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LES CONFRÉRIES RELIGIEUSES EN MAURITANIE DU SPIRITUEL AU TEMPOREL Mohamed Yehdih Ould TOLBA Professeur |
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Schématiquement, on pourrait dire que lislam sest propagé en plusieurs étapes dans ce qui nétait pas encore, loin sen faut, « lensemble mauritanien ». Une phase initiale davant le 11ème siècle, où lintroduction de la nouvelle foi fut luvre de « missionnaires » isolés et des commerçants des réseaux caravaniers transsahariens. La prédication armée des Almoravides, au milieu du 11ème siècle, donne à lexpansion de lislam une forme plus systématique et en assure définitivement la domination dans ce qui est aujourdhui la Mauritanie. La diffusion des mouvements confrériques, dès le début du 18ème siècle « correspond à lenracinement populaire de lislam et au développement dun encadrement pédagogique, économique et politique de proximité qui va instaurer un réseau de plus en plus dense dallégeance, dhégémonie et déchange entre maîtres et disciples, espaces locaux et régionaux, tribus, ethnies et états » (Ould Cheikh, 2001). Lactuelle propagation spectaculaire du néo-fondamentalisme dorigine essentiellement wahhabite et donc moyen-orientale, soutenue à coups de millions de dollars par des ONG caritatives et des institutions de bienfaisance, toutes hostiles au soufisme sous toutes ses formes, nébranle point le mouvement confrérique en Mauritanie où les tourouq (sing. tariqa ou voie) continuent à représenter lessentiel de « lentrepreunariat religieux ». Sous sa forme organisée de confréries, le soufisme entretient avec la politique des relations fort ambiguës. La séparation entre léglise et létat en Occident et dans dautres parties du monde est encore une utopie dans le monde arabo-musulman auquel appartient la Mauritanie. Aborder simplement cette question y est tabou, voire hérésie tant la temporalité de lislam est une idée forte dans cette partie de lhumanité. Comme le « but de chaque philosophie est de mettre fin à la philosophie », lislam, dernière religion monothéiste révélée, se veut, dans les dogmes et les pratiques, spiritualité, mode de pensée et de vie, système de valeur et de référence, pouvoir dadministration et de gestion transposable et non adaptable. Les mouvements confrériques soufis, « cur de lislam et sa voie ésotérique », ont à la fois vocation à « instaurer une autonomie reposant sur lunique autorité de leurs dirigeants, à créer une communauté autogérée allant parfois jusquà la mise sur pied dune véritable structure étatique, mais ils se conçoivent et se présentent comme une antithèse de toutes les entreprises temporelles affirmant avoir pour vocation essentielle, sinon unique, le salut futur de leurs adhérents par le dévouement au cheikh (chef) » (Ould Cheikh, 2001). Historiquement pourtant, les conduites politiques des chefs nont pas toujours été irréprochables ; leur investissement dans le monde la plus souvent emporté sur la contemplation et la retraite spirituelle. Ayant pris leur essor dans des entités extra-étatiques, dans des espaces et des périodes de désordre et dinsoumission où elles avaient elles-mêmes vocation à pacifier et unir, les confréries ne pouvaient échapper aux poids des réalités sociologiques environnantes, en particulier à lhégémonie croissante de la France, à partir de 1850, en Afrique de lOuest. La pénétration française introduit avec elle de nouvelles logiques frontalières dans les espaces morcelés où les aristocraties guerrières et maraboutiques contrôlaient dans une demi-anarchie des poches territoriales aux contours incertains. Petit à petit, lajustement des structures feuilletées et mobiles des espaces se fera dans le sens dune bureaucratie centralisatrice qui servira de référence à la formation de la République Islamique de Mauritanie en 1960. Spiritualité confrériqueComme la remarqué Louis Massignon, le Coran est pour les musulmans « Le premier livre de lecture, le manuel de leçons, lunique psalmodie liturgique, la règle de prière, le code de droit canon, enfin le livre de méditation, celui qui a lentement formé leurs mentalités ». Daprès Jalal Eddine Roumi « Le livre de Dieu repose sur quatre bases : lexpression, lallusion, les plaisanteries, les vérités. Lexpression est pour le peuple, lallusion pour les gens distingués, les plaisanteries pour les saints, les vérités pour les prophètes ». Pour Cheikh Al-Alaoui « La foi est nécessaire pour les religions, mais elle cesse de lêtre pour ceux qui vont plus loin et parviennent à se réaliser en Dieu. Alors, on ne croit plus, on voit. Il nest plus besoin de croire quand on voit la réalité ». La religion de la lettre
nous enseigne des vérités superficielles pouvant être
sources de malheurs et de drames alors que la véritable spiritualité
dans le soufisme est une quête permanente pour redécouvrir
la réalité du message afin de savourer, dans le partage,
les délices de la vie et lintarissable flux divin. « Les
différents courants spirituels saccordent pour dire que
si tous les hommes meurent un jour, peu dentre eux sont réellement
vivants au sens spirituel » (Cheikh Bentounès, 1998).
