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LE PROJET GAP EN TURQUIE : AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE, POLITIQUE INTÉRIEURE ET GÉOPOLITIQUE Stéphane de TAPIA Chargé de Recherche au CNRS
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Le sigle turc GAP (Güneydogu Anadolu Projesi) désigne un immense chantier de travaux publics, lancé vers la fin des années 1970 et aujourd'hui largement réalisé, couvrant une part non négligeable du territoire turc. Ce chantier consiste en la création de plusieurs dizaines de barrages destinés à maximiser la ressource en eau que représente le château d'eau qu'est l'Anatolie orientale. Deux fleuves en sont issus, l'Euphrate et le Tigre. Ils prennent leurs sources en Anatolie orientale, irriguent l'Anatolie sud-orientale (qui correspond en grande partie à la Turquie kurdophone et arabophone), avant de traverser territoires syrien et irakien. Bâti en grande partie sur des fonds propres, avec des apports internationaux surtout techniques (expertises suisses, israéliennes et japonaises, par exemple), le projet GAP revêt des dimensions multiples :
Au-delà d'un impact important, qu'il convient de bien évaluer, en matière d'aménagement du territoire, les dimensions politiques, tant intérieures qu'internationales, sont évidentes. Les relations turco-syriennes ou turco-irakiennes se sont considérablement détériorées, venant compliquer une situation régionale déjà explosive (Palestine, Kurdistan, conflit irako-iranien, enjeu pétrolier...). La Turquie ne dispose que de très faibles ressources en hydrocarbures, mais la ressource hydrique est pour elle un atout considérable.
Après un descriptif détaillé du projet et une actualisation des données disponibles, nous nous proposons d'apporter des éléments de discussion sur un sujet qui intéresse un pays candidat à l'entrée dans le Marché Commun (1963), puis l'Union Européenne (1999), membre dès le départ de l'OTAN comme du Conseil de l'Europe. Le projet GAP en Turquie : aménagement du territoire, politique intérieure et géopolitique
Définition générale et situation géographique
Avec un cours de 2800 km dont 971 ou 1263 en territoire turc (respectivement pour les branches du Karasu et du Murat Suyu), l'Euphrate [Firat nehri] et le Tigre [Dicle nehri], avec un cours de 1900 km dont 520 en territoire turc, les deux fleuves mésopotamiens, siège des plus anciennes et prestigieuses civilisations urbaines et agraires de l'Antiquité (la partie orientale du Croissant Fertile : Sumer, Chaldée, Assyrie, Babylone...) prennent leurs sources en territoire turc, traversent Turquie orientale, Syrie et Irak, avant de se jeter dans le golfe Arabo-persique par un delta marécageux, terminant leurs cours par un lit unique, dit Chatt el Arab. Le « double » bassin-versant (378 834 km² pour le Tigre, environ 400 000 pour l'Euphrate) rassemble de fait des terres turques, syriennes, irakiennes, saoudiennes et iraniennes, avec à titre anecdotique, une toute petite fraction éventuelle de territoire jordanien (contreforts du Jebel Unayzah, 940 m. alt.). Sur la rive droite, la part des apports hydriques saoudiens et syriens est marginale –il s'agit à chaque fois de cours d'eau intermittents (oueds, de l'arabe wadi : la vallée) tandis que les apports turcs, irakiens et iraniens sont importants. Si les sources sont anatoliennes (Taurus oriental), les affluents principaux sont anatoliens (Bohtan), irakiens (Petit et Grand Zab, Habur, sources en Turquie), iraniens (Diyala, Karun, Kercha, sources dans le Zagros). Une première originalité se dessine : les deux fleuves sont internationaux de facto (mais non de jure, à l'exception d'un accord irako-iranien pour le Chatt el Arab), leurs cours principaux traversent des pays arabes désertiques, mais les sources des deux fleuves comme de leurs principaux affluents se trouvent en territoires montagnards turc et iranien. L'alimentation des cours supérieurs est en grande partie nivale, dépendant de la fonte des neiges abondantes de l'hiver sur le Taurus oriental et le Zagros (de 3000 à plus de 4000 m. alt.) qui, pour une part notable, ressortent par des résurgences puissantes dans des calcaires karstiques (affluents du Tigre : Habur, Karkheh, Karun...). Si la pluviosité annuelle atteint ou dépasse 1200 à 1500 mm dans la montagne, elle n'est plus que de 330 mm à Mossoul, 117 mm à Bagdad, moins de 100 mm à Hindiyah. Les régimes sont de type pluvio-nival méditerranéen : la pluie tombe au nord au printemps, moins abondamment à l'automne (Turquie du sud-est, Syrie du nord, Irak du nord), la neige fond tardivement sur les crêtes de la montagne kurde. Les crues, d'origine pluviale, sous influence nivale, sont donc décalées vers la fin du printemps, les étiages vers la fin de l'été, malgré de fortes chaleurs estivales entraînant une très forte évaporation. Les crues pluviales de l'automne sont plus rares. Au total, beaucoup de points communs avec des fleuves comme le Nil, le Tarim, le Syr Darya ou l'Amu Darya : le fleuve exogène, assuré à l'amont l'hiver d'apports hydriques importants, progressivement fournis par la fonte des neiges et les réseaux souterrains de la montagne karstique, traverse des terres alluviales surchauffées en permettant l'irrigation de vastes surfaces agricoles et connaît une évolution vers l'endoréïsme (Loup 1984)1. Les débits ne sont pas connus avec précision, du fait à la fois de fortes variations saisonnières et géographiques et surtout de chiffres otages des administrations nationales concernées. Les chiffres admis sont 32 milliards de m3/sec. annuels pour l'Euphrate, de 45 milliards de m3/sec. pour le Tigre. L'irrigation a permis l'éclosion de la civilisation agraire, les fortes densités de population, la naissance des cités états antiques, préludes aux empires sédentaires. Si l'Egypte est réputée être « don du Nil », la Mésopotamie, terre entre les fleuves (en arabe, Al Djazirah, l'île) est bien un don du Tigre et de l'Euphrate. Historique rapide du projet turc
Si les tous premiers périmètres modernes d'irrigation turcs datent de la fin de l'époque ottomane (lac de Beysehir, périmètres de Konya et Cumra, dit Cumraprojekt, 1896), les grands travaux sont programmés par la République, d'abord autour d'Ankara, la nouvelle capitale, et dans la plaine de Cukurova, avec le développement de la culture du coton. L'irrigation par gravité, par dérivation des cours d'eau et canaux ou par puits est connue dans toute l'Anatolie, mais elle ne revêt pas la même importance que dans les pays arabes ou iraniens : les zones sub-arides sont rares et peu étendues, l'agriculture pluviale est possible presque partout dans un pays où la montagne n'est jamais loin. L'irrigation est pratiquée depuis longtemps, par exemple sur les piémonts internes du Taurus central [Sultan Daglari, Aladag, Erciyes Dagi], bordés d'oasis irriguées sur le même mode que les ghuttas syriennes ou les huertas espagnoles (Ilgin, Konya, Cumra, Karaman, Eregli, Aksaray, Bor, Yesilhisar, Kayseri..., Hütteroth 1982). Les régions les plus sèches (steppes de Konya et d'Aksaray, plaine d'Igdir, plaine d'Harran et Urfa à la frontière syrienne, moins de 300 mm de pluies annuelles) ont dans leur horizon des sommets de plus de 3000, voire 5000 m. alt . (5 165 m. au mont Ararat [Agri Dagi]). A l'inverse, la pluviométrie dépasse parfois 2000 mm, comme sur les sommets de la chaîne de la mer Noire [Karadeniz, Pontos]. Avec 2300 mm de pluviométrie annuelle moyenne, le département de Rize connaît un climat maritime subtropical humide propice à la culture du thé !
