L'eau se confond tellement avec la vie qu'elle est
au coeur de toutes les religions, de toutes les conceptions de la
destinée humaine et du monde. De manière métaphorique,
elle est donc associée à tous les rites de purification,
à tous les exercices spirituels, à toutes les effusions
avec le divin. C'est même sans doute le lien le plus
fort qui existe entre les innombrables religions qui ont existé
et existent aujourd'hui à la surface de la terre. Il
y a tant de comparaisons possibles, tant de symboles communs qu'on
touche ici du doigt la seule véritable mondialisation qui vaille,
la seule négation de la différenciation spatiale qui
ne soit pas désespérante pour le géographe :
l'unité profonde de l'espèce humaine et,
surtout, des forces de l'esprit qui la régissent.
Les religions animistes et polythéistes vénèrent
les sources, les fleuves, les lacs. Les Gaulois se rendaient en foule
en pèlerinage aux sources de la Seine, tandis que les Japonais
font de même au temple Kyomizu (de l'eau pure) à
Kyoto. Le Nil était le fleuve sacré des anciens égyptiens,
l'Achéron coulait au sein des enfers grecs, et l'idéal
hindouiste demeure le retour au Gange après la mort et l'incinération.
Les trois religions monothéistes ont toujours entretenu un
lien très fort avec l'eau sous toutes ses formes. Sans
la vénérer, elle est pour elles un médiateur,
un lien avec Dieu. Dans l'Ancien Testament, Dieu utilise l'eau
tantôt pour punir (le Déluge), tantôt pour sauver
(Moïse et le rocher d'Horeb), tantôt pour la purification
du corps et de l'âme (les prescriptions du Lévitique).
Jean, le dernier des prophètes, baptise dans le Jourdain son
cousin Jésus qui entame ainsi sa vie publique. Le ciel s'épanche
et délivre un message inouï au moment où l'eau
s'écoule sur la tête du Messie. L'eau coule
ensuite à chaque page du Nouveau Testament, étroitement
associée à l'enseignement du Christ. À
Cana, elle est l'occasion du premier miracle. Dans les lacs
d'Israël, les apôtres pêchent les innombrables
poissons de la Pêche miraculeuse qui préfigure celle
des âmes et sur leurs eaux Pierre marche comme son Maître
qui sait aussi en calmer les tempêtes. La Passion qui commence
par le lavement des pieds et s'achève avec l'eau
qui s'écoule du flanc du Christ percé de la lance
du centurion. L'eau demeure présente dans tous les rites
chrétiens, le baptême en tout premier lieu et l'islam
a hérité de la tradition judéo-chrétienne,
en particulier par la pratique essentielle des ablutions. Comme les
Catholiques de Lourdes, les Musulmans rapportent de leur pèlerinage
à la Mecque une bouteille d'eau de Zem-Zem &
L'un des plus beaux textes qui associe l'eau au sacré
et à la géographie est d'Isaïe (55, 10-11) :
« La pluie et la neige qui descendent des cieux n'y
retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir
fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à
celui qui mange ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne
me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux,
sans avoir accompli sa mission. »