Il faut donc élever notre conscience universelle si nous voulons
sauvegarder lhumanité en nous, mettre en lumière
la dimension réelle de lêtre humain. Cest
à cette recherche quinvite initialement le tasawwuf
(soufisme). « La lecture par excellence pour y parvenir
est le Coran qui, à la différence de toute autre forme
de littérature ou de dialectique étant uvre divine,
se situe au-delà du temps et de lespace »
(Cheikh Bentounès). Dans notre monde qui est rayonnement infini,
le principe fécondant est Dieu. Nour (Lumière),
93ème dans la hiérarchie des noms divins,
24 fois cité dans le Coran daprès Bentounès
est le symbole de la quête confrérique. Cest cela
« La Voie », litinéraire que beaucoup
peuvent emprunter, mais que peu mèneront jusquau bout,
jusquà se réaliser dans « La Lumière ».
« Dieu est la lumière des cieux et de la terre ! La lumière est comparable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un verre ; le verre est semblable à une étoile brillante. Cette lampe est allumée à un arbre béni : lolivier qui ne provient ni de lOrient ni de lOccident et dont lhuile est près déclairer sans que le feu ne la touche. Lumière sur lumière ! Dieu propose aux hommes des paraboles. Dieu connaît toute chose » (Sourate 24, verset 35. Traduction D. Masson, 1967, cité par Bentounès, 1998). Chez lhomme, cette lumière est celle de la raison et de lintelligence. La source de la lumière est le divin. Elle permet daller du doute vers lévidence car « celui qui voit na plus besoin de croire ». Il faut donc atteindre la lumière et les confréries sy emploient cherchant le sens caché des mots, le Baten, le Dahîr, perceptible par tous. Cette recherche peut se traduire par des comportements répréhensibles quant à leur apparence extérieure que seuls peuvent comprendre ceux qui en cherchent le sens interne Baten). Le débat entre liberté et loi aboutit à des interprétations des textes coraniques permettant lélaboration dune gnose spirituelle propre au milieu soufi. Les thèmes soufi finissent par faire partie de la culture aussi bien chez les lettrés que parmi le peuple et un compagnonnage des gens de la tariqa sinstaure dans les zawiya1. Les voies alors se disputent linfluence sur la vie intellectuelle et spirituelle comme sur la vie sociale, politique et économique dans lespace confrérique. Comment dès lors lobservateur peut-il discriminer la vraie mystique de la fausse, le spirituel authentique du simulateur, le saint du charlatan ? « Jusquà Mohamed2, la prophétie était transmise et assurée par quelques hommes choisis pour guider lhumanité. Après lui commence une autre ère spirituelle, un nouveau cycle, celui de la sainteté par laquelle lhomme peut accéder seul au Divin » (Bentounès, op. cit.). Le saint soufi, homme éclairé, homme réalisé, homme juste, est lhéritier de la Risala (message). Ce saint, ce cheikh se référant désormais au dine el fîtra (religion primordiale et primitive), et non uniquement à la charia (loi), qui gère le cycle de cette évolution spirituelle va reproduire le modèle prophétique. Ainsi les mouvements confrériques peuvent-ils « apparaître comme des clones de la religion mère » (Ould Cheikh, op. cit.). Espaces confrériquesDans limmensité saharo-sahélienne que constitue la Mauritanie, parmi une poussière de tribus dorigine et dobédience diverses, irréductibles à toute classification, se sont diffusées les confréries à partir du 16ème siècle pour certains auteurs, plus sûrement à partir du début du 18ème siècle. Vaste territoire de part et dautre duquel des régions fortement islamisées se font contrepoids, laissant entre elles comme une solution de continuité, refuge de tribus de toute qualité et dethnies noires (nous dirons aujourdhui nationalités négro-africaines ou négro-mauritaniennes bien que se prolongeant au Sénégal et au Mali). A la tête de cette société fortement hiérarchisée se trouvent les arabes ou hassan (guerriers) et les zwaya ou tolba (marabouts). Les groupes les plus forts ou les plus prestigieux vivent et senrichissent du travail de leurs subordonnés, de loin les plus nombreux, kyrielle de vassaux : znaga (commerçants, cultivateurs, bergers, artisans), harratin (esclaves affranchis), abîd (esclaves) et igâoun (griots). « Cela ressemble à la société féodale des 11ème et 12ème siècles des pays dOccident, où guerriers (chevaliers), clercs (gens déglise, lettrés) étaient entretenus par les redevances payées par les paysans et les marchands » (Désiré-Vuillemin, 1997). Alliance de « Létrier, la houe et le livre » comme le perçoit F. de Chassey (1977). Dans cette société, le pouvoir est aux mains des