RELIGION ET GÉOGRAPHIE MIGRATIONS INTÉRIEURES ET EXTÉRIEURES ET PAYSAGES RELIGIEUX MONFEUILLARD Le cas de la France |
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Introduction : le paysage religieux en France.
Le paysage religieux dun pays se transforme dans le temps, mais il est également très divers dans lespace, géographiquement. Il évolue sous linfluence des migrations internes, mais surtout des migrations internationales, qui déterminent les caractéristiques de la population. Pour la France, il sagira essentiellement de repérer lapport des immigrations dans la constitution de la population de notre pays car elles ont modelé le paysage religieux actuel. Il convient de partir de la géographie des religions telle quelle se présente en France actuellement. On peut sappuyer sur les acquis de la sociologie religieuse, à commencer par les cartes du doyen Gabriel Le Bras, distinguant les messalisants, les pascalisants, les simples baptisés et les zones rurales de forte pratique ou déchristianisées -le protestantisme et ses bastions traditionnels chancelants, en rappelant les travaux de géographie politique dAndré Siegfried sur lArdèche. -le judaïsme et les concentrations urbaines. Le judaïsme, il y a deux siècles, était rural ; ce judaïsme rural a presque totalement disparu en Alsace aujourdhui
On oublie souvent la situation spécifique des DOM TOM ex. Nouvelle Calédonie, Polynésie, avec la place du protestantisme - héritage historique de XIXème siècle -lislam la France des mosquées (carte) avec des concentrations dans les grandes villes (Paris, Lyon, Marseille) et leurs banlieues Il faut évoquer aussi la Réunion formée par la rencontre, de populations dorigines diverses par exemple de musulmans du Gudjerat (Inde) ou Mayotte et les Comores, zone dexpansion de lislam en Afrique noire, autour de lOcéan indien aux XIV-XVème siècles. Revenons rapidement sur lévolution du paysage religieux de la France depuis trois siècles seulement. On est passé dune France exclusivement catholique, de labsolutisme classique, autour de la célèbre formule de Louis XIV « une foi, une loi, un roi », après la Révocation de lEdit de Nantes, (oubliant bien-sûr la présence de protestants et de juifs dans le Royaume) et le vu de Louis XIII consacrant la France, fille aînée de lEglise, au culte de la Vierge (ce qui explique que le 15 août soit jour férié en France, ce qui nest pas le cas dans le cas dans tous les pays catholiques) dont le mythe est resté très prégnant : « catholique et français toujours » à une France laïque, avec la séparation des Eglises et de lEtat (1905), mais en fait « catho-laïque » (Bruno Etienne), pluraliste, ayant accepté, dès la Révolution, la pluralité religieuse et ayant vécu durant tout le XIXème siècle sous le régime des cultes reconnus (catholique, protestant et israélite). Aujourdhui le paysage religieux est beaucoup plus divers, voire éclaté. Face à un recul des pratiques religieuses, à une montée de lincroyance ou de lindifférence religieuse (Vers une France païenne ? Mgr Simon), à une contestation des normes éthiques et des magistères institutionnels, on a vu sinstaller, depuis un siècle, des religions nouvelles sur notre territoire, hindouisme, bouddhisme, islam, tandis que lon est confronté à la fois à une demande de religieux, à une consommation de religieux à la carte, à la montée de nouveaux mouvements religieux et à la présence de phénomènes sectaires dont beaucoup sont eux-mêmes « exportés », voire soutenus financièrement, essentiellement par le monde américain ou par le monde asiatique, avec des formes dexpression spécifiques. Cette variété du paysage religieux peut être également repérée sur le territoire de la République, à la fois en termes sociologiques (avec des « bastions » de telle ou telle religion, mais qui se lézardent de plus en plus, sous leffet des migrations internes, mais aussi des échanges de biens et de valeurs, voire de la mondialisation), et selon les normes juridiques, tout ceci bien-sûr dans le cadre unique de notre constitution qui proclame : « la France est une République laïque elle respecte toutes les croyances ». Nous allons évoquer quelques-unes de ces situations juridiques, en partant des situations les plus « étranges » (évidemment non pas pour le chercheur, mais pour lhomme de la rue, le Français moyen, sil existe ) par rapport au mythe de lunicité française, et de la laïcité, exception française. -à Mayotte, collectivité