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LES GATED COMMUNITIES À LOS
ANGELES : Renaud LE GOIX Université Paris 1,
UFR de Géographie |
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Texte de la conférence du samedi 5 octobre 2002 au salon géomatique du FIG de Saint Dié. Les cartes et documents présentés lors de la conférence ont fait lobjet dun article à paraître dans LEspace Géographique, 2002, n°4, pages 328-344. Résumé : Les gated communities posent des problèmes inédits aux métropoles américaines. Ces quartiers résidentiels enclos, gardés 24h/24, au mode de vie fondé sur les loisirs, construisent des ensembles homogènes et gérés sur le modèle des villes privées. Aujourdhui, il ne sagit plus seulement de ghettos - dorés, mais de produits de consommation destinés aux classes moyennes et moyennes supérieures. Or, la très grande homogénéité interne de ces quartiers est produite par des processus de sélection, fondés sur lâge, lappartenance ethnique, sociale, mais également religieuse. Certains obtiennent même leur autonomie politique en créant leur propre municipalité, afin de capter les ressources fiscales disponibles et dasseoir ainsi leur souveraineté locale. Los Angeles et ses environs offrent un cadre détude privilégié de ce phénomène immobilier, étant donné son développement rapide depuis les années 1960 dans les métropoles de la Sun-Belt. Or, la collecte de linformation et les contraintes méthodologiques pèsent lourd quand il sagit de rassembler des sources disparates, données immobilières, recensements, et informations qualitatives, pour identifier puis traiter les quelques 250 gated communities de laire urbaine. Quelles démarches adopter alors pour étudier limpact des gated communities sur la métropole ? Après avoir cerné les implications politiques, fiscales, sociales du développement des gated communities, on met en évidence la construction de discontinuités produites par la fermeture et lenceinte. Abstract : Gated Communities in Los Angeles : splitting the city, or building real territories. Gated Communities raise new issues for the American cities. In these walled residential neighborhoods with security and access control features, public space has been privatized. They are not only some kind of golden-ghetto, but also a mass consumption real estate product, highly standardized, designed for the whole middle-class. Because they operate a age-based or social-based selection of residents through various regulations, the result is the division of the city into homogeneous, self-sufficient communities, pushing for political or tax independence. Los Angeles offers a good set of study of this phenomenon, because of its fast development in the 1960s in the Sun-Belt area. Nevertheless, the problem of data collection and methodological constraints are of concern when gathering heterogeneous sources, real estate data, census and qualitative data, in order to identify about 250 gated communities within the urban area. This paper assesses the integration into the city of these communities and their new urban lifestyle. These closed, segregated territories are studied through the discontinuity of urban forms, their degree of differentiation with the neighboring areas, and the political and legal issues they raise. Quartiers résidentiels enclos, dont laccès du public est contrôlé, les gated communties sont devenues depuis une vingtaine dannées une forme majeure de lespace périurbain. Ces produits du marketing immobilier fonctionnent, par le nombre déquipements de loisirs quils offrent, comme de véritables parcs à thèmes résidentiels. Ils sinscrivent, par leur mode de gestion privé, dans une volonté individuelle et collective dinstaurer une séparation entre lintra-muros et les quartiers environnants :séparation à la fois politique et sociale, voire fondée sur une discrimination (par lâge, ou discrimination ethnique jusque dans les années 1960), dans le but de défendre la valeur de linvestissement immobilier et lexclusivité du lieu (Davis, 1991 ; Blakely & Snyder, 1997 ; Fox Gotham, 2000 ; Le Goix, 2001). Des lotissements résidentiels enclos. En tant lotissements issus de la promotion immobilière, en quoi les gated communities se distinguent-elles du reste du marché immobilier ? Fermer, enclore, constituent les fondements de la propriété collective ou individuelle dun terrain, et définit celui-ci comme un territoire. De bonnes clôtures font de bons voisins. Lenceinte construit un limes qui sépare ceux qui vivent à lintérieur, de ceux qui vivent à lextérieur. Lenceinte et son corollaire le portail sont des piliers de la société et du bon voisinage : ils définissent les espaces privés, mais aussi en creux le territoire