Maures, beidanes (blancs) ainsi quils se désignent pour se distinguer des Noirs même sils sont fortement métissés car « Lenfant a la noblesse du père » (proverbe maure). Les tribus zwaya sont en principe sous la domination des hassan, même si les rapports sont parfois ambigus quand le marabout inquiète le guerrier par sa science et sa familiarité avec les forces invisibles. Par lun de ces paradoxes auquel se plaît lhistoire, ce sont les Berbères qui dans ce pays sont devenus les grands pontifes de lislam. Un monde vivant dans un état permanent de fermentation. Des alliances se nouent et se dénouent ; le plus fort absorbe et incorpore le plus faible, de sorte quil nest pas rare de voir se constituer dimportantes, bien quéphémères confédérations. Dans ce simple ramassis de tribus du point de vue politique, une cohésion religieuse est-elle envisageable ? Malgré la versatilité des alliances qui ne plaident pas a priori en faveur de la stabilité du système et une forte dose de mauvais vouloir aggravé par lanimosité que provoquent dans le désert les rivalités autour d'un pâturage, dun terrain de parcours, d'un point deau, dune zone de culture, les zwaya se sont organisés en état théocratique de lislam. Le rassemblement enthousiaste des tribus autour dun homme qui les subjugue par sa parole et son charisme a surpris avant dinquiéter leurs adversaires hassan. Ainsi, les avatars de lévolution de la société ont pu, par la suite, remettre en cause le rôle des guerriers alors que celui des marabouts demeure. Dans le partage entre force matérielle et puissance spirituelle, ce sont eux qui détiennent désormais la meilleure part. Ladministration coloniale française, comme le pouvoir mauritanien actuel, ne sy sont pas trompés. Le pacte passé avec les mouvements confrériques est, à cet égard, significatif. Les confréries religieuses : origines et itinérairesPrincipaux agents de propagation et dappropriation populaire de lislam, les confréries ont particulièrement prospéré dans les espaces politiques intersticiels où aucune structure étatique fermement établie nexistait. Leur hostilité initiale à légard de toute action en faveur dune centralisation politique sest nuancée au contact de ladministration coloniale dabord et des régimes politiques mauritaniens ensuite. Trois confréries principales se partagent lespace :
Les deux premières ont une prédominance par leur implantation, leur influence et le nombre de leurs disciples. Elles ont en partie de ce fait connu des segmentations et querelles intérieures qui ont épargné la troisième. Cette dernière est d'ailleurs le résultat d'un schisme de la Tijaniya. LA QADIRIYA Elle napparaît quaprès la mort de son ancêtre éponyme Abdel Qader El Jeïlani (1077-1166). Elle se développe dabord en Espagne musulmane puis en Afrique du Nord après la prise de Grenade en 1492. Son expansion en Mauritanie précède dune génération au moins celle de la Tijaniya. Elle est dabord luvre de Cheikh Sid El Mokhtar El Kounti (1729-1811). Il sera relayé par son fils Cheikh Sidi Mohamed, grand-maître de la Qadiriya saharienne, désigné comme son successeur en 1809 et surtout par Cheikh Sidiya El Kebir (1780-1869) avec lequel elle prend le nom du premier cheikh kounta détenteur de la voie : Cheikh Sid Ahmed El Bekkaye (mort en 1515). Parallèlement à la silsila (chaîne spirituelle) de la Qadiriya bekkaya, une autre, la Qadiriya fadhiliya voit le jour sous limpulsion de Cheikh Mohamed Fadhel (1780-1870). 1/ Qadiriya bekkaya
A la fin du 18ème siècle, Cheikh Sid El Mokhtar El Kounti, par son intelligence, son charisme et ses dons exceptionnels, jette un éclat sans précédent sur la voie qadiriya qui devient ainsi celle qui regroupe le plus daffiliés dans la partie occidentale du Sahara. Son rayonnement et son prestige rejaillissent sur lensemble de la tribu kounta et la valorisent. Après des études pénibles parmi les Touaregs de lAzawad, il complète sa formation chez Cheikh Sidi Ali qui linitie au soufisme et lui transmet le werd3 qadiri, lautorisant à le « conférer à ceux quils en jugent dignes ». Bientôt, il succède à celui-ci comme cheikh de la confrérie. Dans ce rôle de chefferie spirituelle et temporelle de la voie, il déploie des talents exceptionnels dans une action religieuse, économique et politique des plus importantes. Enseignant, mais également entrepreneur de transports commerciaux, il accompagne les caravanes sillonnant la Mauritanie et une partie de lancien Soudan. Il propage ainsi la voie auprès des Kounta du Tiris, de lAdrar, du Tagant et des deux Hodh. Son fils Cheikh Sidi Mohamed lui succède. A la mort de