Avec la République, l'Etat se dote de plusieurs instruments spécialisés : une Direction des Etudes et Travaux Electriques [EIEI : Elektrik Isleri Etüd Idaresi] en 1936, une Direction des Travaux Hydrauliques [DSI : Devlet Su Isleri] en 1954 (qui construit une centrale hydroélectrique en deux tranches (1957 et 1967), Hazar, déjà sur le cours du Tigre supérieur), complétée par une division de l'irrigation pour les petits projets locaux (ToprakSu) et une direction du ministère des Affaires Rurales pour l'aménagement des agglomérations rurales [YSE : Yol Su Isleri]. Une série d'études sur les bassins de l'Euphrate et du Tigre est complétée dès 1960. Décision est prise en 1977 d'aménager les ressources hydriques et énergétiques du bassin et un Etablissement public créé en 1989. Le projet GAP, en turc Güneydogu Anadolu Projesi [Projet du Sud-Est Anatolien] vient parachever des études et des travaux entrepris dès les années 1930 (le lac de Hazar, situé non loin des sources du Tigre, est ici séparé de la vallée l'Euphrate par quelques kilomètres !). La concrétisation débute avec la mise en service en 1976 d'une centrale importante barrant le lac artificiel de Keban (675 km² et de 30 600 Mm3). Tableau 1 : travaux hydrauliques sur le haut-bassin de l'Euphrate, avant mis en œuvre du GAP
Source : Hütteroth (1982 : 348-356) dont tableau 90 p. 351 (les dates de mise en service diffèrent selon les sources, certains chantiers, comme Tercan près d'Erzincan ont duré bien plus longtemps que prévu : 1969-1988). Caractéristiques techniques principales du projet GAP
Le projet proprement dit consiste en la construction de 22 barrages, dont 19 couplés avec des centrales hydroélectriques, et d'un double tunnel de dérivation vers la plaine d'Urfa. Au total, 1 800 000 hectares seront irrigués pour une aire de 774 815 km², soient 9,5 % du territoire national (pour 9 départements ; six au départ : Gaziantep, Adiyaman, Diyarbakir, Urfa, Mardin, Siirt, auxquels se sont ajoutés trois créations : Sirnak, Batman et Kilis) et environ 8,5 % de la population totale. Pour un coût programmé de 32 milliards US $, une capacité installée de 7 476 MW sera construite pour une production énergétique prévue de 27 milliards de kilowatts / heure. En 1985, le secteur considéré connaît un PIB/habitant égal à 47 % de la moyenne nationale. Il assure 76 % de la production nationale de lentilles, 92,3 % de celle des pistaches, 41,6 % de celle de sésame, mais seulement 7,5 % de la production de légumes, 6,6 % de celle de lait...On estime alors que le potentiel est important... à condition d'irriguer. L'industrialisation est limitée et surtout la région se trouve depuis 1984 aux limites de l'activisme du PKK. La guerre de « basse intensité », diraient les militaires, fera plus de 30 000 victimes. Autour du projet GAP stricto sensu, se greffent de nombreux petits projets locaux, situés sur des affluents de l'Euphrate et du Tigre, et le GAP lui-même est soumis à variations sensibles, en fonction des résultats des études. Le tableau présenté en annexe rassemble l'ensemble des réalisations, chantiers et projets régionaux, parfois extérieurs au projet, mais situés dans les deux bassins. Avec Keban à l'amont (675 km²), le projet intègre trois des quatre plus grands lacs artificiels du pays ; Karakaya atteint 298 km² de superficie, Atatürk 817 km². Hirfanli (263 km²), mis en service en 1959, se situe sur le cours du Kizil Irmak, non loin d'Ankara. Etendu sur deux bassins, très montagneux au nord, moins accidentés au sud, mais néanmoins topographiquement et géologiquement complexes, le projet GAP est subdivisé en nombreux sous-secteurs, ouvrages d'art et périmètres irrigués. Tableau 2 : Le GAP : projets sectoriels
Source : Tekinel & Yurdakul (1999 : 148), Balaban & Tekinel (1989 : 210). (*) Bazikî (toponymie autochtone) a été renommée Yaylak (toponymie turque). Le tableau suivant donne le détail pour le bas Euphrate ; un énorme barrage (Atatürk) et quatre grands périmètres irrigués sont en cours d'aménagement :
Tableau 3 : le GAP : projet détaillé pour le Bas Euphrate
Source : Balaban & Tekinel (1989 : 210). Même remarque que précédent tableau : initialement, le village site du barrage s'appelle Karababa, il s'appelle aujourd'hui Dutluca. Le lac est directement nommé Atatürk : le nom du fondateur de la République s'applique logiquement au plus grand lac artificiel de Turquie.
Les objectifs affichésIls se déclinent en :
Ces objectifs sont ambitieux, emprunts d'idées résolument sociales, faisant une part importante aux problèmes d'emploi, n'oubliant pas les femmes et les jeunes, mettant l‘accent sur la transformation des rapports sociaux. Mais de fait, les critiques en Turquie sont depuis longtemps nombreuses, en particulier parce que rien n'est dit de l'analyse de ces rapports sociaux « traditionnels » (Seker 1987, Akçay & Aksit 1999, Aksit & Akçay 1999). Rien n'est dit non plus du contexte politique, tant interne avec la question kurde omniprésente, qu'internationale avec les inquiétudes qu'expriment Syriens et Irakiens face à une Turquie vécue comme l'agent régional des Etats-Unis (Bozarslan 1997, Özdag 1995, Türkyilmaz 1998). Retombées économiques
On estime que 73 % des objectifs ont été remplis dans le domaine énergétique, mais paradoxalement seulement 11 % dans le domaine agricole. Cela peut-être concevable en raison des délais de retour des investissements dans le domaine agricole. 5 zones industrielles ont été aménagées (Mardin, Gaziantep 1, Gaziantep 2, Sanliurfa 1, Diyarbakir), avec 543 établissements industriels et 34 400 emplois créés (sur des totaux attendus de 1658 établissements et 126 000 emplois). A ceci s'ajoutent 18 cités artisanales regroupant 5 514 ateliers et 33 000 emplois. 19 cités sont en construction, qui permettraient l'installation de 4 527 ateliers intégrés sur ces nouveaux sites. Sur les 186 000 emplois industriels et artisanaux de production, 77 000 auraient donc été créés. C'est important, mais pourtant peu face aux 6 à 7 millions d'habitants de la région et aux problèmes sociaux vécus.