doutre-mer, la très grande majorité de la population est musulmane. Elle reste régie par le statut personnel. Le Préfet nomme le grand cadi, lautorité musulmane suprême, et le culte musulman est la véritable religion reconnue par les pouvoirs publics. Le statut personnel régit encore le code civil et les droits matrimoniaux et successoraux (loi sur le nom de famille). -dans les autres T.O.M. on reste encore sous le régime des missions catholiques et protestantes, reconnues à la suite des décrets lois Mandel de 1939 - en Guyane, région et département doutre-mer, seul le culte catholique est reconnu et subventionné par les pouvoirs publics, en vertu dune ordonnance de Charles X de 1827, toujours en vigueur. - A la Réunion, où sapplique la loi de 1905, les composantes ethniques et religieuses de la population permettent une bonne cohabitation et la communauté musulmane, issue essentiellement du sous continent indien, jouit dune situation très favorable, tandis que fonctionne depuis de nombreuses années, la seule école musulmane sous contrat menant les élèves (garçons et filles), avec succès, jusquau baccalauréat. -les trois départements dAlsace et de Moselle vivent toujours sous le régime des cultes reconnus, subventionnés par les collectivités publiques, avec des ministres du culte (prêtres, pasteurs et rabbins) rémunérés par lEtat (budget du ministère de lintérieur) tandis que lenseignement religieux reste obligatoire de droit dans les écoles publiques. Les autres cultes, en particulier lislam, ne bénéficient pas de ces avantages, mais sur le plan fiscal et sur le plan des aides publiques, certaines avantages leur ont été peu à peu consentis (à travers le régime local spécifique des associations inscrites) - En « Vieille France », le régime juridique de la loi de 1905 est bien connu. Mais les religions (associations cultuelles) bénéficient de plus en plus daides indirectes pour le soutien aux aumôneries, pour le régime spécifique dassurance maladie et de retraite des ministres du culte, pour lentretien des édifices du culte, propriété de lEtat (cathédrales) et des communes, dont laffectataire a la libre et gratuite jouissance, pour la construction de nouveaux édifices du culte (garantie demprunt, bail emphytéotique pour le terrain dassiette, projets mixte), mais surtout pour les avantages fiscaux (absence de taxation des propriétés des associations cultuelles et des dons quelles reçoivent, déductibilité fiscale des dons consentis pour le donateur). On est passé à une « séparation bien tempérée » et à une « concorde sans concordat ». Cependant la situation concrète est bien différente entre des terres de vieille catholicité et de forte pratique (Est, Bretagne, Lozère ) des zones fortement et anciennement déchristianisées (Creuse), des bastions protestants même sils y sont minoritaires (Cévennes, Alsace) des zones urbaines et industrielles avec de fortes implantations israélites (Paris, Sarcelles) et surtout musulmanes. Les mouvements migratoires internes et externes ont façonné ces situations très diverses, même en Vieille France. I Limpact des migrations sur les religions « installées » (les anciennes religions reconnues) 1) les migrations et les mutations du religieux Le religieux a souvent changé de lieux dexpression : - il est souvent sorti des églises : si les processions ont moins dimportance, les pèlerinages demeurent avec des lieux et des temps de rassemblement (Lourdes, Lisieux, Paray-le-Monial mais aussi pour les protestants, le Musée du Désert dans les Cévennes ou les grands rassemblements annuels, dans lEst de la France, de la Mission évangélique Tsigane, ou la rencontre annuelle de lUOIF au Bourget) - des formes nouvelles de rencontres festives comme les J.M.J. (Journées Mondiales de la Jeunesse) - les rencontres spirituelles et le rôle des monastères se développent (en particulier retraites et monastères orthodoxes et bouddhistes) - les mouvements de jeunes confessionnels sont en perte de vitesse, mais on a vu le développement des scouts musulmans - de nouvelles formes missionnaires apparaissent (rôle des telévangélistes américains) - il y a une mode du religieux (formes dexpression) et des lieux à la mode - les migrations saisonnières, touristiques, ont amené les religions à sadapter : pastorale des migrants, pastorale des touristes, aumôniers daéroports (récente rencontre internationale à lUNESCO, à Paris, et à Reims) 2) les émigrations et