Le temps, notamment le "mauvais temps"
accompagné de précipitations qui en représentent
le symbole puisqu'elles se produisent dans ces circonstances perturbées,
dépend de conditions locales et de conditions lointaines. Sous
nos latitudes, en raison de l'origine et des caractères du
facteur déclenchant les perturbations, et en raison des transferts
sur de longues distances du potentiel précipitable, les conditions
lointaines sont dominantes, le facteur local n'intervenant que lorsque
les conditions générales l'autorisent. La pluie (ou
la neige) en France dépend ainsi très peu des conditions
locales françaises, et se rattache principalement à
la dynamique de l'espace de l'Atlantique Nord, elle-même inscrite
dans la dynamique générale de la troposphère.
1 Rappel des conditions de la pluviogenèse
Le processus pluviogène exige la réunion impérative
et simultanée de nombreuses conditions précises qui
concernent, - outre l'existence nécessaire d'un potentiel précipitable
renouvelé, - le facteur commandant le transfert de la vapeur
d'eau (c'est-à-dire de l'énergie) sur de longues distances
et le maintien de cette alimentation, - le facteur (thermique ? mécanique
? dynamique ?) provoquant l'ascendance nécessaire au changement
d'état de l'eau et à la libération consécutive
de la chaleur latente, - et les conditions aérologiques structurales
favorables (i.e. sans cisaillement, subsidence ou stratification),
indispensables au développement vertical des formations nuageuses.
Ces conditions sont extrêmement variables, à l'échelle
synoptique comme à l'échelle saisonnière, et
varient aussi avec les conditions géographiques, les conditions
structurales en particulier étant différentes sous les
Tropiques et dans les latitudes hautes et moyennes, donnant aux diverses
perturbations leurs caractères spécifiques. Sous nos
latitudes la dynamique du temps dépend, notamment dans le cas
d'événements intenses, de puissants transferts, sur
une longue distance et de façon soutenue de quantités
énormes de potentiel précipitable, c'est-à-dire
énergétique, transferts qui sont organisés par
des AMP (Anticyclones Mobiles Polaires) qui ont aussi eux-mêmes
une lointaine origine.
2 Les facteurs de l'échelle locale
Les facteurs locaux, ou immédiats, sont nombreux : relief (brises
d'amont et d'aval), mer ou lac, contraste océan-continent (brises
littorales), végétation, albedo et convection thermique
...
Mais sauf dans une certaine mesure en montagne où se produisent
des orages bien localisés, notamment en été,
ces conditions ne peuvent s'exprimer que lorsque les conditions générales
l'autorisent. Ainsi les pluies dites "cévenoles"
représentent une intensification des conditions pluviogènes
par le relief de conditions lointaines advectées, et ne se
produiraient pas sans l'intervention de ces facteurs généraux.
Ces pluies intenses se déversent d'ailleurs le plus souvent
en plaine, comme celles qui ont provoqué les inondations de
l'Aude et des Pyrénées Orientales en novembre 1999,
c'est-à-dire en dehors de l'influence du relief.
Au-dessus de l'échelle locale, l'influence de l'échelle
régionale, notamment exprimée en France par l'intervention
présumée de "l'Anticyclone des Açores"
(qui apporte le beau temps), et "la dépression d'Islande"
(responsable dit-on du mauvais temps) n'a aucune réalité
météorologique. Ces "centres d'action" définis
depuis plus d'un siècle par des moyennes de pression (échelle
statistique), relèvent de "l'animisme météorologique",
n'ont pas d'existence à l'échelle du temps réel
(échelle synoptique), et ne peuvent donc pas commander le temps
instantané et son évolution.
3 Les facteurs lointains : l'unité aérologique
de l'Atlantique Nord
La dynamique du temps sur la France dépend de celle de l'unité
aérologique de l'Atlantique Nord. Dans cet espace on observe
des covariations de paramètres associées au déplacement
permanent des Anticyclones Mobiles Polaires (AMP), qui véhiculent
l'air froid vers le sud, et forment des agglutinations anticyclonques,
océaniques et continentales. Ces AMP provoquent en retour le
transfert de l'air chaud méridional (subtropical voire tropical)
en direction du nord.
