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MAX WEBER REVISITÉ : QUAND LES PAYS DE CHRÉTIENTÉ RÉUSSISSENT LE PASSAGE DE LA SOCIÉTÉ PAYSANNE À LA MODERNITÉ Jean-Pierre HOUSSEL Professeur émérite de géographie à lUniversité Lumière-Lyon 2 |
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La sociologie compréhensive de Max Weber a fait connaître la place de léthique puritaine des colons de Philadelphie dans les débuts du capitalisme américain. Une relation du même type existe entre la promotion collective qui transforme les comportements dans les pays de chrétienté et le développement endogène et sans rupture des campagnes à dominante agricole, au moment où la société paysanne entre en contact avec la modernité dans les économies transformées par la révolution industrielle dans lEurope de lOuest à partir de la seconde moitié du 19° siècle. Lextension du phénomène est considérable car il concerne la Scandinavie, lEurope rhénane, le Québec et une partie importante de la France. Il a été conceptualisé en tant que modèle danois, mais sa mise en place a rarement été reliée à laction de mouvements inspirés par le christianisme social, quelle que soit dailleurs la confession qui en a été le support. La relation entre laction de la
J.A.C. (Jeunesse Agricole Catholique) et lémergence dune
France rurale progressive (qui sadapte au progrès, qui
adopte le progrès) à la fin de la décennie 50
a été établie par Gordon Wright dès 1964.
Pareille mutation avait connu des antécédents dans la
Scandinavie et dans lEurope rhénane, mais on ne peut
guère lui trouver de prolongement dans les phases de développement
intervenues postérieurement, laccès à la
mutation ayant été réalisé selon des modalités
semblables mais dans le cadre de civilisations différentes
dans lAsie en développement ou à partir de lindustrialisation
spontanée conformément au paradigme de la Troisième
Italie. 1. Jusquà la fin de la décennie 50, la France est caractérisée par le maintien de la société paysanne sur la plus grande partie des campagnes. Lagriculture intensive intégrée dans léconomie déchange- ne concerne que la grande culture céréalière dans le centre du Bassin parisien, les vignobles de cru, le vignoble de masse et les zones de culture maraîchère et fruitière essentiellement dans le Midi méditerranéen, enfin les petites et moyennes exploitations du Nord et de lAlsace qui pratiquent le modèle hollandais ou danois- (Charvet, 1994). La plus grande partie de la France rurale est toujours dominée par la société paysanne (Mendras, 1970) et cest une particularité de notre pays, demeuré <<le plus agricole des grands pays industriels >>. On y trouve une agriculture à faible rendement et à faible productivité sur de petites surfaces et cest pourquoi le pays parvient à peine à se nourrir. Une autre particularité est que plus les conditions naturelles sont difficiles, plus la taille de lexploitation est faible : quelques hectares en haute montagne, moins dune dizaine en moyenne montagne et dans le massif armoricain, une vingtaine dans les «bons pays» à grains comme en Aquitaine, une centaine sur les plateaux limoneux. On a mésestimé limportance des campagnes pauvres où survivent les «genres de vie» qui demandent à la terre non seulement la nourriture, mais aussi une partie du vêtement et les objets de la vie quotidienne souvent en bois, confectionnés à domicile pendant la mauvaise saison. 2. La mutation agricole de la décennie cinquante na touché quune partie de la France rurale. La France rurale progressive (carte 1) est celle qui a adopté le modèle danois dune agriculture intensive et commercialisée orientée vers les spéculations animales, comme lélevage laitier intensif et les élevages hors-sol de porcs et de volailles là où la population est plus dense. Elle est caractérisée par le rôle joué par lassociation, pour le matériel agricole (CUMA), les coopératives pour la vente et la transformation des produits, les groupements professionnels de toutes sortes, y compris dexploitations (GAEC). Le système de culture permet de maintenir des exploitations viables sur de petites surfaces (guère plus dune trentaine dhectares aujourdhui) et une population agricole dense. La plus grande partie de la France paysanne des « pays de lherbe et du bois» a bien adopté le tracteur et simplifié la polyculture, mais en sorientant vers lélevage extensif pour la viande sur prairie naturelle, de faible revenu par hectare. Il faudrait aujourdhui une centaine dhectares pour assurer un revenu suffisant à un ménage, si bien que ces régions connaissent un fort exode rural, la diminution de la population agricole entraînant