collectif ; ils séparent la propriété privée de lespace public. Au fond, From whom, from what are we protecting ourselves behind gates? To whom I am to give offence? (Mending Wall, Robert FROST). Des quartiers pas tout à fait comme les autres. Il sagit tout dabord lotissements, ce qui implique que le développeur se substitue à la collectivité locale pour construire sur des fonds privés les infrastructures de base : routes, lignes électriques, adduction deau, etc. Dun point de vue juridique, les gated communities sont des copropriétés, dont le règlement permet de protéger laspect général, afin de préserver linvestissement immobilier des propriétaires. Elles sélectionnent également, parfois, leurs résidents (quartiers de retraités, interdits aux moins de 55 ans). Dans leur gestion des équipements, ces villes privées (jusquà 19 000 habitants), agissent comme de véritables gouvernements locaux, et en ont certaines prérogatives. (McKenzie, 1994). Mais les gated communities ne sont pas des lotissements en copropriétés comme les autres : la présence dune enceinte implique non seulement des spécificités dans leur fonctionnement, mais a des conséquences sur les quartiers environnants. Par exemple, on peut émettre lhypothèse dune redistribution des vols et délits sur les quartiers du voisinage (Hesley, Strange, 1999). Sagit-il dun produit
spécifique, alors que le mode de gestion par association de
copropriété et les infrastructures de sécurité
et de surveillance sont quasiment généralisés
dans les zones résidentielles des grandes métropoles
américaines ? En dautres termes, comment interpréter
la valeur ajoutée de la fermeture ? Lobjet de cette présentation consiste à aborder la question des spécificités des gated communities dans le marché immobilier à Los Angeles. En particulier, le projet séparateur de ces quartiers sappuie-t-il sur une différence socio-spatiale ? Et si oui, quels sont les éléments fondateurs de cette différenciation ? Saisir cette discontinuité dordre social pose un certain nombre de problèmes méthodologiques, liés à la nature des sources. Il nest en effet pas possible de connaître précisément la composition sociale ou ethnique dune gated community. On peut néanmoins partir de lhypothèse que ce produit immobilier nest pas localisé de façon aberrante dans lagglomération. Sa localisation obéit dune part à la recherche dagréments de site et de situation. Elle sinscrit dautre part dans le cadre général des ségrégations socio-spatiales de Los Angeles. 1. Un produit immobilier de la périurbanisation.La construction de la suburb est profondément imprégnée des valeurs religieuses puritaines, et des valeurs philosophiques du romantisme (Jackson, 1985 ; Ghorra-Gobin, 1997). A ce titre, les gated communities sinsèrent dans les mêmes registres de valeur, et forment un produit immobilier à part entière de la périurbanisation. Leur spécificité tient à la synthèse qui y est faite entre, dune part, les formes du périurbain, les aspects juridiques de la propriété, et dautre part lidéologie sécuritaire et les désirs de repli et dautonomie politique.
Quarte mouvements et idéologies sont principalement à lorigine de ces quartiers :
Les valeurs philosophiques (le transcendantalisme, qui réconcilie la nature et la civilisation), et religieuses protestantes (la maison, lieu de lépanouissement de la famille, autour du rôle de la femme, qui porte la responsabilité de léducation des enfants ; cf. les surs Beechers) inspirent le développement de la banlieue résidentielle (Jackson, 1985 ; Ghorra-Gobin, 1997). La première banlieue romantique, et la première gated community, Llewellyn Park (1854), est fortement inspirée des ghettos-dorés et parcs lotis fermés à leuropéenne (Parc de Montretout, Saint-Cloud, 1834). Llewellyn Park devient ainsi un lieu de retraite, à proximité raisonnable de Manhattan, construit par un businessman, L.S. Haskell, fervent protestant appartenant à la communauté des « Perfectionnistes ». Lidéal périurbain porte, tel quil est formulé, le repli sur lespace privé, la propriété, lentre-soi, et donc la fermeture.
Les gated communities sont, dun point de vue juridique, des copropriétés, qui appliquent des règlements de droit privé (les restrictive covenants sont introduits en 1831 aux Etats-Unis) au sein dune association de propriétaires (Homeowners Association). Ce modèle de gestion des lotissements émerge en 1926, et se généralise dans les années 1950 à lensemble des lotissements neufs.
Théorisé en 1972 (Lespace défendable, de Newman, 1972) plusieurs applications émergent dans les années 1990, notamment le neighborhood watch (surveillance du voisinage) ou le community policing, (un ensemble de mesures, dont la police de proximité).