ce dernier (1825), la direction de la confrérie revient sans contestation à celui qui a été le disciple le plus remarquable de son père et le sien : Cheikh Sidiya El Kebir qui reprend le flambeau de la tariqa et le fait briller dans le sud-ouest saharien. Avec lui, la Qadiriya bekkaya déplace son centre de gravité de lest vers louest à Boutilimit dans le Trarza au nord de la vallée du fleuve Sénégal. Investi du titre de moqadem4 et de cheikh de la confrérie pour louest saharien après avoir couronné ses études par linitiation soufiste quinze années durant, Cheilh Sidiya El Kebir revient dans sa tribu, les Oulad Ebyeri quil ne quittera plus jusquà sa mort. Parmi les siens, il mène une existence de parfait chef de confrérie, dirige sa zawaya, enseignant à des disciples de haut niveau venus des régions de louest saharien , mais aussi de lAssaba, du Tagant, du Sénégal et du Niger et propageant la voie Qadiriya bekkaya ; il accumule une immense fortune ; ses disciples et ceux qui le révèrent, ceux qui voient en lui le porteur de la bénédiction divine lui offrent des cadeaux de valeur. Cette richesse, « véritable don du ciel », nest pas considérée comme un bien personnel dont le cheikh dispose à son profit. « Cest en réalité un dépôt quil redistribue autour de lui, enrichi de sa bénédiction (par simple contact), en bienfaits et en aumônes (enseignement gratuit, entretien des démunis, paiement damendes à la place des insolvables de la tribu) » (Désiré-Vuillemin, 1997). Situation comparable à ce qui se passait au Moyen Age en Occident où les dons des fidèles aux églises et aux ordres religieux étaient distribués dans le service social de lenseignement et de lassistance aux plus démunis. Sa piété, sa science, son équité et sa générosité lui valent son surnom dEl Kebir (le grand). A toutes ses vertus, il allie la modestie : jamais il ne fait allusion à son don de miracle. Il fait émerger sa tribu et sa confrérie grâce à son prestige et son ascendant et simpose par sa réputation et son pouvoir miraculeux. Son influence morale et politique due au nombre de ses disciples, affiliés et fidèles, en sus de sa richesse considérable, traverse la frontière mauritanienne. Il joue un rôle important dans le réveil islamique de grande ampleur, à la fois doctrinaire et guerrier, qui se développe pendant les trois premiers quarts du 19ème siècle en Afrique soudanaise et qui est suscitée par trois marabouts noirs : Ousman Dan Fodié, Cheikh Amadou (tous deux qadiri) et El Hadj Omar (tijani). Cheikh Sidiya El Kebir na quun seul fils qui meurt un an après lui. Son petit-fils, Cheikh Sidiya Baba, né en 1862, héritier de la baraka paternelle prend la succession. Homme aimable, distingué, dune piété profonde mais sans fanatisme, il admet que les adeptes des autres religions révélées peuvent être vertueux. Il formule une pensée audacieuse voire révolutionnaire dans le contexte politique et social de son temps : il déplore et condamne les abus de certains usages comme les quêtes excessives de plusieurs marabouts peu scrupuleux qui nhésitent pas à dépouiller un village de toutes ses réserves sous couleur doffrandes religieuses en échange de la protection dune bénédiction ou qui font commerce des talismans. Sans parler des faux marabouts contre lesquels il demande des sanctions. Il ne voit lamélioration que dans une prise de conscience plus approfondie de lislam qui se traduirait par une pratique plus orthodoxe : passer de la religion apparente, des paroles et des gestes à celle moins visible de lesprit et du cur. Il admet une réalité historique que beaucoup renient : les tribus maraboutiques sont dorigine sanhaja cest à dire berbère et le sort des armes les a placées sous la domination des guerriers arabes. Il dit vouloir ouvrir des horizons à ses disciples et leur donner une méthode de travail plutôt que de leur apprendre quelque chose. Son ralliement à la cause française a suscité des appréciations contradictoires. Du côté français, on sest félicité de la clairvoyance, de la fidélité, du dévouement du grand cheikh qui ne se sont jamais démentis même au plus critique des moments (la mort de Coppolani). La Qadiriya bekkaya est
aujourdhui bien ancrée dans les Hodh, au Tagant et au
Trarza, mais sa branche la plus active reste au Sénégal