Sept aérodromes ont été réaménagés (dont celui d'Urfa qui doit devenir le plus gros aéroport international de fret de Turquie). L'autoroute Adana-Gaziantep et le périphérique de Gaziantep sont aujourd'hui terminés (252,5 km, bretelles d'accès comprises), les travaux vers Urfa continuent sur l'axe stratégique TETEK (3320 km mis aux normes internationales entre Istanbul, Ankara et les sorties vers TÉhéran, Bagdad, Damas, coordonné avec l'axe TEM aboutissant à Istanbul et Ankara)2. A l'ouest, le département de Gaziantep semble bien avoir rejoint le « territoire national ». Reliée par l'autoroute, en plein développement industriel, il n'a été que peu touché par l'activisme kurde et fait, par exemple, l'objet de la sollicitude du ministère du Tourisme pour le développement d'un tourisme vert à la turque (yayla turizmi) 3, preuve s'il en est d'un contrôle des autorités sur le terrain. Au centre et à l'est, si les chantiers des barrages ont vite progressé, les actions d'accompagnement se sont heurtées à un environnement instable, aussi bien sur le plan intérieur (l'activisme du PKK et la guerre civile conséquente) que sur le plan international (les deux guerres du Golfe). Les militaires ont bouclé les frontières, interdisant autant le commerce transfrontalier avec la Syrie, l'Irak et l'Iran, que le pastoralisme nomade ou semi-nomade. Malgré une main-d'œuvre pléthorique, les investissements privés n'ont guère suivi. Ainsi, en 1999, la région n'a attiré que 2,2 % de l'investissement privé encouragé par l'Etat (contre 6,5 % en 1996 et 1997, 7,3 % en 1998). Le classement de la majeure partie de la région en zone d'état d'exception pendant de longues années, sa mise sous la tutelle d'un super-préfet, n'ont pas incité le secteur privé, national ou étranger, à investir, alors même que le public était réticent et que souvent les principaux investissements étaient d'abord sécuritaires (construction de routes stratégiques, de postes de police, de douanes, de gendarmeries rurales). Retombées sociales
Il est difficile de tirer un bilan social réel, entre la documentation officielle qui insiste sur les aspects expérimentaux des opérations menées et les critiques très vives de la société civile et des oppositions politiques. L'Etat -ce ne sont que des exemples- assure toucher 29 000 femmes dans le cadre de 22 centres sociaux multifonctionnels, mettre en œuvre un plan de réinstallation de 44 villages autour d'Halfeti (Urfa), a procédé au remembrement de 130 487 ha et émis des appels d'offre pour 83 780 ha. Les nationalisations de terres agricoles, soumises à paiement d'indemnités, ont touché 119 073 personnes pour 55 468 ha (Turquie 2000, http://www.gapturkiye.gen.tr). Le volet social, souvent expérimental, est, si l'on en croit les documents officiels, très important et touche de nombreux problèmes cruciaux en Turquie. C'est le cas de la réflexion sur le développement durable, en partenariat avec l'UNDP, la mise en œuvre des centres sociaux cités à l'intention des femmes, de programmes pour les enfants des rues, en partenariat avec l'UNICEF et le Bureau International du Travail (http://www.gap.gov.tr). Mais les universitaires (Seker 1987, I. & P. Ilkkaracan 1999, Aksit & Akçay 1999, Barut 1998a, 1998b), la presse pro-kurde ou gauchiste (Özgür Gündem, Politika, 2000'e Dogru...), voire les média privés indépendants (comme la chaîne NTV) ont des avis très critiques. On accuse là le gouvernement d'être incapable de remplir les objectifs sociaux, faute de crédits, de cadres qualifiés et surtout de volonté politique. La politique sanitaire (ou son absence) est souvent décriée : on dénonce la réapparition de maladies comme la malaria, la dysenterie, l'apparition de phénomènes nouveaux (parasites, moisissures), dues à la modification du climat. La mauvaise intégration des projets est aussi mise en avant, par exemple concernant les pollutions (pesticides, herbicides, mauvaise application des engrais, salinisation des périmètres irrigués...). L'une des principales critiques, depuis des années, réside dans le retard que connaîtrait l'indispensable réforme agraire dans une région connue pour être celle des grands propriétaires (Hütteroth 1982, Seker 1987). Ceux-ci, généralement kurdes, sont souvent des notables, députés pro-gouvernementaux, chefs de tribus et patrons de milices rétribuées par Ankara, parfois cheikhs de confréries musulmanes (Bozarslan 1997). Les causes politiques liées à l'insécurité générale, où la population civile a été prise en otage tant par les autorités que par les militants du PKK sont inextricablement mêlées aux causes économiques (chômage et sous-emploi chronique, avec une situation dégradée depuis la première guerre du Golfe) ou sociales: la vendetta, la pression des milices tribales ou des grands propriétaires fonciers sont cités par les migrants internes dans les enquêtes Özdag (1995), Türkyilmaz (1998) ou les rapports CHP et TMMOB (1999) partant vers les métropoles occidentales (Istanbul, Ankara, Izmir, Adana, Mersin). L'impact écologique et culturel
Comme dans tous les grands projets hydrauliques, les dégâts collatéraux sont importants. Ici peut-être plus qu'ailleurs, Chine du Yang Tze Kiang exclue ! Plusieurs sites archéologiques ou historiques ont disparu, sont condamnés à disparaître, ou au mieux à voir leur environnement totalement transformé (Zeugma cité hellénistique, Hasankeyf et ses monuments musulmans anciens...). Archéologues et écologistes turcs et étrangers sont sur la brèche : on estime qu'une grande partie du patrimoine archéologique de Birecik, allant du néolithique au médiéval, va disparaître au fond de la vallée inondée par les lacs de Birecik et Karkamis, avant même d'avoir pu être exhumé et étudié. Les retombées touristiques sont pour l'heure limitées. Ceci s'explique surtout par le climat d'insécurité qui a prévalu jusqu'à l'arrestation d'Abdullah Öcalan, président du PKK. Bien que le projet, ou l'un des chantiers, n'ait jamais été visé directement, la proximité de la zone de conflit, le classement spécifique de la région en état d'exception (avec couvre-feu, contrôle systématique, attentats, répression...) n'incitait pas les agences de voyage à proposer la région aux touristes étrangers. Le potentiel de développement touristique est pourtant grand : Nemrut Dagi (Commagène), lieux bibliques (Urfa, Harran), monastères syriaques du Tur Abdin, architectures traditionnelles et sites urbains (Mardin, Diyarbakir, Urfa...) se trouvent sur ou à proximité du périmètre du GAP. La ressource touristique que représente la multiplication de lacs, grands et petits, sera plutôt à vocation interne (sports nautiques). Les conséquences écologiques ne sont pas encore connues avec précision. La lecture des documents officiels (http://www.gap.gov.tr) montre que cet aspect est bien appréhendé par les autorités, mais on peut se demander si les moyens techniques et financiers seront suffisants pour étudier réellement les impacts du projet sur les écosystèmes, malgré tout fragiles (végétation endémique, sécheresse, phénomènes d'érosion...) sur une région aussi vaste, et surtout les corriger. La salinisation des terres est déjà perceptible (Bazin 1988). On sait que des périmètres irrigués mal contrôlés par des agronomes et mal gérés par des agriculteurs insuffisamment formés sur les technologies nouvelles (goutte à goutte versus arrosage massif, ou gravitation aux heures chaudes par exemple) ont des conséquences néfastes (vallée du Nil en aval du barrage d'Assouan, périmètres mexicains en aval des barrages américains, et nec plus ultra, les rives de la mer d'Aral...). De très vives critiques sont émises en Turquie.