Les gated communities, une relation paradoxale avec les collectivités locales. Lusage du terme « gated community » est récent. On parle également souvent de gated enclaves ou de residential enclaves. Son emploi sest toutefois généralisé dans les années 1990 chez les acteurs de la promotion immobilière. Sil recouvre une réalité fort diverse, il nest toutefois pas neutre. La communauté, une frontière floue entre le public et le privé. Le terme community demeure vague, chargé dhistoires, connoté de valeurs morales, religieuses, et emprunt de nostalgie (Blakely & Snyder, 1997). Mais surtout, il relève à la fois dune signification identitaire (couleur, religion, niveau social...) et dune signification politique, puisquil désigne aussi souvent la simple municipalité. La frontière entre les deux définitions est indécise : faire partie de la même municipalité suppose une communauté dintérêt, une identité commune, un intérêt commun pour la gestion locale. Laction politique se confond alors avec une démarche identitaire (Abbot, 1987). La communauté, bâtie sur un consensus, est perçue comme un moyen collectif de laction politique. Comme vecteur de lobbying, elle garantit lidéologie individualiste. G. Billard (1999), M. Davis (1990) et S. Body-Gendrot (1984) ont souligné que les symptômes de la fragmentation politique des villes américaines sont à chercher dans une montée du communautarisme. En loccurrence, lappellation gated community nest pas neutre, et revendique une démarche identitaire qui peut déboucher sur une action politique. Des gated communities municipalités à part entière. Aux Etats-Unis, les maillages administratifs sont limités aux Etats et aux comtés. Toute communauté de citoyens peut, à lintérieur des comtés, voter la création ex-nihilo dune municipalité dotée dune certaine autonomie politique vis-à-vis du comté. On parle alors de territoires incorporés en municipalités. Certaines gated communities ont ainsi créé leur propre municipalité, prouvant leur investissement politique, et devenant ainsi des municipalités a part entière (donc autorité publique) tout en restant encloses, financées et gérées par une association de propriétaires (privé). La gestion des affaires locales est partagée entre lassociation qui est en charge des équipements, et la municipalité. Celle-ci se veut minimale, et passe contrat avec des entreprises privées ou dautres collectivités locales (les comtés) pour assurer à sa place les principaux services publics (police, incendie ). Ce mouvement est particulièrement développé en Californie, puisquune loi (Proposition 13) limite depuis 1978 la taxe foncière, obligeant les collectivités locales en manque de financement à reporter un certain nombre de dépenses (construction et financement déquipements) sur le privé. A Los Angeles, 12 gated communities ont été impliquées dans ce type de municipalisation en 40 ans. Certaines ont fondé leur propre municipalité (Rolling Hills, 1958 ; Hidden Hills, 1961 ; Canyon Lake, 1991; Leisure World / Laguna Woods, 1999). Dautre ont joué un rôle de leader dans une création municipale avec dautres quartiers voisins avec lesquels elles avaient des intérêts communs (Indian Wells, 1967 ; Rancho Mirago, 1973 ; La Quinta, 1982 ; Dana Point, 1989 ; Calabasas, 1991). A
bien des égards, ces incorporations paraissent classiques dans
une tendance générale au morcellement politique à
Los Angeles (Miller, 1981). Il sagissait, pour ces gated communities,
soit déviter une annexion par une municipalité
moins riche avide délargir sa base fiscale (Rolling Hills,
Hidden Hills, Rancho Mirage, Indian Wells), soit de promouvoir un
style de vie garanti par un contrôle local du zoning (Leisure
World, Canyon Lake, Dana Point, Calabasas). Les gated communities, prédatrices de ressources publiques. On relève dans certaines gated communities une tendance à utiliser des services publics, payés par les contribuables, à leur profit exclusif, au sein des murs. La jurisprudence en la matière est pourtant claire : aucun investissement public ne saurait être privatisé, et son accès public restreint. (Brower, T., 1992; Kennedy, D. J., 1995; Mckenzie, E., 1994; Owens, J. B., 1997; Stark, A., 1998). Le problème réside dans lobsolescence des quartiers résidentiels, dont les coûts dentretien augmentent avec le vieillissement des équipements et infrastructures. Dans limpossibilité daugmenter les frais de copropriété, les associations se tournent alors vers les collectivités locales, pour leur transférer un certain nombre de coûts. Ainsi, dans un certain nombre de cas (4 exemples ici : Leisure World, Rolling Hills, Hidden Hills, Newport Coast), les gated communities ont obtenu le transfert dun certain nombre de leurs coûts sur les ressources des municipalités (subventions à des équipements culturels et de loisirs, ou financement des réseaux dégouts et de collecte des ordures ménagères). Les gated communities
adoptent une attitude politique autonomiste, afin de protéger
linvestissement de chacun et, également, de profiter
des ressources publiques et subventions fédérales aux
collectivités locales pour lentretien dune propriété
privée. Si lautonomie est une tendance, la protection
de linvestissement est lobjectif ultime. On cherche donc
à évaluer limpact produit par ces fermetures résidentielles.