(Mourides de Touba). 2/ Qadiriya fadhiliya Son ancêtre éponyme Cheikh Mohamed Fadhel, comme Cheikh Sidiya, a illustré sa famille jusquà lui profondément inconnue. A sa mort, son nom est vénéré par les musulmans « de lAtlantique au méridien de Tombouctou et du Sud marocain aux rivières de Guinée. Si tous ne suivent pas sa voie, tous, Maures et Noirs honorent sa mémoire » (Marty, 1916). Cheikh Mohamed Fadhel, à la différence des Sidiya, revendique hautement une origine chérifienne. Après sa formation religieuse, il succède à son père à la tête de la famille et de sa zawiya itinérante. Cest auprès de ses disciples que commence sa fortune : les prodiges accomplis sont preuve de sa baraka. Il apporte des modifications formelles qui donnent une particularité et un cachet personnel à la Qadiriya : au lieu de réciter à voie basse la litanie spéciale du dikr5 et del werd qadiri, ses disciples les scandent à voie haute ; et à voie plus haute encore les invocations qui suivent. Dans la journée, ils répètent avec force le nom dAllah en poussant de grands soupirs. Enfin, les pâmoisons, les convulsions et autres crises de mysticisme sont encouragées comme approche de communion avec Dieu. Les Kounta, héritiers de la Qadiriya et garants de son orthodoxie, jugent suspectes ces attitudes. Mais ces démonstrations bruyantes de piété séduisent bon nombre de Sahariens et surtout de Noirs. Cheikh Mohamed Fadhel sest acquis, par ses travaux, une réputation de théologien et juriste éminent au point que le Cheikh Senoussi cite à plusieurs reprises ses ouvrages. Il déclare quau cours dune apparition le Prophète la autorisé à conférer toutes les initiations à toutes les voies : Qadiriya, Tijaniya, Chadiliya, Naceriya alors que jusque là les diverses voies, avec leur chaîne mystique particulière (dikr et werd) étaient strictement séparées. Cette brèche ouverte, il pousse encore plus loin en déclarant que les mêmes fidèles peuvent saffilier à plusieurs voies à la fois. Cela séduit beaucoup dâmes inquiètes car adhérer à une voie est prendre une assurance pour le salut. Cela fait surtout la fortune du cheikh et élargit son influence qui reste aujourdhui forte en Mauritanie, au Sénégal et au sud du Maroc. Facteur non négligeable, il sassure enfin de la collaboration de sa nombreuse descendance initiée à la voie : 48 fils et 50 filles. Comblé dhonneur, de biens et denfants, le patriarche de la Qadiriya fadhiliya séteint à environ quatre-vingt dix ans laissant ses nombreux héritiers propager avec zèle sa voie. Deux de ses fils en particulier font une brillante carrière : le douzième, Ma El Aïnine, adversaire insaisissable des Français et prétendant au trône du Maroc ; le trentième Saad Bou dont la nombreuse descendance reste maîtresse de la voie. LA TIJANIYA Introduite en Mauritanie par un pieux zawaya Cheikh Mohamed Hafez dit Beddi de la tribu des Idawali, la Tijaniya est lévénement religieux le plus important de la fin du 19ème siècle tant en lui-même que par ses conséquences jusque dans les régions soudaniennes. Cheikh Mohamed Hafez (1750
environ-1830), selon lusage répandu dans sa tribu, accomplit
le pèlerinage à La Mecque et au retour passe par Fès
au Maroc où il rencontre Cheikh Sid Ahmed Tijani (1737-1815)
dont les vertus et lenseignement lui paraissent si impressionnants
quil lui demande de laffilier à sa tariqa.
Celui-ci linitie et lui donne le werd. Il en fait son
khalife pour la zone ouest-africaine. De retour chez lui, Mohamed
Hafez propage la nouvelle voie que les Idawali adoptent massivement
partout où ils se regroupent (Trarza, Adrar et Tagant)
au point de proclamer quun Idawali « ne peut être
que tijani ». Loriginalité de la Tijaniya réside dans son werd : série dinvocations et de prières spéciales accompagnées de nouvelles variantes propres à la voie qui regroupent des khouan (frères) solidaires entre eux et avec le saint fondateur. Le cheikh, apôtre propagateur de lordre, enseigne les prêches et les exhortations. Pour les khouan, le nombre des oraisons augmente avec le progrès spirituel du disciple. Le prosélytisme des marabouts idawali gagne vite de nombreux disciples dans dautres tribus avant datteindre les régions peuplées de Noirs en particulier à Kaolak au Sénégal. Cette ville devient le principal sanctuaire de la Tijaniya et en assure aujourdhui lexpansion, y compris en Mauritanie. Mohamed El Hafez na eu quun fils devenu cheikh avant dinitier et de mandater ses douze fils. LA HAMAWIYA Confrérie dérivée de la Tijaniya, elle est surtout un mouvement social religieux révolutionnaire né dans la région des Hodh et du Sahel mauritano-malien où larmature familiale et sociale commençait à craquer de toute part. Dans cette région, la Qadiriya et la Tijaniya paraissent avoir épuisé leurs possibilités. Cela tient à plusieurs raisons : « Ce sont des ordres conservateurs, or la partie qui va se jouer, cest transposer à lAfrique et aux confréries lâpre