Conséquences sur la politique intérieure turque
Les neufs actuels départements turcs concernés par le projet (Gaziantep, Adiyaman, Mardin, Diyarbakir, Sanliurfa, Siirt, Sirnak, Batman, Kilis) sont peuplés en majorité de kurdophones, avec une minorité arabophone sur la frontière syrienne, partiellement chrétienne (de rites assyro-chaldéens). Avec le démembrement de l'Empire ottoman, toutes ces populations –turcophones inclus, puisque des Turcs et Turkmènes vivent en Syrie et en Irak- ont été séparées, chaque état voulant construire sa propre nation en niant, plus ou moins, selon la période, l'existence de minorités distinctes sur son territoire. Sans que cela soit jamais dit –mais ce constat à partir des documents officiels ne présage pas du réel débat développé dans les média, à l'Université ou dans ce qui est les prémisses d'une vraie société civile- deux faits sont indéniables.
Les caractéristiques sociales de la région du GAP sont l'objet de recherches et de débats universitaires et médiatiques depuis les années 1960. Plusieurs intellectuels (Ismail Besikçi, Haluk Gerger, Fikret Baskaya, Dogu Perinçek, Murat Seker, l'éditeur Zarakolu et son épouse), nombre de personnages politiques (Mehdi et Leyla Zana, par exemple) ont alimenté les polémiques sur la société locale, les comportements des autorités et la politique suivie par les gouvernements successifs, depuis Atatürk. Les thèse sur les Kurdes et le Kurdistan sont déjà nombreuses ; parmi les plus connues : Bozarslan, Van Bruinessen, Yalçin-Heckmann, Besikçi, Kieser, Bumke, Mac Dowell... Depuis quelques années, des sondages et des enquêtes sont menées sur les populations originaires de la région, et, si l'idée d'un Kurdistan est toujours aussi férocement combattue, l'existence d'une population kurde aux côtés d'autres minorités ethniques, linguistiques ou religieuses, n'est plus niée (bien que les auteurs de ces écrits prennent toujours un risque relatif face aux tribunaux). Pour résumer, ce sont les structures agraires, la surreprésentation des paysans sans terre, les migrations rurales de main-d'œuvre, la condition des femmes (avec la tradition du mariage arrangé, une sous-scolarisation des filles qui amène un taux d'analphabétisme bien supérieur au reste du pays, le mode patriarcal, l'appartenance tribale...) qui font de cette région une zone peu intégrée dans l'ensemble national. Ainsi 38 % des familles rurales ne possédaient pas de terre dans la région en 1994, chiffres montant jusqu'à 42 et 45 % respectivement à Urfa et Diyarbakir. Les conditions de vie sont bien plus dures dans les régions montagneuses de Bingöl, Siirt, Mus, Bitlis ou Hakkâri. Avec 14,5 % de la population turque, l'Anatolie orientale (GAP inclus) ne dispose que de 10,5 % des revenus nationaux. L'existence y est encore rendue plus difficile par le cycle de révoltes et répressions qu'à connu la montagne depuis 1806. Les dernières années du conflit entre l'Etat central et le PKK ont vu la destruction de 3428 agglomérations rurales, l'exode forcé de 378 000 personnes venues alimenter les quartiers périphériques des villes régionales comme Diyarbakir ou des métropoles de l'ouest (Ankara, Adana, Istanbul, Izmir), sinon l'émigration, surtout après le coup d'état de 1980. Plus de 30 000 personnes ont été tuées ou blessées. Dans ce contexte, les déplacements dus à l'ennoyage des lacs de retenue restent anecdotiques !
La crainte du chômage est impressionnante (Aksit & Akçay 1999). Les enquêtés mettent en avant ce facteur d'insécurité dans de nombreuses agglomérations : ils sont 71 % (Nizip), 67 % (Ergani), 56 % (Urfa), 51 % (Mardin, Siverek), 46 % (Diyarbakir), 45 % (Kiziltepe), 43 % (Gaziantep), 38 % (Besni), 35 % (Adiyaman) à craindre par dessus tout le chômage dans l'avenir. Or plusieurs villes sont des préfectures de 100 à 600 000 habitants, parfois jugées très dynamiques comme Gaziantep. La même enquête montre une grande crainte des effets combinés du chômage et du terrorisme : 45 % (Besni), 39 % (Adiyaman), 37 % (Diyarbakir), 28 % (Kiziltepe), 27 % (Mardin). Vu sous optique turque, aussi bien gouvernementale –en n'oubliant pas que, quelques soient les défauts effectifs de la démocratie turque, il y a bien alternance politique- que des oppositions politiques, kurde autonomiste / indépendantiste comprise, le projet n'a rien de pharaonique, contrairement à ce que disent les observateurs étrangers, ce serait plutôt une opération de réajustement et de rééquilibrage des investissements publics pour une région frontalière et peuplée de minorités ethniques jusqu'alors délaissée. Les critiques résident bien plus dans les carences dans la négociation avec les partenaires sociaux, la pusillanimité de l'Etat qui ne s'est jamais résolu à détruire par une vraie réforme agraire le pouvoir des grands propriétaires terriens, la collaboration entre services de l'Etat et tribalisme –d'aucuns parlent de féodalisme- kurde, l'absence de concertation avec la société civile toujours suspectée de trahir la République et le kémalisme (mouvements autonomistes et indépendantistes kurdes, minorités religieuses chrétiennes, islamistes, extrême gauche révolutionnaire).