Des enceintes pour qui, contre quoi ?
Sources et méthodologies. 191 gated communities ont été dénombrées
dans laire métropolitaine de Los Angeles (définie
comme Consolidated Metropolitan Statistical Area2),
parmi les 215 recensées en Californie du Sud (de Santa Barbara
à San Diego). Une base de données a été
constituée sur ces 191 unités qui ont par ailleurs fait
lobjet denquêtes sur le terrain. Part non négligeable
du marché immobilier de Los Angeles, il sagit essentiellement
dun phénomène immobilier de front durbanisation,
obéissant à une offre très diverse et fortement
structurée par le tissu urbain de Los Angeles. Un marché immobilier à part entière. Comment évaluer limportance de ce phénomène immobilier à Los Angeles ? Les quartiers dont il est ici question ont été identifiés à partir de nombreuses sources : annonces immobilières, publicités dagences, articles de presse. Les Thomas Guide® (guides routiers) couvrant lagglomération ont fourni une information très fiable, homogène et relativement exhaustive. Identifiant les voies privées et les points de contrôles constitutifs des gated communities, ils ont permis de repérer lessentiel des quartiers identifiables dans la mesure où ils incorporent plusieurs rues ou blocs dhabitation. Lensemble de cette information a été complété par la consultation des cadastres (Assesment Maps) disponibles dans les administrations fiscales des différents comtés (Los Angeles, San Bernardino, Orange, Riverside, Ventura). Cette source a permis de connaître, pour les quartiers construits avant 19993, le nombre dunités dhabitation, le type de logement, ainsi quune estimation de la valeur du foncier et du bâti (valeur utilisée pour établir lassiette de limpôt foncier). Le croisement de lensemble de ces sources permet de considérer que le chiffre denviron 200 gated communities de taille importante (de 100 à 5000 unités dhabitations) rend bien compte de la portée actuelle du phénomène à Los Angeles. Dans les 158 quartiers dont on connaît la taille, on recense environ 75 000 unités dhabitation, soit une estimation réaliste de 250 000 habitants. Compte tenu de la taille de laire urbaine (plus de 16 millions dhabitants en 2000), les quartiers ainsi recensés rassemblent donc 1,5 % des habitants (ce chiffre est dans les faits une estimation basse), et représentent en moyenne 10% du marché du neuf. Il est en revanche difficile dévaluer la part exacte de ce produit dans lensemble du marché immobilier (Le Goix, 2001). En outre, pour être correcte, cette évaluation devrait tenir compte de zones privilégiées pour linstallation de ces gated communities. Ainsi, à Palm Springs, cité de villégiature du désert, les 15 gated communities dont il a été possible destimer le nombre de logements représentent 16,5 % des logements en 1990. Or ce chiffre est probablement sous-estimé par la nature parcellaire des informations dont on a pu disposer dans le comté de Riverside. A Dana Point, cité balnéaire de 25 000 habitants, manifestement inspirée par lurbanisme et larchitecture de la côte dAzur, on estime à environ 34% le nombre dhabitants vivant dans une des 15 gated communities. On observe donc un certain nombre de regroupements de ces quartiers, mais on se heurte ici à la très grande discrétion des promoteurs immobiliers dès quil sagit dinformations concernant leur stratégie commerciale. Stratégie que lon peut néanmoins saisir à partir des éléments de localisation des quartiers existants.
