La religion
est apparue très tôt dans la toponymie française,
puisque certains de nos noms de lieux portent encore lempreinte
des divinités honorées par les Gaulois.
Mais cest
le christianisme, et plus particulièrement le catholicisme,
qui a profondément et durablement influencé notre toponymie.
Le protestantisme est en effet dapparition trop récente
pour avoir eu une influence sur la toponymie des lieux habités
; de même, la présence de peuples dautres religions
ne se retrouve que de façon anecdotique et non significative,
si ce nest dans le nom de la commune de Baigneux-les-Juifs (Côte-dOr,
nom datant de 1391), seul exemple en France de ce type.
Lempreinte
de la religion est dautant plus importante quelle a pris
naissance à lépoque franque et sest développée
à lépoque féodale, période qui a
vu la formation et la stabilisation de la majorité de nos noms
de lieux actuels.
La toponymie
dorigine religieuse étant extrêmement riche et
variée, lexposé se limitera volontairement aux
noms de communes.

1 - Les
cultes antiques
Les Gaulois
avaient établi de nombreux sanctuaires, auxquels ils avaient
donné le nom du dieu, ou de la déesse, quon y
révérait plus particulièrement : parmi ceux-ci,
une place importante revient à Belisama, déesse
protectrice assimilée à Minerve, dont on retrouve
le nom dans Bellême (Orne), Blesmes (Aisne), Blismes (Nièvre)
ou encore sous équivalent latin dans Manerbe (Calvados, anciennement
Menerbe).
Le dieu Lug
est connu pour avoir donné son nom à la capitale de
la Gaule, Lugdunum au 1er siècle av. J.C. (forteresse
de Lug ) aujourdhui Lyon, mais sait-on quil
a également formé les noms de Laon (Aisne), Lion-sur-Mer
(Calvados), Loudon (Sarthe), Lion-en-Beauce et -en-Sullias (Loiret)
sur le même modèle ?
On attribue
enfin à Borvo, divinité des eaux chaudes, les
noms de Bourbon-lArchambaud (Allier), Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire)
et Bourbonne -les-Bains (Haute-Marne).
La conquête
romaine, puis ce quil est convenu dappeler les Grandes
Invasions germaniques, ne vinrent pas augmenter de façon significative
les noms religieux : ayant accéléré le défrichement
des forêts et la mise en valeur du sol commencés par
les Gaulois, ces peuples donnaient aux nouveaux domaines ainsi formés
soit un nom descriptif à valeur topographique, soit le plus
souvent le nom du propriétaire des lieux.
Il faudra attendre
lépoque franque pour voir apparaître les premiers
toponymes nés du christianisme.
2 - Les
toponymes dorigine chrétienne
Le christianisme,
définitivement implanté en Gaule à la fin de
lEmpire romain, va donner lieu à de nombreuses créations
toponymiques, dont les plus anciennes remontent à lan
400 ; les toponymes à valeur religieuse apparaissent pendant
la période franque, pour se multiplier considérablement
lors de la période féodale.
Dans un premier
temps, ce sont les édifices du culte qui donnent leur nom à
lagglomération qui se crée autour deux,
mais le plus grand nombre de désignations religieuses est fourni
par le culte des saints, du XIe au XIIIe siècle.
Les édifices
cultuels
Les lieux de
prière sont légion, de loratoire privé
à léglise cathédrale, de lermitage
à labbaye ayant une importante influence. Les termes
chapelle, église, celle, basilique, oratoire ont été
successivement ou simultanément usités pour désigner
des édifices de recueillement.
Le terme le
plus ancien est cella, devenu en français celle,
dont le sens a varié au cours de lhistoire : à
lorigine chambre à provisions
selon certains auteurs, il a surtout désigné des cellules
dermites, puis de petits monastères. Lemploi de
ce mot est fréquent en toponymie, aussi bien sous des formes
simples que sous des noms composés, lorsquil fallait
distinguer les celles les unes des autres :
La Celle (Cher,
Indre-et-Loire, Loiret, Nièvre, Saône-et-Loire), Cellefrouin
(Charente), Celleneuve (Hérault), La Celle-Saint-Cloud (Yvelines),
Selles (Loir-et-Cher, Loiret), Naucelles (Cantal), Navacelles (Gard,
Hérault, Nova Cella en 1384), Niozelles (Alpes-de-Haute-Provence),
Sceaux (Hauts-de-Seine, apud Cellas vers 1120, puis Ceaux),
Lalacelle (Orne), avec une répétition de larticle
due à un oubli du sens originel du nom.