Par contre, il est intéressant de constater que l'aspect géostratégique, systématiquement souligné à l'étranger, où il est assez fréquent d'évoquer une guerre de l'eau potentielle, sinon imminente, n'est pratiquement jamais cité en Turquie, quel que soit l'intervenant et ses opinions politiques personnelles. Conséquences géostratégiques
Le château d'eau anatolien commande une grande part des ressources en eau du Moyen-Orient. Malgré leur appartenance majoritaire à l'islam sunnite, les Turcs sont encore vécus comme les descendants des Ottomans qui ont occupé tout le monde arabe. Eux-mêmes tiennent à marquer la différence avec leurs voisins iraniens (qui pour leur part n'aiment pas plus être confondus avec les Arabes !) et arabes, dans leur attachement à l'Occident et leurs racines centrasiatiques. On pourrait presque dire du « Nord » face à un « Sud » avec on partage sa religion, mais pas les mêmes valeurs. La construction des Etats-nations d'inspiration occidentale a été ici, comme souvent, catastrophique. Les minorités locales l'ont parfois payé très cher, par centaines de milliers de victimes (Kurdes, Palestiniens et surtout en chiffre relatifs comme absolus, Arméniens). L'aménagement du Projet GAP est le principal investissement jamais tenté dans la région, avec des vocations et des objectifs multiples et ambitieux. Il convient de distinguer usage interne et éventuel usage externe, alors que les observateurs étrangers insistent sur l'usage externe, la dimension géostratégique, sans trop effleurer l'usage interne, la dimension de l'intégration de la très remuante minorité kurde et de la plus discrète et moins nombreuse minorité arabe turque. La fracture avec le sud arabe est linguistique, culturelle, politique, idéologique : elle est bien plus profonde que celle qui sépare Grecs et Turcs ou Bulgares et Turcs. Si l'anglais, l'allemand, le français sont enseignés dans les lycées turcs, le persan ou l'arabe n'y ont aucune place. L'arabe, langue du Coran, est enseigné comme une langue morte dans les cours coraniques et rien n'est fait pour encourager la découverte des voisins contemporains s'ils ne sont pas européens. L'image des Arabes, hormis dans les groupes islamistes –et encore, il n'est pas rare qu'on se demande pourquoi le Prophète a eu l'idée saugrenue de naître en Arabie !- est généralement détestable. L'alliance de fait de la Syrie et de l'Irak avec Moscou, alors que la Turquie, membre de l'OTAN, a souvent été proche de Tel Aviv, vient encore creuser le fossé.
Vue de l'étranger, la position turque n'est pas claire : elle oscille entre menaces à peine voilées –mais les militaires sont eux bien conscients de leurs limites et de leurs réelles capacités d'intervention en cas de conflit régional ou international- et propositions de faire bénéficier les voisins des ressources hydriques de l'Anatolie. Mais ces avis contradictoires semblent surtout destinés à l'usage interne : les menaces contre la Syrie visait le leader kurde du PKK et se sont concrétisées par sa fuite et son arrestation au Kenya. La position de défense de l'intégralité du territoire irakien joue avant tout contre les velléités d'une autonomie kurde en territoire turc et l'on joue la carte par intermittence d'un Türkmeneli irakien autour de Mossoul, sachant très bien qu'il est impossible de remettre en cause l'accord de 1921 et qu'il est impossible de heurter de front les Etats-Unis. Vue de Turquie, cette position est donc beaucoup moins belliqueuse et bien plus réaliste. L'irruption américano-britannique en Irak (en Afghanistan aussi, ne l'oublions pas) vient probablement geler le débat pour quelque temps. Entre deux crises financières, la Turquie va continuer à construire son projet d'envergure, être en mesure d'accaparer, si besoin est, la ressource hydrique à son profit, mais sans perdre de vue sa grande fragilité structurelle, celle d'une question kurde prête à exploser depuis plus de quatre-vingt ans. De plus la question kurde, par le biais des migrations internes comme internationales, ne se pose pas qu'en Anatolie orientale, elle est perceptible sur tout le territoire turc et dans tout le champ migratoire, tant les deux populations sont aujourd'hui imbriquées. Conclusion
Dans la région du Moyen-Orient, le Tigre et l'Euphrate ne sont pas les seuls cours d'eau partagés. Parmi les principaux bassins transfrontaliers, on peut citer l'Araxe (Turquie 25,3 %, Arménie, Azerbaïdjan, Iran ; un barrage frontalier existe sur l'Arpaçay, affluent du fleuve), le Coruh (Turquie 91 %, Géorgie), l'Asi Nehri ([Oronte], Turquie 15 %, Syrie, Liban), mais aussi le Litani ou le Jourdain.
Les tensions ont été parfois vives entre Syrie et Irak, entre Irak et Iran (c'était même l'une des raisons affichées de la guerre Iran-Irak), elles le sont relativement entre la Turquie et ses voisins du sud et très vives entre Israël, ses voisins libanais, syrien et jordanien, bien plus encore entre Israéliens et Palestiniens. Le tracé des frontières est évidemment complexe, mais pas plus qu'en Europe. Il est clair aussi que ces tracés coupent au travers de territoires ethniquement hétérogènes, où il est difficile, sinon impossible, de déterminer sur des bases historiquement justes et incontestables les droits des uns et des autres.
Sur le terrain, les populations frontalières sont très souvent apparentées et en tous cas, ont l'habitude de vivre et de commercer ensemble. Elles sont d'ailleurs souvent multilingues ; d'une part la frontière est récente, d'autre part, ce sont les mêmes populations de par et d'autre de la frontière. Les périodes d'ouverture des frontières, avec la mise en place de permis de commerce frontalier ont souvent été bénéfiques pour la population, mais à chaque fois, l'Etat a mis en avant la fraude fiscale, les trafics illicites, les infiltrations terroristes, pour refermer la frontière. Chaque Etat-nation est récent, fragile, peu sûr de lui et de ses citoyens et en quelque sorte paranoïaque !, persuadé que le(s) voisin(s) en veut à son intégrité territoriale. Le jeu des grandes puissances étrangères à la région, uniquement centré sur les ressources naturelles, pétrole en particulier, n'est pas de nature à arranger les choses. Si aide étrangère il y a, c'est plus dans le soutien quotidien aux initiatives d'une société civile qui commence à émerger en Turquie (associations, fondations, syndicats, écologistes, féministes, journalistes, universitaires...) que dans la proclamation de principes exogènes dont chacun sait au Moyen-Orient qu'ils sont battus en brèche par leurs promoteurs dès qu'il est question de pétrole ou de gaz. Ce même principe d'action est applicable aux sociétés palestinienne, libanaise, israélienne, irakienne, syrienne, iranienne, qui ont généralement en commun leur jeunesse et leurs caractéristiques démographiques. L'eau est ici bien plus précieuse qu'en Europe. La ressource est mal répartie géographiquement, mais pas si rare. Par contre, le déficit démocratique est bien plus important que le déficit hydrique ; il se traduit par des phénomènes fréquent de corruption, le déséquilibre des revenus, le maintien, sinon la remontée du tribalisme (kurde, arabe), la montée d'un fondamentalisme exacerbé en réaction à de multiples blocages sociaux vécus par une jeunesse de mieux en mieux formée et ouverte sur l'extérieur (Turquie, Israël, pays arabes, Iran), des migrations collectives forcées... Dans ce tableau, l'individu, la personne, compte peu : la dimension de l'appartenance collective reste prégnante. Le tableau général est plutôt déprimant pour qui connaît la région ou l'un des pays en question. Mais les ouvertures sont aussi nombreuses que les blocages. On peut parier que le partage des ressources hydriques pourrait se régler au Moyen-Orient comme sur les bords du Rhin, en s'asseyant pour discuter de questions techniques...