conflit entre vieux turbans et jeunes turcs ; ce sont des ordres étrangers, or la population du Hodh-Sahel cherche précisément à séchapper de la tutelle étrangère » (Gouilly, 1952). En conséquence nous parlerons de Hamallisme plutôt que de Hamawiya. Le Hamallisme a voulu réformer la Tijaniya comme le Mouridisme né au Sénégal a voulu rénover la Qadiriya. Tous deux représentent une tentative dadaptation du soufisme à la mentalité des hommes de louest-africain. A lorigine du Hamallisme un personnage religieux qui jette les bases de la nouvelle croyance : Cheikh Sidi Mohamed Ibn Abdallah arrivé du Touat algérien et installé à Nioro du Sahel en 1900. Il meurt en 1909, non sans avoir pris le soin de rattacher la confrérie à la maison mère tijaniya de Fès. Cette précaution légitime le mouvement naissant et lui confère à défaut du caractère orthodoxe une authenticité de bon aloi. La diffusion du tijanisme différencié auquel Sidi Mohamed donne limpulsion sera luvre de son disciple préféré et successeur Cheikh Hamahoullah Ould Mohamed Ould Seydna Oumar, plus connu au Mali sous le nom de Cheikh Hamallah auquel la confrérie sidentifie jusquà prendre son nom. Cheikh Hamallah est né à Kamba Sagho (Mali) en 1883 dun père érudit de Tichit en Mauritanie et dune mère peule du Mali. Cette double appartenance ethnique, ce métissage culturel a son importance. A dix-neuf ans, il devient qoutoub (pôle) de la Tijaniya et prêche très tôt à partir de Nioro le retour aux institutions premières, à la pureté primitive de la confrérie mère. Par ses prières, sa méditation et ses visions extatiques, il sattire immédiatement de nombreux fidèles. Sa réputation de mystique et dascète traverse les frontières et les disciples affluent en grand nombre et avec eux les dons et les offrandes. La fortune colossale acquise devient un puissant moyen de propagande. De 1922 à 1925, servi par la connaissance toute personnelle que sa qualité de « Maure et de Peul lui donne des pensées et des sentiments des populations mêlées du Hodh, il comprend vite le parti quil y a à tirer du respect craintif et superstitieux des Africains pour la mysticité (Grouilly, op. cit.). Dès lors tout laisse présager la rupture entre les tenants des anciennes confréries et ceux du Hamallisme. De fait, les invectives et laigreur contre les adeptes de cette confrérie sont portés à leur paroxysme. La diffusion du Hamallisme saccélère malgré tout cela et malgré surtout ladministration coloniale qui ne voit pas dun bon il ce mouvement réformateur qui perturbe lordre établi. Elle saccomplit au détriment de la Qadiriya et de la Tijaniya auxquelles elle soustrait la plupart de leurs adeptes dans la région. « Chose plus grave sil se peut, le Hamallisme émancipe : dans les groupements, les tribus-liges ; dans les cases et sous les tentes, les captifs ; dans le sein des familles, les femmes et les adolescents » (Grouilly, op. cit.). La première confrérie touchée par cette émancipation est la Fadhiliya, mais les autres ne sont pas moins inquiètes des progrès du Hamallisme en Mauritanie et toutes ne cessent de la dénoncer au pouvoir colonial comme une hérésie dangereuse capable de porter préjudice à lintégrité de lislam confrérique dont la France saccommode quand elle ne le soutient pas. La doctrine du Hamallisme est pourtant peu différente de celle des autres confréries. Elle est toute entière contenue dans Jewahir el-Maani, le bréviaire de la Tijaniya. Le succès croissant de cette doctrine et lopposition des autres confréries provoquent la méfiance de ladministration coloniale qui va réprimer le Hamallisme en sattaquant à son chef. Ainsi, arrêté le 25 décembre 1925, Cheikh Hamallah est-il interné à Mederdra dans le Trarza mauritanien jusquen 1930, puis déporté en Côte dIvoire de 1930 à 1935. Le 13 juin 1940, il est à nouveau arrêté à Nioro, puis déporté à Oran, ensuite à Cassaigne en Algérie avant dêtre transféré par le gouvernement de Vichy en France le 9 avril 1942 où il meurt en 1943. Il est enterré à Montluçon où sa tombe est encore aujourdhui un lieu de pèlerinage comme tout mausolée de grand saint confrérique. Pourtant ses disciples nadmettent pas sa mort et vivent encore dans lattente de son « retour en messie ». Serait-ce pour cela que de nombreux détracteurs du Hamallisme ont interprété comme hérétique linversion de la qibla en usage chez les Hamallistes depuis lexil du Cheikh en France6 ? Doctrine et organisation des confrériesLes confréries en Mauritanie sont des rituels soufistes sunnites de rite malikite. Elles tendent à « la recherche de lélévation de lesprit, lavilissement de la raison, la