le rayonnement de la France a) lexpulsion des Juifs de France au Moyen-Age a amené beaucoup de Juifs français à sinstaller dans toute lEurope et même en Afrique du Nord (doù les noms de famille, ex Tsarfati : le Français) le rayonnement de la pensée et des commentaires de Rashi qui a transmis, via lhébreu, plus dune centaine de termes de vieux français dans le monde entier. b) le Refuge huguenot après la Révolution de lEdit de Nantes, installation en Europe (Suisse, Angleterre, Pays-Bas, Prusse, églises et écoles françaises à Berlin la cathédrale française où le Premier ministre Lionel Jospin avait reçu récemment la communauté française) mais jusquen Afrique du Sud. Des liens demeurent : les Amitiés protestantes à létranger. c) lexpulsion des congrégations non autorisées à la suite de la loi de 1901 instituant le délit de congrégation. Les congréganistes se sont installés à proximité de la France (Belgique, Italie) dans lespoir du retour (ce qui se fera souvent dès 1914), en créant des maisons mères mais souvent bien plus loin, dans nos colonies (« lanticléricalisme nest pas un article dexportation » selon les dirigeants radicaux de lépoque), en Afrique et en Orient contribuant à lexpansion de la culture française et en prenant le relais des chrétientés locales affaiblies en terre dislam (Egypte) d) lémigration volontaire et les installations religieuses (missionnaires) françaises à létranger Les Français à létranger se retrouvent souvent dans des églises françaises proche des consulats et ambassades (ex la Custode de Terre Sainte, St Jean du Latran à Rome). - le réseau des missions catholiques françaises à létranger (Pères Blancs, Surs de Sion, Frères des Ecoles Chrétiennes ) avec la création de chrétientés locales issues de conversions, et les problèmes dinculturation qui y sont liés. -les protestants et la mission : la Mission de Paris (Albert Schweitzer), lAfrique, lOcéanie, Madagascar, devenant le DEFAP en lien avec une communauté dEglises surs, la CEVAA. -les israélites avec le réseau décoles de lAlliance israélite universelle dans tout le bassin méditerranéen, facteur de modernisation et de francisation des communautés israélites locales. Installation de nombreux Juifs français et francophones en Israël (laliyah) Face à cette expansion religieuse française sest créée la Mission laïque qui a fait rayonner la culture humaniste française dans le monde. Par ailleurs, il existe toujours une Eglise positiviste, fidèle à Auguste Comte, au Brésil. 2) les immigrations ont transformé de lintérieur certains cultes et ont développé de nouvelles spiritualités. a) dans le catholicisme, apport du clergé, mais aussi des spiritualités et dévotions particulières. Pour les Italiens des villages du Sud avec leur curé sinstallant dans le Sud Ouest, les prêtres polonais parmi les mineurs du Nord, de Lorraine ou du Bassin Potassique du Haut-Rhin, les Portugais avec Notre-Dame de Fatima. Des mouvements se sont implantés, sous influence étrangère, comme lOpus Dei. La communauté de SantEgidio fait rayonner son esprit de paix dans des groupes actifs en France. b) dans le protestantisme français - rôle dans le réveil protestant au XIXème siècle : implantation du darbysme, du baptisme, du scoutisme, des mouvements de jeunes (UCJG), de lArmée du Salut en France. -développement des mouvements évangéliques et du pentecôtisme : Fédération évangélique à côté de la Fédération Protestante de France, place du baptisme dans la Fédération protestante de France. -apports de mouvements issus de la sphère protestante des Etats-Unis : Mormons, TÉmoins de Jéhovah jusquà des nouveaux mouvements religieux, parfois à caractère sectaire. c) dans le judaïsme Les phénomènes liés à la décolonisation en Afrique du Nord ont amené dimportants mouvements migratoires des communautés juives traditionnelles qui se sont dirigées souvent vers le nouvel Etat dIsraël (celles du Maroc et de Tunisie), mais majoritairement vers la France (rapatriés juifs dAlgérie, citoyens français, depuis le décret Crémieux de 1871) Les sépharades dominent la communauté juive de France, depuis les années 1960, et ils en ont pris les leviers de commande (après le grand rabbin Kaplan, élection des grands rabbins Sirat, originaire dAlgérie, puis Sitruk, originaire du Maroc). Cet apport a réveillé et dynamisé le judaïsme français et les institutions communautaires (synagogues, écoles juives, centres communautaires), avec un judaïsme plus