Indications bibliographiques
| |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Projet ou Chantier (cours d'eau) |
Surface irriguée (ha) |
Production énergie MW (GW/h) |
Localisation |
Etat actuel (2003) |
| A) Bassin du Haut Euphrate (Hors GAP) |
|
|
|
|
| Derme-Kapuluk |
-- |
4,5 (14) |
Malatya |
En service 1951 |
| Girlevik 1 |
-- |
3,1 (18) |
Erzincan |
En service 1954 |
| Girlevik 2 – Mercan |
-- |
11,6 (53) |
Erzincan |
En service 2001 |
| Kernek |
-- |
0,8 (2) |
Malatya |
En service 1965 |
| Gayt |
4 200 |
|
Bingöl |
En service 1991 |
| Ahiköy 1, 2 |
-- |
4,2 (17) |
Sivas |
En service 1999-2000 |
| Mursal (Hikmet) |
-- |
6,7 (32) |
Sivas (Divrigi) |
Projet retenu |
| Alpaslan 1 (Murat) |
-- |
160 (488) |
Mus (Malazgirt) |
Chantier |
| Alpaslan 2 (Murat) |
-- |
200 (718) |
Mus |
Plan-Projet |
| Adalar |
-- |
1,5 (5) |
Mus (Malazgirt |
Pré-étude |
| Gülbahar (Koçan) |
1 572 |
-- |
Elâzïg |
Chantier |
| Kigï (Peri) |
-- |
140 (450) |
Bingöl |
Chantier |
| Abdalan |
-- |
6 (21) |
Bingöl |
Pré-étude |
| Basköy |
-- |
24 (105) |
Bingöl |
Pré-étude |
| Uzunçayïr (Munzur) |
-- |
74 (317) |
Tunçeli |
Chantier |
| Konaktepe (Munzur) |
-- |
210 (694) |
Tunçeli |
Plan – Projet |
| Mercan-Ovacïk |
-- |
19,2 (78) |
Tunceli (Ovacïk |
En service 2002 |
| Akyakïk |
-- |
7 (22) |
Tunceli (Ovacïk |
Pré-étude |
| Bozkaya |
-- |
30 (109) |
Tunceli |
Pré-étude |
| Kaletepe |
-- |
60 (215) |
Tunceli |
Pré-étude |
| Pülümür |
-- |
30 (137) |
Tunceli (Pülümür) |
Pré-étude |
| Pülümür, régulateur |
-- |
26 (114) |
Tunceli (Pülümür) |
Pré-étude |
| Cipköy |
800 (1 100 selon DSI) |
-- |
Malatya |
En service 1965 |
| Tercan (Tuz, Tuzla) |
33 576 |
15 (51) |
Erzincan |
En service 1973 |
| Asagï Mahalle |
-- |
5,2 (29) |
Erzincan (Kemah) |
Pré-étude |
| Kemah |
-- |
135 (494) |
Erzincan (Kemah) |
Pré-étude |
| Sansa |
-- |
44 (302) |
Erzincan |
Pré-étude |
| Sarïkonak (A.Degirmen) |
-- |
11 (40) |
Erzincan (Iliç) |
Pré-étude |
| Keban |
-- |
1 360 (5 758) |
Elâzïg (Keban) |
En service 1976 |
| Keban Deresi |
-- |
5 (31) |
Elâzïg (Keban) |
Projet |
| Beyhanï |
-- |
300 (1435) |
Elâzïg (Palu) |
Pré-étude |
| Palu |
-- |
20 (84) |
Elâzïg (Palu) |
Pré-étude |
| Medik (Tohma çayï) |
9 692 (15 842 selon DSI) |
|
Malatya |
En service 1973 |
| Kalecik |
5 500 (1245 selon DSI) |
-- |
Elâzïg (Karakoçan) |
En service 1974 |
| Sürgü |
10 898 |
|
Malatya |
En service 1969 |
| Sultansuyu |
17 619 |
|
Malatya |
En service 1992 |
| Polat |
2 743 |
|
Malatya |
En service 1989 |
| Özlüce (Peri) |
-- |
170 (413) |
Bingöl |
En service 1999 |
| Pulur |
-- |
3,8 (13) |
Bingöl |
Pré-étude |
| Ilïca (Caldere) |
-- |
4,8 (17) |
Bingöl |
Pré-étude |
| Kaleköy |
-- |
293 (1293) |
Bingöl |
Pré-étude |
| Karatas |
-- |
40 (175) |
Bingöl |
Pré-étude |
| Kazan |
-- |
28 (97) |
Bingöl |
Pré-étude |
| Boztepe (Hirin) |
10 164 |
-- |
Malatya |
Chantier |
| Kapïlïkaya (Kirinahmet) |
3 662 |
-- |
Malatya |
Chantier |
| Yoncalï |
12 045 |
-- |
Malatya |
Chantier |
| Keklicek |
-- |
17 (42) |
Malatya (Yesilyurt) |
Projet |
| Yazïköy (Tohma) |
-- |
41,9 (129) |
Malatya (Darende) |
Pré-étude |
| Sarsap (Eskiköprü) |
-- |
15,2 (133) |
Malatya (Hekimhan) |
Pré-étude |
| Yazïhan 1 (Eskiköprü) |
-- |
9,4 (53) |
Malatya (Hekimhan) |
Pré-étude |
| Yazïhan 2 |
-- |
7,2 (40) |
Malatya (Hekimhan) |
Pré-étude |
| Denizbag |
-- |
25,5 (143) |
Malatya (Hekimhan) |
Pré-étude |
| Catalbahçe |
-- |
58 (157) |
Malatya (Akçadag) |
Pré-étude |
| Elkit (Karakaya) |
-- |
29,4 (117) |
Malatya (Akçadag) |
Pré-étude |
| Kaynarca (Ayvalïtohma) |
-- |
35,7 (128) |
Malatya (Darende) |
Pré-étude |
| Kesikköprü |
-- |
62 (355) |
Malatya (Hekimhan) |
Pré-étude |
| Kuzgun (Basçayï) |
22 276 |
23 (36) |
Erzurum |
En service 1999 |
| Kaletepe |
|
9,3 (18) |
Erzurum |
Pré-étude |
| Gökçesih |
-- |
34 (118) |
Erzurulm (Cat) |
Pré-étude |
| Eriç |
-- |
170 (703) |
Erzincan (Kemah) |
Pré-étude |
| Fïndïklï |
-- |
30 (87) |
Erzincan |
Pré-étude |
| Hacïlar (Gökpïnar) |
-- |
13,3 (88) |
Malatya-Darende) |
Chantier |
| Pembelik |
-- |
108 (377) |
Elâzïg |
Projet |
| Seytantepe |
-- |
34 (183) |
Elâzïg (Karakoçan) |
Projet |
| Tatar (Gedik) |
-- |
100 (366) |
Elâzïg (Karakoçan) |
Pré-étude |
| Yukarï Mercan |
-- |
14 (20) |
Erzincan |
Projet |
| Bagïstas 1 |
-- |
122 (431) |
Erzincan (Iliç) |
Pré-étude |
| Bagïstas 2 |
-- |
60 (200) |
Erzincan (Iliç) |
Pré-étude |
| B) Bassin du Moyen-Euphrate (GAP ouest) |
|
|
|
|
| Karakaya |
-- |
1 800 (6 859) |
Diyarbakïr – Urfa |
En service 1987 |
| Atatürk |
-- |
2 400 (8705 à 5300) |
Adïyaman (Bozova) |
En service 1992 |
| Tunnels d'Urfa |
470 135 |
50 (124) |
Sanlï Urfa |
Chantier, en service partiel, 1992 |
| Plaine Harran-Urfa
|
141 535 15 000 |
-- |
Sanlï Urfa |
