sensible de leur patrimoine immobilier. Trois remarques cependant :
Un schéma de base, l'affrontement entre deux camps Celui des acteurs socio-économiques, notamment ceux du secteur du transport aérien, mais pas seulement :
Deuxième camp, les riverains, organisés en associations, elles-mêmes fréquemment regroupées en fédération ou en coordination (comme l'ADVOCNAR autour de Roissy). Les élus divisés ou partagés en fonction du poids respectif des avantages économiques de la présence de l'aéroport et de la révolte des riverains :
Dans le cas des deux nouvelles pistes de Roissy-CDG le jeu des acteurs est plus complexe, car perturbé par des phénomènes de solidarité politique et la prise en compte des échéances électorales (les régionales de 2004) :
Riverains contre riverains, élus locaux contre élus locaux
Mais lorsqu'il s'agit de fermer un aéroport situé en plein tissu urbain (Nantes-Atlantique / Notre-Dame-des-Landes, Blagnac / 2ème aéroport toulousain), ou de plafonner le trafic d'un aéroport existant, grâce à la création d'un nouvel aéroport, plus éloigné (Roissy CDG / 3ème aéroport parisien) le schéma se complique, puisque :
Lorsque plusieurs sites sont en concurrence pour accueillir
un nouvel aéroport (cas du 3ème aéroport parisien) on
assiste à une extension du conflit à toute une série de nouveaux
territoires au fur et à mesure que leur « candidature » est
annoncée par la DGAC ou la CCI locale, tandis que le conflit local entre
opposants et partisans se double d'une compétition entre partisans
des différents sites (certains élus, les CCI). Retrait du projet, leurre, débat public : trois modes de gestion
du conflit par les Pouvoirs publics. Le retrait pur et simple du projet : DHL Exemple, le projet d'implantation de DHL à Strasbourg : dans un
1er temps la maire de Strasbourg (Catherine Trautmann, PS)
et la communauté urbaine soutiennent l'installation du transporteur, en
raison des emplois créés et du renforcement de l'aéroport de Strasbourg,
contre les élus de la soixantaine de communes de banlieue qui risquent
d'être victimes des vols de nuit, avant d'abandonner le projet, face à
l'ampleur des protestations. La technique du leurre : le 3ème aéroport parisien
L'évocation du projet d'un 3ème aéroport parisien, par le rapport Douffiagues (1994), puis par J.-C. Gayssot (1997), a permis de « faire passer » la mise en service de deux nouvelles pistes à Roissy, en échange d'une promesse de plafonner le trafic de Roissy à 55 millions de passagers, promesse reniée, en même temps qu'était abandonné le projet de 3ème aéroport, par Gilles de Robien en 2002. On peut avoir les plus grands doutes sur la faisabilité d'un tel projet. En effet :
Le débat public : Notre-Dame-des-Landes (2002-2003) L'organisation par la Commission nationale du débat public (CNDP) d'un
débat local sur un futur aéroport est un moyen relativement efficace de
désamorcer le conflit en amont, comme le montre l'exemple de Notre-Dame-des-Landes,
en 2002-2003, près de Nantes. Mais elle ne garantit nullement contre l'apparition
d'une forte contestation, une fois le projet acté, au moment de la déclaration
d'utilité publique et de l'engagement du processus de réalisation. Perspectives : va-t-on vers une situation de blocage complet
en Île-de-France ou existe-t-il des marges de manœuvre et
où se situent-elles ? La réponse à apporter à ces questions dépend de plusieurs inconnues :
La montée de la contestation pourrait conduire à une redéfinition des rôles de chacun, avec une architecture à trois niveaux :
Les super-hubs se gardant les liaisons les plus rentables et délocalisant leurs autres vols vers les hubs secondaires et les aéroports tertiaires Quant à la relance du projet de 3ème aéroport elle est fort peu probable pour les raisons évoquées précédemment. Conclusion : La contestation anti-aéroports en Europe, en se généralisant, est devenue un des facteurs déterminants de l'évolution du secteur aérien. Sa gestion est devenue pour les opérateurs du transport aérien un impératif absolu. Pas de réflexion en termes de réseau, de fonctionnalité, de technique, qui puissent faire l'économie d'une prise en compte des rivalités de pouvoir sur le territoire que traduit cette contestation et de réponses au problème de l'acceptabilité sociale des grandes infrastructures de transport. 1
Pas d'apparition des low-costs, sans libéralisation, les hubs
étant de leur côté un moyen pour les grandes compagnies d'améliorer leur
rentabilité et de conquérir de nouvelles parts d'un marché libéralisé.
2
75.000 personnes travaillent à Roissy et le système aéroportuaire représente
7 à 9% du produit régional de l'Île-de-France.
3
ADP et les entreprises installées sur le site ont distribué en 2001 79
millions d'euros de taxe professionnelle.
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