Les diminutifs
sont plus rares : Celettes, Cellettes (Charente, Cher).
église,
du latin populaire dorigine grecque ecclesia, assemblée ,
désignait le lieu où se réunissaient les fidèles
; dans la mesure où léglise est lélément
commun à toutes les paroisses, lesquelles sont identifiées
par leur saint patron, ce mot na pas formé de nombreux
toponymes et il apparaît surtout comme second élément,
pour désigner le village qui à lorigine possédait
léglise, par opposition au château : Marigny-léglise
(Nièvre), ou au pluriel, pour les paroisses qui possédaient
plusieurs églises : Lussac-les-églises (Haute-Vienne)
avait deux églises, et il y en avait trois à Saint-Laurent-les-églises
(Haute-Vienne).
Une mention
particulière doit être faite à propos dune
commune très connue en France et au-delà, Sainte-Mère-église
(Manche) : daprès René Lepelley (voir bibliographie),
il ne sagit pas du nom originel de la localité, mais
dune mauvaise francisation du nom latin qui pendant des siècles
a désigné léglise et sa paroisse : Sanctae
Mariae Ecclesia, léglise de sainte Marie ,
probablement devenu dans la prononciation locale Sainte Mariglise
puis Sainte-Mar-Iglise, pour être enfin francisé en Sainte-Mère-église.
Plus nombreux
sont les noms avec un déterminant : Vieille-église-en-Yvelines
(Yvelines), Neuvéglise (Cantal), Méréglise (Eure-et-Loir,
Mater Ecclesia vers 1250) église mère
(ayant des annexes), Contréglise (Haute-Saône, Conteriglisia
en 1196), qui semble avoir été léglise
dun certain Gundhari, Roiglise (Somme), contraction de la ville
voisine, Roye, avec le terme église, ou encore sous une forme
dérivée : Griselles (Côte-dOr) égriselles
(Yonne) petite église ;
Le diminutif
occitan gleisola, petite église, se retrouve dans Lagleygeolle
(Corrèze), Laguiole (Aveyron), Grézolles (Loire).
Dans le nom
Lizières (Creuse) (Egleseriae vers 1150), le suffixe
-iera exprime lappartenance, et le toponyme désigne des
terres appartenant à léglise.
Mentionnons
enfin quelques noms dans des langues régionales : Dunkerque
(Nord), du moyen néerlandais dune, colline, et kerke,
église, Houtkerque (Nord), léglise
du bois , Kirchberg (Haut-Rhin), du germanique kirche,
église, et berg, montagne, Kernilis (Finistère), du
breton kêr, village, et ilis, église, Criquetot
(Seine-Maritime), du norrois kirkia, église, et topt,
terroir avec habitation, Cricqueville (Calvados), du norrois kirkia
et du latin villa, ferme puis village.
Un autre terme
dorigine grecque, basilica, désignait en latin
médiéval un monument érigé en mémoire
dun martyr et généralement dépositaire
de reliques. Selon un phénomène fréquent en toponymie,
le mot français actuel, basilique, est un terme savant quon
ne retrouve dans aucun nom de lieu ; alors que le latin ecclésisatique
basilica a formé divers toponymes, principalement dans
lOuest, le Centre et le Nord, il est bien difficile de le reconnaître,
tant lévolution phonétique des parlers régionaux
la transformé : Bazoche (Aisne, Eure-et-Loir, Loiret,
Nièvre, Seine-et-Marne), Bazaiges (Indre), Bazauges (Charente-Maritime),
la Bazoge (Manche), la Bazoque (Calvados), Baroche (Orne), Labaroche
(Haut-Rhin), la Bazeuge (Haute-Vienne), la Bazouge (Mayenne), Bazugues
(Gers), Bazailles (Meurthe-et-Moselle), Bazeilles (Ardennes), Bazoilles
(Vosges), autant de noms pour désigner ce lieu de culte ! On
y rattache même St-Martin-des-Besaces (Calvados), dont le nom
ne fait pas allusion à un sac mais à un endroit où
il devait y avoir plusieurs églises.