Chantier En service |
| Mardin-Ceylanpïnar
|
230 130 94 929 118 264 |
-- |
Mardin frontière |
Chantier En service partiel (27 000 ha) |
| Pompage Siverek – Hilvan
|
188 778 |
-- |
Sanlï Urfa |
Projet |
| Hacïhïdïr |
2 080 |
|
|
En service 1989 |
| Pompage Bozova |
69 702 |
-- |
Sanlï Urfa |
Projet |
| Birecik |
-- |
672 (2518) |
Gaziantep frontière |
En service 2000 |
| Kargamïs |
-- |
189 (652,5) |
Gaziantep frontière |
En service 1999 |
| Suruç-Bazikî (Yaylak)
|
146 500
7 000 |
107 |
Sanlï Urfa frontière |
Projet
En service |
| Adïyaman-Kâhta
- Fatopasa |
77 409 6 888 6 532 21 605 12 322
|
509
39,8 (120) 30,4 (84) 28,4 (87) 75,4 (171) 22,2 (47) |
Adïyaman
Adïyaman (Celikhan) |
Plan – projet En service 1998 Pré-étude |
| Göksu-Araban
|
71 598 1 680 22 091 |
7,3 (43) |
Adïyaman-Gaziantep |
Plan – projet Chantier En service 1997 |
| Gaziantep
|
81 670 6 945 2 896 (13 680 selon DSI) 3 088 (14 000 selon DSI) 4 730 11 925 |
|
Gaziantep |
Plan – projet En service 1988 En chantier En projet En projet En chantier En chantier |
C) Bassin du Haut Tigre (Hors GAP) |
|
|
|
|
| Kor (Yanarsu) |
-- |
33 (187) |
Bitlis (Mutki) |
Pré-étude |
| Aysehatun (Yanarsu) |
-- |
60 (298) |
Bitlis (Mutki) |
Projet |
| Hazar 1, 2 |
-- |
32,12 (192) |
Elâzïg |
En service 1957, 1967 |
| Dilimli (Büyükçay) |
9 142 |
|
Hakkâri |
Chantier |
| Alkumru |
-- |
222 (805) |
Siirt |
Projet |
| Baykan |
-- |
55 (284) |
Siirt (Baykan) |
Pré-étude |
| Baykan 2 |
-- |
35 (164) |
Siirt (Baykan) |
Pré-étude |
| Eruh |
-- |
38 (134) |
Siirt (Eruh) |
Pré-étude |
| Cetin |
-- |
350 (1237) |
Siirt (Pervari) |
Pré-étude |
| Keskin |
-- |
164 (740) |
Siirt (Pervari) |
Pré-étude |
| Narlï |
-- |
36 (168) |
Siirt (Pervari) |
Pré-étude |
| Oran |
|
40 (189) |
Siirt (Pervari) |
Pré-étude |
| Pervari |
-- |
192 (635) |
Siirt (Pervari) |
Pré-étude |
| Sirvan |
-- |
28 (98) |
Siirt (Sirvan) |
Pré-étude |
| Tarihler |
-- |
20 (85) |
Siirt (Sirvan) |
Pré-étude |
| Bahçesaray-Begendik |
-- |
45 (175) |
Van (Catak) |
Projet |
| Güzeldere |
-- |
31 (161) |
Bitlis |
|
| Pirahmet |
-- |
10 (55) |
Bitlis |
Pré-étude |
| D) Bassin du Moyen Tigre (GAP est) |
|
|
|
|
| Devegeçidi |
7 500 (10 500 selon DSI) |
-- |
Diyarbakïr |
En service 1972 |
| Gözegöl |
734 |
-- |
Diyarbakïr |
En service 1964 |
| Kïralkïzï |
-- |
90 (146) |
Diyarbakïr |
En service 1997 |
| Dicle |
-- |
110 (238) |
Diyarbakïr |
En service 1997 |
| Pompages Dicle |
52 033 + 74 047 |
-- |
Diyarbakïr |
En chantier |
| Cïnar-Göksu |
3 582 |
-- |
Diyarbakïr |
En service 1991 |
| Dipni (Dipni çayï) |
-- |
81 (265) |
Diyarbakïr |
Pré-étude |
| Batman |
-- |
198 (483) |
Batman |
En service 1998 |
| Pompages Batman
|
18 757 18 986 9412 |
-- |
Batman |
En service partiel 1992 |
| Silvan
|
213 000 8 790 |
150 (623) 90 (341) |
Diyarbakïr (Kulp-Lice) |
Schéma directeur Irrig. en service partiel |
| Garzan
|
60 000 3 700 |
90 (292) |
Bitlis – Siirt |
Plan- projet En service |
| Ilïsu |
-- |
1 200 (3 106) |
Mardin – Siirt |
Plan détaillé achevé |
| Cizre |
-- |
240 (915) |
Mardin (Cizre) |
Plan détaillé achevé |
| Périmètre Silopi
|
32 000 -- -- 2 740 |
40 + 17,7 (111) 48 (172) -- |
Mardin frontière Irak |
Etude faisabilité
En service |
| Cagçag 3 |
-- |
14,4 (42) |
Mardin (Nusaybin) |
En service 1968 |
| Cagçag 1, 2 |
-- |
3,7 (33) |
Mardin (Nusaybin) |
En projet |
| Pompages Cizre
|
89 000 7 500 |
-- -- |
Mardin |
Etude faisabilité En service |
| Bitlis |
-- |
60 (228) |
Bitlis |
Pré-étude |
| Dicle-Kavaközü |
-- |
58 (105) |
Sïrnak |
Pré-étude |
| Kïzïlsu |
-- |
12,4 (43) |
Sïrnak (Cizre) |
Pré-étude |
| Zarova 1 |
-- |
5,8 (15) |
Sïrnak |
Pré-étude |
| Zarova 2 |
-- |
94 (230) |
Sïrnak |
Pré-étude |
| E) Travaux annexes |
|
|
|
|
| Derik-Dumluca |
1860 (2 400 selon DSI) |
-- |
Mardin |
En service 1991 |
| Dilaver (Cïnar) |
3 575 |
|
Mardin |
Plan-projet |
| Ergani (Dicle) |
1 861 |
-- |
Diyarbakïr |
Plan-projet |
| Aktepe |
-- |
16,5 (77) |
Adïyaman (Tut) |
Pré-étude |
| Artabe |
261 |
-- |
Mardin |
En service 1979 |
| Bagïslï |
-- |
23,6 (110) |
Hakkâri |
Projet |
| Balïklï |
370 |
-- |
Kilis |
En service 1997 |
| Baskale |
-- |
5,7 (19) |
Hakkâri |
Pré-étude |
| Besnî |
-- |
0,3 |
Adiyaman |
En service |
| Botan |
-- |
1,6 (7) |
Siirt |
En service |
| Ceffan |
1 175 |
-- |
Batman |
En service 1995 |
| Cemisgezek |
-- |
0,1 (1) |
Tunceli |
En service |
| Cukurca |
-- |
245 (796) |
Hakkâri (Cukurca) |
Pré-étude |
| Dilektasï |
-- |
125 (328) |
Hakkâri |
Pré-étude |
| Dirsekli |
183 |
-- |
Sïrnak |
En service 1967 |
| Doganlï |
-- |
461,6 (1327) |
Hakkâri |
Pré-étude |
| Dogubeyazït |
-- |
4,5 (30) |
Agrï |
Pré-étude |
| Esenyamaç |
-- |
9 (25) |
Hakkâri |
Pré-étude |
| Geçitli |
-- |
8 (49) |
Hakkâri |
Pré-étude |