Figure 1. La localisation des gated communities dans laire urbaine de Los Angeles. Un phénomène immobilier de front durbanisation. En première approximation, il sagit bien dune forme résidentielle liée au front durbanisation, là où le marché immobilier est le plus dynamique, et là où les promoteurs disposent de lespace nécessaire pour fournir les différents aménagements de loisir et dagrément associés à ce type de développement. La figure 1 représente la répartition des 215 gated communities dont nous connaissons la localisation en Californie du Sud. Il apparaît très nettement que la maximisation de la rente de site est un facteur essentiel. Les localisations littorales et balnéaires fixent un certain nombre de gated communities comme à Santa Barbara, Malibu ou au sud de Los Angeles, entre Newport Beach et Dana Point. Les localisations sur les hauteurs dun coteau ou dans le creux des vallées des montagnes et collines environnantes constitue une autre variante de sites attractifs. Ces éléments peuvent sembler relativement classiques, et correspondent aux types de localisations préférentielles des beaux quartiers dans la plupart des métropoles dans le monde : en bord de mer, ou en hauteur pour échapper à la pollution de la ville, ou encore dans le creux dune vallée, à la recherche dune niche, à labri des bruits et de la circulation. Mais les promoteurs exploitent également la rente de situation, mettant les gated communities en étroite relation avec les principaux éléments structurants de lagglomération. On remarque leur relative proximité avec les principaux axes de communication : la Pacific Coast Highway, route littorale, prend la forme dun corridor de gated communities au sud dOrange county. La freeway 101, qui file vers Ventura et Santa Barbara, a également fixé plusieurs de ces quartiers, de préférence à proximité immédiate dun échangeur : Mountain Gate, Hidden Hills, Calabasas Estates, Leisure Village, Camarillo Springs. Enfin, les autoroutes 5, 210 et 10, qui bordent la limite Nord de lagglomération et qui desservent à la fois le piémont des San Gabriel Mountains et les marges désertiques sont une autre ligne de fixation, de Santa Clarita à Palm Springs. On remarque dans un second temps limportante concentration de ces quartiers autour dIrvine, ou près de Burbank, dans la vallée de San Fernando. Il sagit en fait des marges où sont localisées les activités les plus innovantes de lagglomération, centres secondaires spécialisés dans les domaines des hautes-technologies, de laudiovisuel et de laéronautique. 2. Des projets résidentiels inscrits dans lespace social de Los AngelesCependant, si la gated community contribue par sa fermeture physique à produire une discontinuité sociale, les caractéristiques sociales du quartier dans lequel elle sinscrit ne sont pas en rupture avec celles du groupe enfermé dans les murs. On analyse donc les caractéristiques de ces quartiers en cherchant à voir si leur localisation privilégie des voisinages sociaux particuliers. Après avoir évoqué les choix méthodologiques retenus, on propose une typologie de lespace social de Los Angeles à partir de laquelle les positions de ces communautés dans leur environnement sont déterminées. La différenciation sociale, si elle ne relève que dun snobisme, peut savérer difficile, parce que difficilement mesurables aux échelles danalyse que propose le recensement (voir encadré). Les recensements fournissent linformation socio-économique indispensable pour qualifier la nature des espaces résidentiels enclos. 2 niveaux danalyse existent à léchelon intra-urbain. le census tract le blockgroup, subdivision du census tract. 2 niveaux déchantillonnage des données coexistent :
le 100% pour les données démographiques de base : un échantillon au 1/6e (en moyenne, variant selon les lieux de 1/2 à 1/8e), pour les données de nature socio-économique (profession, valeurs des logements ). Le CT est léchelle la plus utilisée. En général, pour les données échantillonnées, lanalyse est en général menée à léchelle du Census tract (US Bureau of Census, 2000 ; Mollenkopf, 2000 ; White, 1999) 2 questions : peut-on en déduire la composition sociale, ethnique et professionnelle des résidents des gated communities ? peut-on utiliser les deux échantillons aux deux échelles ? La réponse tient aux limites des informations dont on dispose sur les gated communities. On ne connaît pas en effet, par