visible, plus orthodoxe et plus identitaire, face au franco judaïsme des notables traditionnels du XIXème siècle. d) larrivée des orthodoxes et des chrétiens orientaux ; elle est liée au refuge politique des Russes, blancs après la révolution de 1917, puis à larrivée dimmigrants de Grèce, des Balkans ; des églises orthodoxes et orientales se sont constituées, réunies aujourdhui dans une conférence interépiscopale orthodoxe ; on a vu la construction déglises, la création de congrégations, une émission religieuse sur la chaîne publique, un intérêt pour la spiritualité orthodoxe, plus centrée sur le Saint-Esprit et les charismes (« pneumatologie »). Le refuge arménien, qui a suivi le génocide de la première guerre mondiale, a permis la constitution de fortes communautés dans le sud est (Marseille, Valence) et à Paris II Immigration et arrivée de « nouvelles » religions. 1) Limmigration a amené depuis le début du XXème siècle des cultes nouveaux sur le territoire métropolitain, essentiellement lhindouisme, le bouddhisme et lislam. Ces cultes portent la marque de cette origine géographique. Ils ont souvent été considérés comme étrangers à la France. Il faut pourtant nuancer cette présentation pour plusieurs raisons : - il y a eu les conversions de Français de souche, parfois de renom, au bouddhisme (Mathieu Ricard, fils de Jean François Revel) avec développement des monastères, des centres zen, le développement du yoga. Mais, il y a sans doute plus encore de conversions à lislam (les disciples de Massignon, autour de René Guenon, mais aussi Béjar, Garaudy) et lon compte plus de 30.000 musulmans « convertis » en France. - pour lislam, il y a eu une longue présence musulmane jusquau Moyen-Age, après la bataille de Poitiers (731), dans tout le Sud de la France, en particulier dans les Maures, à Narbonne, à Perpignan On pourrait écrire une Gallia islamica comme il y eut, à la suite des études juives, à la fin du XIXème siècle, une Gallia judaïca. - la France a entretenu avec le bouddhisme (en particulier en Chine, et surtout en Indochine), mais surtout avec lislam de très longues relations, souvent damitié (Charlemagne, les Croisades, François 1er et Soliman le Magnifique, Bonaparte en Egypte, la conquête de lAlgérie et Abd el Kader) - la France sest voulu, dès le XIXème siècle, une puissance musulmane (le « royaume arabe » de Napoléon III). Elle sest affirmée comme puissance coloniale et elle a fait appel lors des deux conflits mondiaux aux recrues musulmanes. En hommage au sacrifice des musulmans, la France a créé, par une loi, lInstitut musulman de la Mosquée à Paris (1921-26), inaugurée par le Président de la République, Gaston Doumergue, et par le sultan du Maroc. 2) les zones dorigine et les motivations de ces migrations extérieures - lAsie du Sud Est, en particulier lIndochine, avec le refuge politique, la fuite des élites devant un régime communiste -pour lislam essentiellement, les pays du Maghreb (=Occident), mais aussi lAfrique Noire, les Comores et la Turquie, doù la diversité ethnique de lislam en France, et les tentatives de tutelle des pays dorigine. Il sest agi essentiellement dune immigration économique, de main duvre. La France a eu besoin de soldats lors des deux guerres mondiales, besoin de bras pour la reconstruction et les trente glorieuses. Cette immigration de jeunes travailleurs venant pour une durée limitée et rentrant au pays, sest transformée, avec larrêt de limmigration et le regroupement familial en une immigration de masse, familiale, durable, devant sintégrer et réclamant dêtre à la fois français et musulmans. Sy est ajouté le phénomène des rapatriés dorigine nord-africaine (harkis) à la fin de la guerre dAlgérie qui, bien que citoyen français par « choix », ont connu beaucoup de difficultés dintégration, plus même parfois que les immigrés nord-africains, avec qui leurs relations nétaient pas faciles (pour le FLN, ils étaient des « traîtres »). - suivant les lieux dorigine, les taux de pratique, les formes de religiosité et les modes dintégration sont très différents. w les Africains noirs ont les taux de pratiques les plus élevés, avec beaucoup de coutumes non musulmanes (excision) et limportance des associations de fait, non déclarées, et des réseaux des confréries (la Senoudjia, la Tidjamiya, et surtout les Mourides au Sénégal). w les Turcs nont pas une pratique très développée et ils respectent moins certains interdits (lalcool). Ils