Désignant
à lorigine un bâtiment édifié pour
honorer une relique du manteau (cappa, chape), de Saint-Martin,
les chapelles sont devenues des lieux de culte secondaires qui ont
formé beaucoup plus de toponymes que les églises. Gérard
Taverdet (voir bibliographie) souligne que leur répartition
est intéressante : lorsque lhabitat était groupé,
par exemple en Côte-dOr et dans une grande partie de lYonne,
il semble que lon ait très tôt construit des églises
, en nommant lagglomération selon le procédé
déjà décrit ; ainsi, aucune chapelle nest
devenue nom de commune en Côte-dOr. Par contre, lorsque
les maisons étaient éloignées du lieu de culte
principal et dispersées en de nombreux hameaux, il a fallu
créer de nouveaux lieux de culte auprès de groupes de
maisons encore à dénommer ; cest cette nouvelle
chapelle qui va nommer le hameau, lequel deviendra paroisse, puis
commune.
Le nom ne pose aucun problème,
puisquil est passé dans la toponymie sous la forme que
nous lui connaissons aujourdhui, sauf en pays picard et occitan
: la Capelle (Aisne), Diane-Capelle (Moselle), Wallon-Cappel, Cappelle-Brouck
(Nord), La Capelle-et-Masmolène (Gard).
Comme les chapelles, les
oratoires, du latin oratorium lieu de prière ,
ont formé de nombreux toponymes. A linstar de basilique,
le mot français actuel oratoire est une forme savante, refaite ,
que lon ne rencontre pas en toponymie, où il a subit
une évolution phonétique qui en a considérablement
déformé laspect initial et la rendu incompréhensible
pour lusager non averti ; la liste un peu longue mais non exhaustive
qui suit est bien représentative de la diversité des
transformations de loratorium latin, surtout dans le
domaine de langue doïl :
Aurouër
(Allier), Auzouer (Indre-et-Loire), le Loreur (Manche), Loreux (Loir-et-Cher),
Lourouer (Indre), le Loroux (Ille-et-Vilaine), Oroër, Orrouy
(Oise), Oroux (Deux-Sèvres), Orrouer (Eure-Loir), Ourouer (Nièvre),
Ouroux (Nièvre, Saône-et-Loire), Ouvrouer (Loiret), Ouzouer
(Loir-et-Cher, Loiret), Ozoir (Eure-et-Loir, Seine-et-Marne), Ozouer
(Seine-et-Marne), Yrouerre, Yrouère (Yonne).
En occitan,
on ne rencontre guère que les formes Lourdoueix (Creuse, Indre)
et Oradour (Cantal, Charente, Haute-Vienne).
Le terme le
plus utilisé au Moyen Age pour désigner léglise
du village était issu du latin monasterium, qui a donné
en ancien français montier ou moustier, le français
moderne monastère étant là encore une formation
savante. Dans les régions où les moines ont joué
un rôle important, telle la Bourgogne avec Cluny et Cîteaux,
les moutiers évoquent le plus souvent
des établissements monastiques ; ailleurs, ils peuvent désigner
nimporte quel lieu de culte, église, abbaye ou prieuré
:
Villy-le-Moutier
(Côte-dOr), Mouthier-en-Bresse (Saône-et-Loire),
Motey-sur-Saône (Haute-Saône) Villemoutiers (Loiret),
domaine du monastère (prieuré
dépendant de labbaye de Vézelay), Montierchaume
(Indre), composé avec chaume, terre inculte,
lande , Neufmontiers, Neufmoutiers (Seine-et-Marne), Faremoutiers
(Seine-et-Marne) (fondé par Ste-Fare au VIIe s.).
Il a par ailleurs
donné en ancien occitan les formes mostier et monestier
: Eymoutiers (Haute-Vienne), Monestier-Port-Dieu (Corrèze),
Moustiers-Sainte-Marie (Alpes-de-Haute-Provence).
Les formes
diminutives sont plus nombreuses :
*monasterellum,
* monastellum ou *monasteriolum, petit monastère ,
petite église , ont donné, entre
autres, Ménestreau, Ménétréol, Mennetou,
Monthou, Mottereau (Centre), Montrol (Haute-Vienne), Mortroux (Creuse),
Montérolier (Seine-Maritime), Ménestérol (Dordogne),
Monistrol (Haute-Loire), Ménétreux et Ménetreuil
(Bourgogne), Montreuil, Montrieux et Montereau (Centre et Île-de-France),
Menotey, Moutherot, Ménétrux, Monnetay, Montreux, Montarlot
(Franche-Comté).