quelque source statistique que ce soit, leur composition sociale exacte. Celle-ci ne pouvant tout au plus se déduire que des caractéristiques du ou des census tracts qui lenglobe. Cette maille statistique ne correspond donc pas systématiquement aux périmètres des communautés définis sur le terrain et prises en compte dans la base de données recensant les gated communities. Quatre situations différentes peuvent apparaître : soit la gated community épouse les contours dun tract ; soit la communauté est une partie plus ou moins grande dun seul tract ; soit la communauté est à cheval sur plusieurs tracts, ce qui rend lanalyse complexe (cas de Point Rincon, à cheval sur 2 tracts et sur 2 comtés) ; soit enfin plusieurs communautés sont dans un même census tract : chacune peut avoir des caractéristiques propres, et produire une forte discontinuité avec ses voisines à lintérieur dun même tract. Pour ces raisons, et afin de limiter les biais, nous utiliserons léchelle du census tract pour lanalyse de données échantillonnées ; léchelle du blockgroup restant privilégiée lorsquil sera question de variables disponibles au 100%. Sans indication sur le degré dhomogénéité ou dhétérogénéité des populations dans un census tract, il est impossible daffecter à une communauté les caractéristiques des populations du tract où celle-ci est localisée. On peut néanmoins dépasser ce problème dordre géométrique en caractérisant la situation des gated communities dans lespace social de Los Angeles. On définit les principales dimensions sociales de cet espace et lon caractérise sur cette base les différents quartiers de laire urbaine (classification ascendante hiérarchique). Chaque gated community sera alors saisie dans son environnement social. Les gated communities dans leur environnement social. Les caractéristiques de la gated community sinscrivent en harmonie avec un environnement social. Ces quartiers répondent en effet chacun à un segment de marché. Ils relèvent donc dune grande diversité de taille ou de standing, depuis le produit bas de gamme extrêmement standardisé proposé par les grands promoteurs jusquau caractère luxueux des plus grands ghettos dorés. Linvestissement immobilier quils représentent correspond à une recherche de sécurité, de tranquillité et de pérennité de linvestissement A léchelle de lensemble de laire urbaine, ces quartiers résidentiels devraient être localisés en correspondance avec la structure socio-résidentielle de cet espace. Les choix de localisation par les promoteurs sorientent logiquement dans le sens dune insertion de ces communautés en continuité avec lenvironnement urbain, dans une logique dintégration à lespace environnant. Ces localisations devraient venir souligner les logiques classiques de la ségrégation socio-spatiale. On cherche donc à caractériser lenvironnement socio-spatial de ces quartiers fermés4. Afin de tenir compte dune part, de ladaptation des gated communities à un marché socio-ethnique très segmenté, on caractérise les populations des unités de recensement par des indicateurs dâge, de revenu, de catégories socioprofessionnelles et ethnolinguistiques5. Dautre part, sagissant dun produit immobilier proposé prioritairement sur les fronts durbanisation dans des secteurs où la mobilité résidentielle est grande, on caractérise lenvironnement par des indicateurs de densité de population, de mobilité domicile travail et de mobilité résidentielle à court terme. On considère que les choix de localisation des gated communities sopèrent en tenant compte à la fois des caractéristiques des populations du voisinage (facteurs dattraction des semblables ou dexclusion) et des caractéristiques du milieu qui donnent des environnements urbains différents, toutes choses égales par ailleurs. La localisation des gated communities
dans les différents quartiers de lagglomération
montre lampleur de la diffusion de ce modèle résidentiel
dans les différentes strates de la société.
La grande majorité (103 gated communities) appartient aux quartiers
résidentiels privilégiés, et 33 dentre-elles
sont localisées dans la suburb de la upper-middle-class
blanche active et plutôt aisée. Toutefois, 65 gated communities
sont situées dans des quartiers plus populaires, et abritent
aussi bien une population de classe moyenne modeste en grande périphérie,
quune population des « minorités »
asiatiques et hispaniques ayant accédé à la propriété.