réussissent bien économiquement, deviennent vite propriétaires (sans crainte de rompre avec leur pays dorigine),mais sintègrent moins facilement car la plupart nont pas eu auparavant de contact avec la culture française. Ils restent souvent entre eux, à lécart des autres musulmans, avec des mosquées spécifiques, reproduisant en France les clivages politico-religieux venant de Turquie entre laïcs (DITIB officiel) et fondamentalistes (parti Erbakan), sans parler du problème kurde. w les Maghrébins sont divisés par les oppositions entre les pays dorigine surtout entre lAlgérie (Mosquée de Paris) et le Maroc (souvent proche de la FNMF, parfois de lUOIF). Les Tunisiens sont les plus laïcisés. Les Algériens manquent de cadres religieux, alors quils constituent le groupe le plus important, les Marocains disposent du plus grand nombre dimams et contrôlent un plus grand nombre de mosquées. Il faut remarquer que 95 % des imams ont été formés à létranger (à cause de labsence de centre de formation musulman supérieur, à de rares exceptions prés, en France). Ce qui ne facilite pas lintégration du culte musulman, ou même le prêche en français, que réclament pourtant de plus en plus de fidèles. 3) les lieux dimplantation (la carte des cultes nouveaux) On retrouve la carte des immigrations récentes, zones urbaines, foyers industriels, banlieues, zones défavorisées. Il sagit souvent de la France active. Mais limplantation est faible dans louest où le dynamisme démographique demandait moins cet apport nouveau de main doeuvre. Ce nest guère un phénomène rural, sauf des cas spécifiques (les Turcs pour les travaux forestiers). Cependant, il ny a pas aujourdhui de département métropolitain sans association musulmane et sans lieu de culte (même la Lozère). Le phénomène sétend (salle de prière à Ussel, au cur de la Corréze, le centre de lUOIF, à Bouteloin, dans la Nièvre) Les grandes concentrations se trouvent surtout dans les grandes agglomérations. - en région parisienne : des quartiers asiatiques à Paris (XIIIème arrondissement) ; lislam est présent à Paris centre (Mosquée de Paris dans le quartier latin), mais surtout XVIIIème reprenant la géographie des quartier populaires, dans les arrondissements périphériques, et en banlieue (Seine St Denis, Evry, Mantes la Jolie ). Ensuite forte présente dans le Nord, région lyonnaise, région marseillaise. La carte des « grandes » mosquées est, de ce point de vue, significative, de même le nombre des délégués pour la consultation du culte musulman, par région. - lislam turc est bien représenté dans lEst de la France et même légèrement majoritaire en Alsace avec de très forts liens avec lAllemagne et des réactions de rejet qui ont été relevées en particulier à Mulhouse (vote FN), à Barr, ou à Bischwiller, appelée souvent en alsacien Turkwiller Les relations de ces cultes issus de limmigration avec létranger : - les tentatives de tutelle des pays dorigine = réseau des consulats et ambassades (imams dambassade) lutilisation du programme ELCO pour garder le lien culturel et religieux avec ses ressortissants ( réislamisation à travers lécole publique ) - le rôle dEtats étrangers et dorganismes internationaux : lArabie Saoudite, bailleur de fonds, le financement de mosquées avec un appui aux mouvements fondamentalistes. Rôle de propagande de la Ligue islamique mondiale (à travers son bureau, le BOLIM), dont M. Turki, le secrétaire général, fait actuellement une visite officielle en France - le rôle du pèlerinage à La Mecque (20.000 participants venant de France, en 2002, dont 8000 citoyens français, ce qui a nécessité la création dune antenne consulaire spéciale, à Djeddah, malgré une mauvaise organisation, à cause de lexistence des contingents « nationaux »). - les courants fondamentalistes w la réislamisation par les prédicateurs, le rôle du Tabligh (Foi et Pratique) issu du Pakistan. Importance des imams « importés » pour le ramadan et certaines fêtes w la présence des Frères musulmans w la France lieu de repli et sanctuaire des mouvements fondamentalistes et islamistes (FIS, GIA ) 4) problèmes juridiques, administratifs et politiques a) égalité juridique, inégalités de droits, diversité de fait : - la laïcité proclame légalité constitutionnelle entre tous les cultes, mais certains « sont plus égaux que dautres » (à la cérémonie des vux à lElysée, ne sont invités que les représentants des anciens cultes reconnus). On a du mal à faire une place à