résignation qui permet de sélever au-dessus des accidents contingents et la lutte contre les préjugés et surtout lamour exagéré des biens et des honneurs de cette terre » (ard) qui deviennent en théorie des préoccupations constantes des adeptes. Ses principes généraux correspondent à ce petit nombre de règles morales, intellectuelles et spirituelles, communes à toute lhumanité quon retrouve également chez les hindouistes, les bouddhistes et accessoirement chez les francs-maçons et les adeptes des arts martiaux, tous « gens de la voie » (Etienne, 2000). Ces devoirs du vrai affilié envers lui-même, ce détachement des choses de ce bas monde, cette spiritualisation de lêtre auquel il prétend ne vont pas sans beaucoup dorgueil. « Le domaine social au sens européen du mot - a écrit lun deux est du profane ; cest un marécage malodorant quil faut se hâter de traverser ; le domaine sacré, celui de lesprit, de la lumière, seul compte ». Cest cela la vérité divine « qui na pas de maison paternelle, ni de quartier dans un village. Dieu la place à son gré » (Thierno Bokar). La vérité est donc universelle et lesprit, Dieu, souffle où il veut affirme lEcriture. Le vrai adepte est normalement modeste et exigeant avec lui-même, le hamalliste en particulier. « Tonner contre la conduite déréglée de son prochain, la condamner à coups de versets coraniques mal assimilés et de hadith (dits du prophète) dauthenticité douteuse est plus facile que de corriger ses défauts et de pardonner les offenses subies ». On pourrait penser que pour
mieux sadapter à lâme africaine, les doctrines
confrériques en Mauritanie ont dépouillé le culte
musulman. La voie est tracée par la Qadiriya, le rituel
réduit par la Tijaniya est simplifié jusquà
lextrême limite par la Hamawiya. Toutes présentent,
en cela, des points de ressemblance avec les mouvements de rénovation
musulmane qui les ont précédées. Comme eux, elles
prêchent avec conviction le retour aux pratiques originelles ;
comme eux également, elles nont pas su conserver cette
pureté quelles recherchaient si fort à leurs débuts
et elles sont tombées finalement dans des pratiques où
la part de lesprit est de plus en plus réduite. Pour
avoir bonne conscience de les combattre, leurs adversaires, en particulier
les Wahhabites, les accusent aujourdhui davoir introduit
dans lislam une grave hérésie. Cependant, point
positif, les interminables querelles dogmatiques entre lintégrisme
wahhabite et les tenants des confréries religieuses seraient
un rempart contre linfluence néfaste de lislamisme
moyen oriental militant en Mauritanie. Le côté ésotérique
(peu étudié et peu connu) des doctrines confrériques
nest pas sans rappeler, sil ne sy apparente pas,
des pratiques rituelles de sectes de type kabbalistique. Le schéma
synoptique7
de celui du Hamallisme permettrait de mieux le saisir. Il comprend
trois marches respectivement appelées lagimat, wasifat et
tahlil. La première comporte trois étapes (vers
Dieu, par Dieu, en Dieu) ; la deuxième quatre étapes
(avec Dieu, au milieu de Dieu, sans le besoin de Dieu, Dieu) et la
troisième deux étapes. Donc trois marches et neuf étapes
vers la « Lumière divine », sur
la voie de laccomplissement de soi, de la spiritualité.
La première marche est franchie par ladepte qui aura :
Ce premier degré appelé « la première marche vers Dieu » tire ses vertus des versets 1, 2 et 3 de la Sourate Première du Coran et des noms divins correspondant à ces versets : dimanche, lundi et mardi sont les correspondants dans la semaine ésotériquement patronnés par les prophètes Jésus, David et Salomon. Ladepte est ici conduit par le cheikh qui le prend par le mors (lijam en arabe doù le nom et le sens de la première marche : lagimat8). La deuxième marche permet à ladepte de :
Ce deuxième degré
dit deuxième marche vers Allah tire ses vertus des versets
4, 5, 6 et 7 de la Sourate Première et des noms divins correspondant
à ces versets. Les correspondants dans la semaine sont mercredi,
jeudi, vendredi et samedi patronnés par les prophètes
Jacob, Adam, Mohamed et Moïse. Au terme de la septième
étape, lâme initiée aperçoit les
lumières incolores et se trouve subjuguée par létat
parfait des régions divines. Ladepte toujours guidé
par son cheikh, en ses étapes dites wasifat (descriptives
et qualifiantes) récite la prière « Perle
de la perfection ». Il est alors élevé par
son cheikh et admis au secret de lhexagramme, nom divin géométriquement
écrit et qui se retrouve tracé dans le chapelet tijani :
un cercle renfermant une étoile à six branches (létoile
de David ?). Ce degré est très rarement dépassé.
