TOUR DE FRANCE, TOUR DE HANCHE :
UNE GÉOGRAPHIE DES RÉGIMES ALIMENTAIRES
Table ronde réunissant
G. SALEM, S. RICAN, J.C. DÉSENCLOS, B. LACROIX
et animé par P. GRELLET
Compte-rendu par Éric CAZAUBON
Lycée Camille Claudel Troyes
P. Grellet rappelle que le régime alimentaire définit la façon dont on se nourrit et influence la morphologie des populations du fait de traditions alimentaires régionales différentes.
INTERVENTION DE G. SALEM.
Après une première série de travaux sur la géographie des causes de décès en France, il s’est intéressé aux comportements prédisposant aux maladies et notamment aux comportements alimentaires. La France est le pays de ‘’la bonne bouffe’’ mais on sait peu de choses sur les pratiques alimentaires des Français. Il y a ainsi peu de sources ; l’une d’entre elles est constituée par une enquête réalisée auprès des femmes de la MGEN pour étudier la relation alimentation/cancer. Cette étude pose un problème : elle porte sur une catégorie particulière de Françaises ( plutôt très diplômées) mais elle a le mérite de couvrir tout le pays.
L’analyse des données a permis de faire apparaître six profils alimentaires :
Bretagne et Nord-Pas de Calais constituent deux profils proches : faible consommation de fruits et légumes ;
Méditerranée et sud-ouest : forte consommation de fruits et légumes ;
Alsace et nord de la Lorraine : consommation réduite de fruits et légumes ; consommation de volailles ;
Du Massif Central aux Alpes et au Jura : consommation typique des régions de montagne ;
Reste de la France : consommation équilibrée.
L’étude a aussi permis de faire deux constats : les populations des campagnes et des villes ont les mêmes régimes ( ainsi, à Toulouse, on ne mange pas comme à Lille mais plutôt comme à Bordeaux et dans le Sud-Ouest en général) ; il ne semble pas qu’il y ait uniformisation des pratiques alimentaires.
INTERVENTION DE S. RICAN
Ses recherches ont porté sur la prévalence de l’obésité chez les jeunes. Il a travaillé sur des données de 1987 à 1996, obtenus grâce à la visite médicale que passait les conscrits : on relevait leur taille et leur poids, ce qui permet de calculer l’indice de masse corporelle, un indicateur simple et pertinent pour mesurer l’obésité ( poids en kg / taille en mètres au carré ; si l’indice est supérieur à 25, il y a surpoids).
Le constat est clair : entre 1987 et 1996, le pourcentage de jeunes ayant un indice supérieur à 25 est passé de 11 à 17% et on atteint aujourd’hui les 20%. A l’échelle de la France, c’est une hausse quasi-générale, avec tout de même une nuance pour l’Ouest.
Les raisons de cette évolution sont connues pour l’essentiel : grignotage, la sédentarité, le recul des repas collectifs et la perte des savoirs culinaires. Toutefois, l’étude fait apparaître des nuances intéressantes qui interrogent aussi les facteurs de l’obésité : les milieux sociaux défavorisés, les quarts sud-ouest et nord-est, les campagnes sont plus touchés par le problème. Cependant établir des relations restent complexes. Ainsi, l’écart entre viles et campagnes se réduit et pour les villes, les évolutions sont contrastées : l’obésité augmente plus dans les petites que dans les grandes villes, plus dans les périphéries urbaines que dans les centres ( lien avec les catégories sociales ?) et plus aussi dans les villes du Sud.
Au total, on constate là aussi que des différences régionales demeurent, qui doivent aboutir à des politiques de santé publique différenciées.
Plusieurs questions sont posées par le public sur la bonne alimentation, le cas breton, la dictature de la ligne et le lien entre origine sociale et obésité.
Il ne faut pas qu’un problème de santé publique comme l’obésité se transforme en dictature du filiforme en oubliant que le bon poids, c’est aussi celui du bien-être dans son corps ( la dimension psychologique est prise en compte par l’OMS dans sa définition de la santé) . Il faut d’ailleurs faire attention à la multiplication de discriminations fondées sur l’apparence physique. En même temps, il ne faut pas taire le problème. Pour autant, la stigmatisation des personnes obèses est moins grave que l’obésité elle-même !
La meilleure alimentation est celle qui inclut la plus grande variété de produits.
L’étude des conscrits fait apparaître une relation entre origine sociale et obésité, la précarité étant toujours un facteur aggravant le risque. Il faut donc lutter contre l’obésité en jouant sur l’éducation, ce que le cas breton confirme.
La Bretagne n’a certes pas le bon régime alimentaire mais a fait beaucoup de progrès sanitaires grâce notamment à l’éducation : c’est par exemple la région qui compte le plus de bacheliers et surtout de bachelières. Peut-être doit-on aussi envisager des facteurs génétiques mais il faut être prudent en la matière ( la France n’a pas connu une modification génétique qui expliquerait la hausse de l’obésité !)
INTERVENTION DE JC DESENCLOS.
Le docteur Désenclos a étudié les risques infectieux d’origine alimentaire.
La consommation d’aliments mène toujours à prendre le risque de consommer des agents infectieux qui peuvent avoir deux origines :
L’homme ou l’environnement contaminé contamine les aliments ; c’est donc un problème d’hygiène, qui est en diminution ;
L’aliment est lui-même contaminé ( cf la salmonelle) ; le problème touche 240 à 280.000 personnes par an en France et est surtout grave lorsqu l’on a des populations fragiles ( personnes âgées, femmes enceintes…).
Ces risques peuvent être réduits ( mais sans être nuls) grâce à des mesures d’hygiène et des normes de production adéquates.
Finalement, chez nous, la sécurité alimentaire n’est pas un problème d’approvisionnement mais de qualité.
INTERVENTION DE B. LACROIX.
Le docteur Lacroix présente la situation de la Lorraine en matière d’obésité.
Les données sont rares mais permettent de dire : qu’il n’y a pas de problèmes de ressources sauf les cas de grande précarité ( et les cas particuliers de l’anorexie et de la nutrition des personnes âgées) ; que la région connaît deux problèmes : l’obésité, des jeunes surtout, et des déséquilibres ( carence en fer, calcium ou vitamine D et surconsommation de graisse).
En 2001, le programme ‘’Nutrition/ Santé’’ a été lancée au niveau national et décliné dans les régions. La définition de la politique régionale a d’emblée rencontré le problème de l’état des lieux : il n’y a pas d’outils de mesure du problème et de ses causes. Seuls les Vosges avaient des données sur l’obésité et sur les causes. Plusieurs cartes ont ainsi pu être dressées, prenant en compte des indicateurs variés : précarité, lieu de résidence, niveau d’équipements culturels et sportifs, habitudes alimentaires ( données difficiles à collecter car reposant le plus souvent sur du déclaratif peu fiable ! mais qui permettent de constater que le coût des aliments n’est pas forcément un facteur pertinent).
Ce travail d’analyse a permis de mettre en place quelques projets concrets : des opérations d’information, des ateliers-santé, des fontaines à eau dans les écoles… Un des objectifs est de faire prendre conscience aux gens du problème et de les rendre acteurs de la prévention.