| Gözebasï |
100 |
-- |
Adïyaman |
En service 1991 |
| Hakkâri |
-- |
208 (625) |
Hakkâri |
Projet |
| Halilan |
670 |
-- |
Diyarbakïr |
En service 1979 |
| Hasancïk |
95 |
-- |
Adïyaman |
En service 1993 |
| Incesu |
188 |
-- |
Adïyaman |
En service 1994 |
| Isïktepe |
313 |
-- |
Elâzïg |
En service 1996 |
| Karahöyük |
304 |
-- |
Adïyaman |
En service 1997 |
| Karasu |
-- |
22 (57) |
Hakkâri |
Pré-étude |
| Kïnïk |
183 |
-- |
Adïyaman |
En service 1989 |
| Kïrkat |
348 |
-- |
Batman |
En service 1985 |
| Malazgirt |
-- |
1,2 (3) |
Mus |
En service |
| Otluca |
-- |
1,3 (3) |
Hakkarî |
En service |
Palandöken Gedikçay |
405 |
-- |
Erzurum |
En service 1997 |
Palandöken Lezgi |
11 678 |
-- |
Erzurum |
En service 2001 |
| Serifbaba |
130 |
-- |
Mardin |
En service 1973 |
| Tadïm |
100 |
-- |
Elâzïg |
En service 1993 |
| Uludere |
-- |
0,7 (1) |
Sïrnak |
En service |
| Varto |
-- |
0,3 (1) |
Mus |
En service |
| Zülfikar |
77 |
-- |
Gaziantep |
En service 1990 |
Commentaires : après la première difficulté qui consiste à déterminer la correspondance entre anciennes dénominations des années 1970 (souvent kurdes) et nouvelles (toujours turques) des toponymes et hydronymes,ce tableau essaie de rassembler la totalité des travaux effectués et prévus. Hors projet GAP proprement dit, sont mentionnés les barrages construits avant la définition du programme, en amont de Keban, mais aussi des barrages non mentionnés car non intégrés dans le programme. Ils sont (ou seront) construits sur les affluents turcs des deux fleuves, sur les bassins supérieurs (Murat Nehri, Karasu, Peri Suyu, Munzur, Yanarsu, Kayser...) ou des affluents plus lointains comme les torrents de Hakkâri qui se jettent dans le Habur et le Grand Zap, à leur tour affluents du Tigre en territoire irakien.
Le programme GAP est évolutif. Des projets sont rajoutés en cours d'élaboration, d'autres sont retranchés ou modifiés en fonction de données techniques ou politiques, voire écologiques. Ceci explique souvent les apparentes contradictions entre les valeurs données par les administrations (GAP et DSI), mais aussi les variations à l'intérieur des tableaux fournis par l'établissement public GAP. Ainsi le barrage de Dibni, noté sur certains documents GAP, dont la NASA américaine propose une photo satellitaire, correspondant à un tracé présent sur la carte IGN de la Turquie, n'apparaît nulle part ! Confusion avec le barrage et le lac de Dicle ? La pression de l'opinion publique monte, aussi bien parmi la population autochtone kurde qui proteste contre l'ennoyage des vallées les plus fertiles, le déplacement forcé des populations ou le manque d'intégration des différents aspects de l'aménagement du territoire que parmi la société civile turque des métropoles, peut-être plus sensible dans un premier temps aux aspects écologiques et patrimoniaux (sites naturels, faune et flore rares, sites historiques). Cette société civile en cours d'émergence n'est pas insensible aux questions relatives aux Droits de l'Homme, à la démocratisation, aux droits culturels des minorités. Ainsi les Chambres de Commerce et d'Industrie, a priori grandes bénéficiaires avecla fourniture d'énergie et la création d'opportunités économiques, sont souvent très critiques pour des raisons extrêmement variées. Médecins, coopératives agricoles, professionnels du tourisme... , chacun dans son domaine, sont eux aussi critiques. Si ceci n'apparaît pas dans la documentation officielle, les média et Internet sont de bons témoins d'un réel débat. La récente étude publiée par l'IFEA d'Istanbul (Bischoff et Pérouse 2003) en est un fidèle témoin.
1 Au Xinjiang, le Tarim est véritablement endoréïque, aucun écoulement vers une mer n'est possible. Syr-Darya et Amu-Darya ont beaucoup souffert des aménagements soviétiques et de la monoculture irriguée du coton ; certaines années, ils ne peuvent plus atteindre la mer d'Aral dont le niveau a beaucoup baissé. Le Nil ou les fleuves mésopotamiens sont plus puissants, toutefois les ponctions anthropiques commencent à faire sentir leurs effets sur les deltas : la côte recule devant la mer en Egypte tandis que les équilibres écologiques sont fortement perturbés dans le Chatt el Arab.
2 TEM : Trans European Motorway, système d'autoroutes reliant les ports polonais de la Baltique à la Turquie, via les réseaux des pays d'Europe centrale et orientale, environ 11 000 km.
3 La yayla, estive, alpage, écrin de verdure en montagne dans un environnement steppique ou urbain, est une institution aussi bien pour les Turcs que pour les Kurdes. C'est aussi un retour aux sources du nomadisme ancestral (ou imaginé comme tel).
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