D'une manière générale le versant
ouest de l'Atlantique (jusqu'aux Rocheuses) subit les descentes d'AMP
originaires de l'Arctique canadien, les plus froids et les plus vigoureux,
tandis que le versant oriental (l'Europe occidentale) bénéficie
des remontées d'air chaud et humide venant du sud. Mais ce
versant oriental n'est pas à l'abri des AMP de trajectoire
méridienne s'écoulant à l'est du Groenland, qui
mettent 2 à 3 jours pour débouler de l'Arctique sur
la France, et y provoquent les phénomènes les plus violents
: vagues de froid, chutes de neige en plaine, remontées les
plus intenses d'air chaud et humide responsables des épisodes
chauds, des pluies torrentielles et des inondations.
Une illustration, clichés de satellites et cartes synoptiques
simplifiées, permet de présenter des situations caractéristiques
: Vaison-la-Romaine, inondations de l'Aude et/ou du Gard, vagues de
froid (du 3 au 5 janvier 2003, ou du 29 au 31 janvier 2003), tempêtes
de décembre 1999. Ces événements montrent que
le temps sur la France ne relève pas de la pensée magique
mais qu'il est parfaitement organisé, parce qu'il est associé
à des responsables nettement identifiés, les AMP, que
l'imagerie satellitaire permet de suivre sans difficulté majeure.
4 La variabilité des précipitations
Les pluies représentent le paramètre climatique le plus
discontinu et le plus variable, les variations de la pluviométrie
(hausse ou baisse) témoignant notamment d'une intensité
variable des facteurs pluviogènes, de la variation du nombre
de cas (épisodes pluvieux), et/ ou du déplacement des
zones pluviogènes. Cette variabilité est observée
à différentes échelles :
- Echelle journalière associée à la dynamique
réelle des AMP, chaque AMP bien individualisé ayant
un comportement spécifique. Les AMP créent des temps
particuliers associés à chaque entité et à
chaque stade de son évolution, en fonction de ses potentialités
initiales et acquises et des circonstances variables rencontrées
en cours de route, et en fonction notamment de sa puissance, de sa
trajectoire et des contrastes thermiques entre les flux.
- Echelle saisonnière qui entraîne des variations de
puissance des AMP, le temps le plus violent étant associé
aux AMP hivernaux, les plus froids et les plus étendus. Les
conditions thermiques saisonnières modifient en outre les conditions
régionales, l'hiver autorisant notamment l'installation d'une
agglutination anticyclonique sur l'Europe centrale, qui s'étend
sur le nord-est de la France et bloque le déplacement des AMP
vers l'est. Cette agglutination est en outre responsable au coeur
de l'hiver de la stabilité anticyclonique et de la diminution,
voire de l'absence, de précipitations (neigeuses) sur les Alpes.
- Echelle interannuelle limitée à l'évolution
récente du siècle dernier. L'indice de l'Oscillation
Nord-Atlantique (témoignage de l'intensité des échanges
méridiens) révèle le tournant climatique des
années 1970, associé au refroidissement de l'Arctique
occidental qui accroît la puissance des AMP et en conséquence
intensifie les remontées d'air chaud et humide sur l'Europe
occidentale. L'augmentation de fréquence des épisodes
pluvieux (notamment en Bretagne, dans la Somme, ou dans le Sud de
la France), comme celle des tempêtes et la variabilité
accrue du temps, résultent de l'accélération
depuis 30 ans des échanges méridiens dans l'espace aérologique
Nord-Atlantique.
- Echelle paléoclimatique qui apporte des modifications considérables,
la circulation générale de l'atmosphère passant
d'un type rapide à un type lent en fonction de l'intensité
du déficit thermique polaire. Cette échelle est évoquée
pour mémoire, mais non traitée ici en raison du temps
(durée) de l'intervention.
En conclusion, les mécanismes des précipitations,
et leur variabilité, même à l'échelle de
la France, ne peuvent pas être expliqués (sinon faiblement)
par des facteurs immédiats, parce qu'ils résultent de
facteurs lointains qui s'inscrivent dans le cadre de la circulation
générale de la troposphère.