ces nouveaux cultes (et lesquels ?) à la « table de la République ». - inégalités de fait et difficultés concrètes et quotidiennes : Problème pour les cultes venus après 1905, absence dédifices du culte mis à disposition gratuitement du clergé affectataire. Ces cultes doivent les construire et les entretenir, or une religion dimmigrés nen a pas toujours les moyens. On a donc eu « lislam des caves » qui perdure parfois. Insuffisance des aumôneries dans les prisons et les hôpitaux, absence à larmée et à lécole. Manque dimams formés. Difficultés pour les fêtes (ramadan, Aïd el Kebir), le pèlerinage. Mauvaise organisation de labattage rituel, retard pour la création de lémission religieuse musulmane, puis bouddhiste, sur les chaînes publiques - variétés des situations : le bouddhisme sest assez bien coulé dans le monde institutionnel, à travers les congrégations légalement reconnues selon la loi de 1901, (la première, en 1987) ; la construction de pagodes ne soulève pas trop de problèmes ; les visites du Dalaï Lama sont un succès (malgré notre prudence sur le Tibet, vis-à-vis de la Chine). Les bouddhistes restent très divisés (les 3 « véhicules »), mais sont regroupés dans une Fédération bouddhiste qui défend leurs intérêts et soccupe de lémission religieuse. Les pays dorigine ne jouent guère de rôle direct. (le bouddhisme en France a souvent été créé, contre eux, par des opposants politiques). Lislam reste très divisé culturellement, théologiquement et surtout politique (poids des pays dorigine qui cherchent à contrôler cet islam). Il ny a pas dautorité religieuse incontestée en islam (problème du califat) et lislam de France est constitué dassociations de base souvent indépendantes et de plusieurs regroupements nationaux (Mosquée de Paris, UOIF, FNMF, FAICA, DITIB, Tabligh ) Les pouvoirs publics, parfois avec laccord des pays dorigine, ou avec leur neutralité bienveillante, ont essayé dorganiser lislam pour lui permettre de désigner des représentants élus et une structure capable dêtre leur interlocuteur légitime, sinon consensuel. Il y a eu plusieurs tentatives différentes : le CORIF (Pierre Joxe) lappui à la Mosquée de Paris et à la Charte du culte musulman en France (Charles Pasqua), la consultation des musulmans de France (J.P. Chevènement, Daniel Vaillant). Les méthodes et les moyens peuvent être différents, la visée fondamentale est la même : favoriser lintégration du culte musulman, en le respectant, et en évitant toute ségrégation, tout communautarisme. Il sagit bien de tenir compte du fait que lislam est issu de limmigration, quil na pas toute sa place encore, mais que la présence de lislam est durable, que les musulmans sont appelés à sintégrer, à apporter à la France leurs compétences, leur travail, mais aussi leurs valeurs, y compris spirituelles, et que lislam, comme aussi le bouddhisme, et dautres cultes autrefois réputés étrangers, font désormais partie intégrante du paysage religieux de la France républicaine et laïque. Le monde vient ainsi à la rencontre de la France universaliste et laïque, sous des formes religieuses. Ainsi, à travers lexemple de la France, dans toute sa diversité géographique, en insistant sur les variétés de statuts juridiques des religions, nous constatons que le paysage religieux évolue très rapidement, sous le double effet des migrations internes (le vécu religieux ne peut être le même dans un milieu rural traditionnel que dans le tissu urbain. On peut même avoir de profondes mutations, comme on la noté pour les Ménonnites Anabaptistes dAlsace), mais aussi des migrations internationales. Le religieux est porté par des populations, les échanges se multiplient, la mondialisation de léconomie se traduit par une mondialisation des mouvements religieux, pour certains, conformément à leur vocation universaliste fondamentale, pour dautres, et je pense ici à certains phénomènes à caractère sectaire, en fonction de leur projet dexpansion, de pouvoir et/ou dargent. Les religions bougent avec leurs fidèles, en fonction des situations de léconomie, de la société et des interactions (les dialogues ou affrontements interreligieux) mais leur contenu et leur impact culturel et social évoluent aussi en fonction des circonstances, contrairement à limage des religions, conservatrices de pratiques et de valeurs. Leur conservatisme est peut être moins marqué, en réalité, que celui du droit.
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