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Le thème de la conférence porte sur le glissement du
concept de développement à celui de développement
durable.
Le concept de développement est désormais daté.
En janvier 1949, le président des Etats-Unis, Harry Truman, explique
qu il faut apporter une aide aux pays sous-développés.
Avant cette date, et surtout pendant la colonisation, on parlait de
« mise en valeur des colonies ».
Très rapidement, pendant la guerre froide, le développement
devient une arme pour l équilibre mondial et tourne autour
de l idée du « retard à combler ».
On pense au livre de Rostow sur les cinq étapes de la croissance
mondiale, dont le sous-titre est « un manifeste non communiste ».
S établit la notion de « big push » :
développement des infrastructures, des investissements pour susciter
la croissance, le tout étant porté par l Etat (mise
en place d un secteur public hypertrophié).
Dans les années 70, on assiste à un essoufflement du pouvoir
d achat interne et bientôt, on émet l idée
des « basic needs », c est-à-dire,
s occuper des plus pauvres dans les domaines de la santé,
de l éducation. On est aussi à l apogée
de l explosion démographique et pour les grandes puissances,
le développement « est le meilleur contraceptif ».
En fait, les efforts sont peu déployés localement.
Et le regard sur le Tiers Monde change avec la crise économique.
Les pays pauvres deviennent des concurrents économiques.
En 1982, un nouveau risque apparaît, le risque financier. Le Mexique,
surendetté, annonce qu il suspend le remboursement de sa
dette. Cette nouvelle menace fait ressortir l idée que
« les pays pauvres n ont pas géré & ».
On décide la mise en place de plans d ingérance
structurelle : les pays du Nord interviennent dans les pays du
Sud. La donne internationale a changé, on n est plus dans
la politique de dépenses pour contrôler des zones d influences
dans le cadre d un bipolarisme mondial.
Dès octobre 1989, la chute du communisme met le libéralisme
en position de leader mondial : c est le règne du
tout libéral sans Etat.
Les pays débiteurs génèrent désormais quatre
types de menaces :
1-une peur de l invasion de masse,
2-une insécurité politique due au chaos qui s installe
dans des pays où les partis uniques disparaissent et où
la démocratisation passe par une guerre civile,
3-une menace écologique due au développement à
marche forcée, génératrice de pollution, de destructions
des forêts ou des milieux naturels,
4-une menace économique due à la concurrence des pays
émergeants (exemple de la Chine qui met en place un communisme
de marché dès 1979, ou l Inde qui accepte le libéralisme
dès 1991).
C est dans ce contexte qu apparaît la notion de développement
durable.
Vers 1990, la critique du développement soutenue devant les Nations-Unies
dans le rapport de Mme Gro Harlem Brundtland en 1987 fait émerger
l idée d un développement durable, c est-à-dire
un « développement permettant de satisfaire les besoins
du présent, sans compromettre la capacité des générations
futures à satisfaire les leurs ».
Dès 1991, l aide publique au développement s effondre de
40% et surtout, se réoriente vers les pays de l Europe
de l est, au détriment de l Afrique.
L aide devient surtout humanitaire, à visée compassionnelle,
par l intermédiaire des ONG.
En 1989, Action Contre la Faim dispose d un budget de 40 MF dont
30% de fonds publics.
En 1999, cette ONG dispose d un budget de 400 MF dont 80% de fonds
publics.
Le Nord met en place une politique d endiguement local :
on contient les réfugiés dans des camps gardés
pour éviter les migrations. Puis on passe à des opérations
de maintien ou de rétablissement de la paix.
On répond enfin à la menace écologique par la montée
en puissance du développement durable.
Parallèlement, dès les années 70, on avait commencé
à réfléchir sur les limites du productivisme. Les
multiples catastrophes industrielles Seveso, bhopal, Tchernobyl
font avancer la prise de conscience écologiste.
En 1992, le développement durable est officiellement reconnu
au Sommet de la Terre à Rio.
Certains pensent que ce concept est un peu glouton car il dévore
tout sur son passage. A la fin du sommet, les ONG montent en puissance
et jouent un rôle certain pour évincer le concept de développement.
Leur principe se résume à l idée qu il
n y a plus besoin de développer les pays pauvres car il
n y a plus besoin de contrôler ces pays.
Ce concept de développement durable est en fait, une sorte d oxymore,
une contradiction certaine entre « développement »
et « durable ».
Croquis sur le développement durable en ligne
http://fig-st-die.education.fr/dossiers/f03/durable.swf
Chacun des trois cercles d enjeux du développement durable
est intéressant à observer :
les entreprises s intéressent surtout au cercle économique,
le cercle social est surtout occupé par les alter mondialistes
le cercle environnemental est dominé par des mouvements très
puissants qui sensibilisent aux dangers écologistes.
Au sommet de Rio, le consensus se fait sur des principes uniquement
environnementaux : biodiversité, protection des espèces
menacées, etc.
En géographie, la durabilité est incompatible avec la
conservation. On doit sans cesse s adapter aux conditions de l environnement.
Le discours conservationniste est plutôt pernicieux : il
tend à rendre l homme parasite, indésirable dans son
environnement ; et dans ce cas, ce sont les plus pauvres qui sont
les plus nocifs. Les pauvres polluent, brûlent les forêts,
défrichent.
Ce discours néo-malthusien est aussi véhiculé par
des organisations qui mythifient la nature vierge, dans une sorte d
idéalisation des équilibres naturels ancestraux.
En fait, il serait prioritaire de revenir à l humain, à
la lutte contre la pauvreté et contre les inégalités.
L augmentation des zones protégées où les hommes
seraient exclus est impensable.
L exemple de la grippe aviaire est significatif. Les pays riches veulent
se prémunir en achetant en grande quantité des antibiotiques,
plutôt que de coopérer avec les pays touchés.
Un autre exemple symptomatique, la faim dans le monde. Le discours qui
prétend que les monocultures provoquent la disparition des cultures
vivrières est difficile à soutenir, lorsque l on sait
que les pays du Nord mettent des barrières sanitaires pour ne
pas importer des produits agricoles du Sud et qu ils subventionnent
fortement leurs paysans.
Une autre idée intéressante, le cas des OGM. Les OGM vont
certainement permettre de nourrir les hommes dans les pays pauvres.
En fait, ces OGM sont utilisés pour les pays riches et pour satisfaire
leur système agro-industriel.
Encore un exemple, le prix de l énergie : les bio carburants
sont développés dans les pays pauvres comme au Burkina
Faso, où l on produit de l énergie à partir du
coton, au détriment de l agriculture vivrière.
Un rappel important : en 1996, à Rome, la communauté
internationale s est engagée à réduire le nombre
de sous-nutris de 800 à 400 millions d ici à 2015, mais
peu de choses ont changé.
Partout, l axe du développement durable est biaisé, voire
dangereux, surtout l axe du néo-malthusianisme qui prétend
que l on est trop nombreux sur la Terre.
L enjeu est de taille : comment partager les ressources entre
9 milliards d humains prochainement ?
Ou plutôt, comment assurer une vie décente à ces
9 milliards d hommes d ici à 2100 ?
En fait, le développement durable ne sera viable que s il évolue,
et à condition qu on change notre regard sur le monde.
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