On rencontre
par ailleurs des appellations particulières, telles que Baume-les-Dames
(Doubs) et Baume-les-Messieurs (Jura), pour nommer une abbaye de femmes
et un monastère réservé aux hommes. De même,
Lamongerie (Corrèze), Lamontgie (Puy-de-Dôme) et Lamonzie
(2 communes en Dordogne), dérivent de lancien provençal
monge, moine, et désignent un couvent de femmes, tandis
que les Mourgues, comme dans Saint-Geniès-des-Mourgues
(Hérault), un couvent de moines.
Etablissements
divers
Dautres
noms ont pour origine les grands ordres religieux fondés à
lépoque féodale : des toponymes tels que Prunay-le-Temple
(Yvelines), LHôpital-le-Mercier (Saône-et-Loire),
Sainte-Colombe-la-Commanderie rappellent la présence des Templiers
ainsi que celle des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem.
Les noms formés
avec le mot Dieu désignent généralement
une maison religieuse : La Chaise-Dieu (Haute-Loire, du latin casa,
maison), Le Mont-Dieu (Ardennes), Lieudieu (Isère), Port-Dieu
(Corrèze), nomment des prieurés ou des abbayes ; La
Villedieu, nom très répandu, désigne souvent
une commanderie de lOrdre de Malte.
Enfin, quon
ne sétonne pas de ne pas trouver ici mention du symbole
de la religion catholique, à savoir la croix : bien que fréquente
dans les noms de communes et encore davantage dans ceux des hameaux,
elle servait le plus souvent de repère aux carrefours, si bien
quelle a été confondue avec ce mot et quelle
en a perdu sa connotation religieuse.
3 -
Le culte des saints

Lusage
consistant à désigner un lieu par le nom dun saint
a commencé vers la fin du VIe s. ; le nom dun saint était
alors le déterminant dun nom commun, vicus, bourg,
puis a fini par désigner la localité elle-même
: vicus sancti Nazarii ( le bourg de saint Nazaire ).
Le culte des
saints se développe à lépoque carolingienne
(751-987) et les premières désignations se font à
laide de dominus, contracté en domnus puis
dom, don, dam, titre qui était donné
au seigneur dont on attendait la protection et qui a pris à
cette époque le sens de saint . Cette
formation est fréquente dans les régions germanisées,
particulièrement dans lEst (Vosges), lexemple le
plus connu étant celui de Domrémy-la-Pucelle, village
natal de Jeanne-dArc ; ailleurs, on la rencontre surtout avec
Pierre, Martin ou Marie : Dampierre (Cher, Côte-dOr, Eure-et-Loir,
Indre, Loiret, Nièvre), Dompierre (Côte-dOr, Nièvre),
Dammartin (Jura, Seine-et-Marne), Dommartin (Ain, Doubs, Nièvre,
Somme), Dammarie (Eure-et-Loir, Seine-et-Marne), Dannemarie (Doubs,
Haut-Rhin, ), Donnemarie (Haute-Marne, Seine-et-Marne).
A lépoque
féodale, ce système de désignation prend une
extension considérable, ce qui fait quactuellement 1
commune sur 8 porte en France un nom de saint, soit au début
du 20e siècle 4450 sur un total de 36 170, dont environ 3500
rien que pour loccitan, ce phénomène concernant
plus particulièrement le Massif Central (P.Joanne, voir bibliographie).
Aujourdhui encore, lArdèche avec 29% de ses noms
de communes et la Dordogne avec 27% viennent en tête des départements
possédant des hagiotoponymes (noms de lieux formés à
laide dun nom de saint).
A cette époque
également, Sanctus se substitue à dominus,
qui a perdu le sens de saint , dabord
dans les nouvelles formations puis progressivement dans presque tous
les noms.
Les deux problèmes
les plus intéressants que posent les noms de saints sont dune
part leur répartition géographique et dautre part
la variété des formes dialectales que peut prendre un
même nom de saint selon le parler local.
Certains noms
de saints se retrouvent dans la France entière, du fait dun
culte largement répandu : les plus nombreux, dans lordre
décroissant, sont saint Martin, évêque de Tours
au IVe siècle, considéré comme lévangélisateur
des campagnes et jouissant dune immense popularité (238
communes selon Joanne et 242 à lheure actuelle), St-Jean
(171 communes selon Joanne et 180 à lheure actuelle),
St-Pierre, le premier pape, (162 communes selon Joanne et 163 à
lheure actuelle), St-Germain (127 communes selon Joanne et 130
à lheure actuelle). Les noms de saintes sont beaucoup
plus rares, y compris celui de sainte Marie, le culte de la Vierge
sétant développé surtout après le
XIIIe siècle, à une époque où lessentiel
de notre toponymie était déjà en place.