Deux dentre-elles sont situées dans les quartiers hispaniques
les plus modestes. On retrouve ce phénomène chez les
populations blanches mais aussi, quoique plus marginalement chez les
populations asiatiques et hispaniques. Il apparaît tant dans
les espaces centraux à forte densité que dans les périphéries
à faible densité. Il est présent, avec des fréquences
variables dans différentes zones rurales et zones durbanisation
récentes. Chaque gated community associée à un
type de localisation semble correspondre à un segment du marché
immobilier avec la volonté de couvrir lensemble du marché
solvable daccession à la propriété (Le
Goix, 2002). Il sagit bien dune forme résidentielle
extrêmement diverse dans sa nature, dont il est difficile de
ne retenir que larchétype du ghetto-doré sécuritaire. 3. Projet séparateur et discontinuité des valeurs immobilières.Le raisonnement conduit jusquici tend à montrer que rien ne devrait justifier que la séparation physique entre la gated community et son environnement soit dordre sociologique ou socio-ethnique, lenvironnement représentant une garantie supplémentaire apportée à limage et à la sécurité de la famille et du bien immobilier. Il sagit de qualifier, à léchelle du quartier, la nature de la discontinuité. Bien plus quune réponse à la peur de la violence urbaine, le résident souhaite accéder au calme et à la tranquillité. Dans le cadre dun investissement immobilier, le mur constitue une protection de cet investissement. La fermeture est donc souvent la marque dun gradient de la valeur immobilière : un logement dans une gated community est, daprès les professionnels, au moins 10% plus cher que le même logement dans un quartier traditionnel. Discontinuité des valeurs foncières entre la communauté et son voisinage
On cherche donc à savoir comment se répartissent les prix de limmobilier de part et dautre de la clôture. En raison de la nature des sources (recensement et actes de vente), on sintéresse ici non pas au prix du mètre carré, mais à la valeur du bien immobilier (terrain et bâti). Cela introduit certes un biais, mais puisquil sagit de cerner un aspect de la distinction sociale produite par la fermeture, quoi de plus significatif que le prix brut de linvestissement immobilier, signe extérieur de richesse par excellence ? Ces prix bruts permettent de cerner lambiance dun quartier, la nature de linvestissement immobilier, toutes choses égales par ailleurs quant au prix net du mètre carré bâti. Un premier indicateur est fourni
par le recensement (1990 et 2000), toujours à léchelle
du census tract. On dispose de la valeur médiane des
unités dhabitation dans le tract et de la
distribution des logements en classes de valeurs. Une comparaison
de la distribution des prix dans les 5 grandes gated communities constituant
à elles seules un census-tract et dans les census tracts du
voisinage montre que dans 4 cas, la valeur de limmobilier
est très sensiblement plus élevée dans la gated
community que dans le voisinage (à Canyon Lake, Hidden
Hills, Rolling Hills et Coto de Caza/Dove Canyon). Seule Leisure World
a des valeurs sensiblement inférieures à celles du voisinage.
Le logement y est en effet plus petit et modeste, puisquil est
destiné à une clientèle de retraités bien
souvent seuls ou dont les enfants ont quitté le foyer (Le Goix,
2002). La fermeture engendre-t-elle un renchérissement relatif ? Cette première approche tend à montrer que les valeurs des biens sont plus élevées à lintérieur de la clôture. On peut la compléter par une étude des transactions immobilières dont lintérêt est de saffranchir des bornes restrictives des classes proposées par le recensement, et des limites imposées par le contour des census tracts. La collecte de ce type de données passe par une étude du marché immobilier, à partir dannonces immobilières, et des fichiers des transactions réalisées. On a constitué une base de données à partir de la possibilité offerte sur Internet par une fédération dagents immobiliers dutiliser un système dinterrogation des ventes effectuées depuis 1990 dans un périmètre défini par lutilisateur autour dune adresse donnée6. On a recueilli à Rolling Hills (au Sud de Los Angeles) et dans son voisinage, ainsi quà Hidden Hills et Mountaingate (2 communautés du Nord de Los Angeles) et dans leur voisinage, les données relatives aux ventes réalisées durant cette période, sur 10 ans et en dollars constant (base 1990, estimée en fonction de lindice annuel des prix à la consommation OCDE). Si les discontinuités entre gated communities et leur voisinage apparaissent dans les niveaux relatifs des valeurs immobilières, elles peuvent aussi se manifester dans les tendances affichées par ces valeurs au cours du temps, notre hypothèse étant que lenceinte conduit à un renchérissement du bien et/ou à une protection du capital investi dans le temps. Deux phases affectent la tendance générale de lévolution des prix autour dune période de baisse. Entre 1990 à 1995, la moyenne des transactions perd la moitié de sa valeur, manifestation de la crise de limmobilier à Los Angeles au début des années 1990. Dune manière générale durant la première période, les valeurs immobilières enregistrées dans les gated communities se maintiennent nettement au dessus des valeurs immobilières relevées dans le voisinage. A cette phase daffaissement