Les étapes huit et neuf qui constituent le troisième degré sont lapanage des grands esprits, les « amis choisis », et nont de correspondant ni dans le temps ni dans lespace. Son nom tahalil signifie « analyse, étude, interprétation ». Notre analyse descriptive du schéma synoptique du Hamallisme et donc de la Tijaniya comporte certainement des lacunes que les initiés pourront aisément relever (omissions ou interprétations abusives). Loutil principal de la doctrine est le chapelet. Le défilé de litanies et autres formules pieuses recommandées par les voies confrériques dans leur werd amène naturellement lintroduction et lusage généralisé de tesbih (chapelet). Par ce moyen le fidèle tient commodément un compte exact de ses prières et invocations. Laffiliation de chaque ordre est souvent concrétisé par le don dun chapelet et cest par la remise de son chapelet, de sa natte de prière, de son bâton ou de quelque objet semblable que le cheikh désigne son successeur. Dabord simple accessoire de culte, le chapelet peut prendre la valeur dun souvenir, voire symboliser un pouvoir ou légitimer un successeur. Alors « quen Orient comme au Maghreb le chapelet est resté un simple objet insignifiant. Dupont et Coppolani ont pu écrire sur les confréries musulmanes un gros ouvrage où le mot chapelet ne se rencontre quune seule fois et encore dune manière toute fortuite » (Gouilly, op. cit.). En revanche, parmi les confréries mauritaniennes, le chapelet est devenu un symbole dappartenance, un emblème de ralliement. « Chaque grain du chapelet dont le dernier (Mohamed le sceau) rejoint le premier (Adam) symbolise le message dun prophète ainsi quune manifestation divine. Il se récite sur une inspiration et une expiration pendant lesquelles on cite le nom ou lattribut divin invoqué. Après un temps de silence, on passe au grain suivant, autre révélation. Lunité du chapelet est le fil qui en relie les grains, fil dont le sens demeure caché aux profanes » (Bentounès, op. cit.). Les dispositions particulières des grains du chapelet correspondent aux formules dailleurs diverses et diversement répétées selon les confréries. Le chapelet de la Qadiriya comporte 99 grains séparés par des boules de verre coloré, répartis en trois groupes de 33 grains ; seuls comptent les grains constituant la partie fermée du chapelet à lexclusion des boules de séparation. Celui de la Tijaniya en comprend cent séparés par les mêmes boules en six parties groupant respectivement 12 18 20 20 18 12 grains. Sur les douze grains, les tijanistes traditionnalistes peuvent facultativement fermer la récitation du chapelet en prononçant douze fois la prière dite « Perle de la perfection ». Originellement cette formule était répétée onze fois, mais avec Cheikh Mohamed Hafez lusage sétablit de la prononcer douze fois. Les hamallistes, pour se différencier de ces derniers, « par le retour à lorthodoxie » adoptent le chapelet à onze grains. En plus de la récitation du werd individuellement au moins une fois par jour, il y a un moment où les disciples se réunissent dans laprès-midi pour le dikr qui varie selon les confréries et les degrés dinitiation des adeptes. Il y a trois espèces de dikr : celui de la bouche, celui du cur et celui de lêtre tout entier qui permet à lesprit de sélever vers le monde invisible. Les séances quotidiennes de dikr donnent lieu à des manifestations bruyantes de prières hurlées avec ostentation dans certaines confréries. Les fidèles commencent par murmurer avec volubilité le nom dAllah auquel ils ajoutent parfois instinctivement celui du marabout intercesseur. On en arrive souvent à un concert de psalmodies, litanies et oraisons chantées avec balancement rythmique du corps ; le corps et lesprit sont en ce moment là en transe ; ivresse de Dieu, ferveur et béatitude auxquelles seul le cheikh ou moqadem de haut niveau peut mettre fin. Le lieu où la confrérie
simplante et sorganise est la zawiya du cheikh, un campement,
un quartier dun village ou dune ville, si ce nest
un village entier. Dans cet espace confiné, une communauté
autonome se structure autour du cheikh et ses principaux moqadem qui
sont à la fois ses fondés de pouvoir, ses conseillers,
ses mandataires et ses délégués. Cest parmi
eux que sera choisi le successeur (généralement son
fils ou son frère). Les autres affiliés ayant fait allégeance
se consacrent aux études ou à lexécution
des tâches surtout matérielles. Parmi eux certains ne
quittent jamais la zawiya, sauf en mission pour le cheikh et se consacrent
à son service toute leur vie durant. On les appelle les disciples
servants. Les affiliés se divisent en trois catégories :
Les ziyara9
périodiques de ces « marabouts sans frontières »
ou de leur moqadem dans dautres régions ou pays sont
loccasion daffirmer leur leadership et damasser
dimportants biens en nature et en espèces. « De
la même manière que le fond doctrinal commun du confrérisme
a fourni les modèles adéquats aux carrières et
aux uvres des fondateurs [
], de la même façon
les formes dorganisation économique
»10
sinstituent aujourdhui contribuant à linstauration
dun système dencadrement des disciples partout
où ils se trouvent. La cohésion entre les différents
segments de chaque confrérie installés au gré
de lurbanisation récente demeure donc un objectif des
cheikh malgré les distances et les frontières étatiques.
Le mouvement confrérique comme entreprise où la force
de travail des recrues est mise au service des dirigeants subsiste
autant de nos jours que son chemin spirituel. Pouvoir temporel fort
de ladhésion spirituelle inconditionnelle de leurs disciples,
les cheikh confrériques sont partie prenante du nouveau système
politique. Leur participation comme « grands électeurs »
(les voies des affiliés étant ajoutées aux leurs)
ou éligibles aux différents scrutins locaux ou nationaux
leur garantit une représentativité dans les instances
municipales et nationales. Les cheikh députés, sénateurs,
maires ou conseillers municipaux, et parfois ministres, ambassadeurs
ou hauts fonctionnaires sont nombreux. Un nouvel établissement
confrérique est en train de se consolider, né de la
nouvelle hégémonie politico-religieuse qui légitime
son pouvoir et son autorité sur les citoyens électeurs.
Le confrérisme a donc encore de beaux jours devant lui en Mauritanie. REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUESCHEIKH BENTOUNES, 1998 :
Lhomme intérieur à la lumière du Coran,
Paris, Albin Michel, 228 p. 1
Lieu denseignement et de prière où réside
le cheikh. |
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