A côté
de ces saints dont le culte est général, il existe de
très nombreux saints locaux. Sans entrer dans une fastidieuse
litanie, on peut citer saint Geniès et saint Tropez, saints
du Midi, saints Basle, Evre et Nabor, saints de lEst, saints
Cast, Guénolé, Jacut et Renan, saints bretons, ou encore
Vigor, saint normand ; Saint-Dié-des-Vosges, qui vient du latin
Deodatus, évêque de Nevers puis ermite dans les
Vosges au VIIe siècle, a la même origine que Saint-Dyé-sur-Loire,
Loir-et-Cher.
Par ailleurs,
la phonétique régionale a agit sur les noms de saints
comme sur tous les autres mots et elle a donné des résultats
très différents selon les régions. Ainsi Saturninus
(évêque de Toulouse, martyrisé en 257) devient
Saint-Sornin (Allier, Charente, Corrèze, Vendée), Saint-Sorlin
(Ain, Isère, Rhône, Savoie), Saint-Sernin (Ardèche,
Aude, Aveyron), Saint-Savournin (Bouches-du-Rhône) ; Cyricus
(nom de deux martyrs du IVe siècle) a donné Saint-Cirgues
(Haute-Loire), Saint-Ciergues (Haute-Marne), Saint-Ciers-dAbzac
(Gironde), Saint-Cirq (Dordogne) et même Saint-Chartres (Vienne)
et Sancergues (Cher) ; Sanctus Satyrus, nom dune abbaye
et attesté dès 1034, est devenu Sancerre (Cher).
Vrais ou
faux noms de saints ?
Ces derniers
exemples montrent que la phonétique locale et limagination
populaire ont pu susciter les altérations les plus diverses,
et aboutir à la création de faux noms de saints. Dans
le Midi, sanctus est devenu sanch, le son chuintant
ch sassociant à un nom
commençant par une voyelle : doù Saint-Chély
(Aveyron, Lozère), qui remonte à Sanctus Hilarus (sanch
Eler, puis san Chély), et Saint-Chamond (Loire), qui est en
réalité saint Ennemond, évêque de Lyon.
Une agglutination analogue a fait disparaître le mot saint
de Sancti Nazarii, devenu Sanary-sur-Mer (Var) et de Cintegabelle
(Haute-Garonne), loci Sanctae Gabellae en 948, cest-à-dire
sainte Gabelle ; autres déformations, Xaintrailles (Lot-et-Garonne)
et Sentaraille (Ariège), représentant une sainte Araille,
forme régionale de sainte Eulalie, et Cinq-Mars-la-Pile (Indre-et-Loire),
Saint-Mars en 1301, cest-à-dire Médard.
A linverse,
la présence de la syllabe sain-
en début de nom a pu être comprise comme désignant
un nom de saint : létymologie populaire a ainsi créé
Saint-Cy (Nièvre) à partir de Saincy (1357) et
Saint-Igny-de-Roche (Saône-et-Loire) à partir dun
nom latin qui aurait dû aboutir à Santigny.
4 - Les
souvenirs des Croisades
On ne saurait
évoquer la toponymie dorigine religieuse sans mentionner
les quelques noms rapportés par les militaires et les religieux
qui participèrent aux Croisades en Terre Sainte : Olivet (Loiret),
Lolif (Manche), pour lolif, rappellent le Mont des Oliviers,
Montabot (Manche), le Mont Thabor en Galilée, Montcauvaire
(Seine-Maritime) le Mont du Calvaire, à Jérusalem, Bithaine
(Haute-Saône), représente le nom biblique de Béthanie.
Enfin, peut-être pouvons-nous voir une référence
à lun de ces croisés dans le nom de Vitry-le-Croisé
(Aube).
En conclusion,
il nest pas étonnant que tant de noms sexpliquent
par la religion chrétienne. On sait en effet que le Moyen-Age
fut dominé par le sentiment religieux, indissociable de la
vie quotidienne, et ce nest pas un hasard si les noms dorigine
religieuse ont pris une extension considérable à une
époque qui a connu les Croisades.
Par Sylvie
Lejeune , I.G.N
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