succède une reprise, plus franche dans les gated communities que dans le voisinage. Sur les deux cas observés ici, la bonne tenue des prix à lintérieur de lenceinte tranche sur la situation observée au-delà. Ces résultats ne peuvent cependant pas être généralisés puisquils ne concernent que deux quartiers, certes relativement grands. (Le Goix, 2002). Mesurer la discontinuité des valeurs immobilières. On cherche à vérifier à une plus large échelle la pertinence de ces constats. Il sagit donc de mesurer systématiquement la discontinuité des valeurs immobilières. La méthodologie retenue prend en compte la distribution des valeurs immobilières dans les gated communities et dans leur voisinage : Le recensement 2000 fournit les profils par classes des valeurs immobilières pour lensemble des census tracts. On évalue le profil par classes des valeurs immobilières dans les gated communities (données immobilières, et recensement à léchelle du blockgroup quand cela est possible). On construit une typologie (Classification Ascendante Hiérarchique), qui décrit en 6 classes le spectre des valeurs immobilières à Los Angeles. Le profil de chaque gated community est comparé à celui de son environnement immédiat (critère de contiguïté). On construit pour cela un indice de discontinuité qui décrit la position relative sur une échelle de valeur (1er axe dune Analyse en Composantes Principales sur les valeurs immobilière) des gated communities et de leur voisinage. Ex : Si les valeurs sont plus élevées dans A que dans B, alors la discontinuité est positive, en faveur de A. Sur les 175 gated communities dont on a pu déterminer avec précision les profils de valeur, on remarque une discontinuité en faveur des gated communities dans 53% des cas. Dans la grande majorité des cas (83%), cette discontinuité est faible (moins d1 écart-type), et nest significative quà la marge. Mais elle est forte ou très forte dans un nombre très significatif de cas (9%), en particulier dans les zones où les valeurs des logements sont les plus élevées. Ainsi, dans les quartiers les plus favorisés, les gated communities créent des enclaves dun niveau encore supérieur, y protégeant dautant plus la spécificité de leur patrimoine immobilier. La discontinuité joue nettement en défaveur des gated communities dans deux types de cas (8%): quand la gated community occupe un segment de marché typé, comme les résidences pour personnes âgées ;
ConclusionLa fermeture contribue donc non seulement à protéger les valeurs immobilières dans le temps, mais créée une discontinuité nette de celles-ci, individualisant des quartiers fondés sur la séparation et lisolement de leur voisinage. Cette hypothèse devrait pouvoir se vérifier pour dautres variables, dappartenance ethnique, ou dâge. Bien quétant largument principal des promoteurs immobiliers, la recherche de la sécurité nest pas la motivation principale pour expliquer le succès de ces quartiers. Dune part parce quil sagit dune économie de loffre (quand ils représentent localement plus de 30% de loffre), mais surtout parce que leur intérêt réside dans la préservation du patrimoine. Un tel objet pose nombre de problèmes pour létude systématique, et lon est dépendant des sources émanant de la promotion immobilière (publicité, etc ), de sources fiscales (cadastres), ou de cartes topographiques dont la fréquence de mise à jour peut influencer grandement la qualité du repérage. La qualité des données doit donc être validée, systématiquement, par des enquêtes de terrains. Les gated communities posent dans lensemble des problèmes inédits parce quelles sont le fruit dune situation paradoxale : leur développement a largement été soutenu par des collectivités locales (les comtés), comptant sur une manne fiscale importante (taxe foncière), tout en transférant sur la copropriété le financement des équipements urbains. Dans les faits, les coûts de fonctionnement des équipements privés sont à terme insupportables pour le copropriétaire, qui se tourne à nouveau vers le public (création de municipalités) pour externaliser ces coûts.
Références ABBOT P. (1987). Seeking many inventions : the idea of community
in America. Knoxville: University of Tennessee Press, 214 p 1 Les recherches de terrain dont il est fait état dans cet article ont été en particulier financées par la Fondation Franco-Américaine (Bourse Tocqueville - décembre 2000). 2 La CMSA comprend les 5 comtés de Los Angeles, Orange, Riverside, Ventura, San Bernardino. 3 Soit 158 gated communitiessur les 191 (soit 82% de couverture de la base de données). Lensemble des grands développements (plus de 1000 logements) a pu être recensé. 4 Sont présentés ici les éléments dune typologie socio-ethnique de Los Angeles, construite sur la base dune analyse en composante principale (ACP) et dune classification ascendante hiérarchique (CAH) sur les 3091 unités spatiales définies par le recensement 1990. 5 1990 U.S. Census of Population and Housing. Fichiers STF1 et STF3. 6 Cet outil dinterrogation rassemble lensemble des ventes les plus récentes réalisées par les différents agents du réseau REALTOR©. Pour les ventes réalisées avant 1995, la qualité de léchantillon est cependant moins bonne. Cet outil est accessible sur http://www.realtor.com ou sur http://www.domania.com. |
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