celle des commerçants et artisans. Dans les bons pays, les exploitations dynamiques adoptent le modèle céréalier, mais il nest rentable que sur de grandes surfaces avec une main-duvre de plus en plus réduite par la motorisation, ce qui conduit à une forte concentration et à de faibles densités comme dans le modèle herbager. La localisation de la France rurale progressive est paradoxale, car elle correspond aux campagnes les moins favorisées, souvent en montagne, à lécart des grands axes de circulation. Elle comprend le massif armoricain et des foyers sur la dorsale montagneuse que lon suit du Pays basque aux Vosges comme lAveyron, le Lyonnais, la Haute-Savoie et le nord du Jura. On ne peut imputer cette réussite aux conditions naturelles, mais elle tient à la capacité dinitiative de la population. 3. La disparité des comportements en face de linnovation correspond à une différenciation ancienne de nature religieuse entre la France où la pratique catholique, cest-à-dire la fréquentation du culte et lobéissance aux recommandations du clergé, est majoritaire, et celle où elle est minoritaire, cest-à-dire que la population ne fréquente léglise que pour les trois grands moments de la vie, le baptême, le mariage et les funérailles. Cette différenciation spatiale est ancienne puisquon la trouve déjà au moment de la séparation entre clergé réfractaire et curé jureur face à la Constitution Civile du Clergé en 1791. Elle ne satténuera quavec les bouleversements de la société française au cours de la décennie 60, si bien que la carte du chanoine Boulard établie au cours de la décennie précédente permet den rendre compte de façon précise (carte 2). Elle sépare deux mondes qui signorent lun lautre depuis si longtemps que lon nen a plus conscience. Pourtant elle a conditionné lhistoire politique et sociale de la Troisième République, marquée par lopposition entre la France «blanche» conservatrice, ainsi appelée parce quelle a longtemps été fidèle à la monarchie et la France «républicaine» qui a adopté les idéaux des Lumières et des droits de lhomme. Alors que la France « blanche » est celle des régions isolées où se sont maintenues les traditions y compris religieuses, la France « républicaine » est celle des plaines, des plateaux et des vallées parcourus par les axes de circulation le long desquelles se propagent les idées nouvelles. Au sortir de la guerre, la partie républicaine apparaît favorisée, car elle a profité des courants déchange, des apports de lenseignement primaire public et de lexode vers les villes. La nécessité dun changement ne simpose pas et on lattend du gouvernement central, car les comportements sont marqués par lindividualisme et lhabitude dêtre assisté. Au contraire, la France blanche surpeuplée est en crise. Sur ces terroirs médiocres, la population est dense, car la natalité reste forte conformément aux enseignements du clergé et lexode rural a été gêné par léloignement des régions urbaines et industrielles et par les réserves émises par le clergé et les propriétaires fonciers. Les jeunes qui sont nombreux refusent de supporter avec résignation les conditions de vie difficiles quont connues les générations précédentes, au moment où souvre la grande période de modernisation et daugmentation du revenu. Ce refus déclenche une réaction suscitée par la difficulté créatrice et conduit à la modernisation à partir des initiatives et des ressources locales.
2. En pays de chrétienté, léglise sest trouvée sans le chercher garant et acteur du progrès 1. La sortie de la société paysanne nest possible que par le rejet de la routine dans une démarche de promotion collective. Les exploitants sont trop pauvres pour procéder individuellement à des essais et pas assez instruits pour être sensibles au discours scientifique. Ce nest pas la présence de quelques agronomes et cours post-scolaires dans les départements ni celle des initiatives privées qui lemportent en ce domaine, qui peuvent combler la coupure avec les laboratoires de recherche. Le progrès passe par le dégagement dun groupe majoritaire (pas nécessairement le plus nombreux mais le plus influent), qui conçoit les transformations compatibles avec le milieu, les adopte sur leurs exploitations avant quelles ne se propagent par imitation. 2. La France rurale progressive correspond aux pays de chrétienté, cest-à-dire à lintérieur des régions de pratique majoritaire, à celles où la pratique catholique est quasi unanimiste : plus de 80 % des hommes adultes sont des messalisants (ceux qui assistent à la messe du dimanche). Le magistère du prêtre est écouté et la vie quotidienne est inséparable de lempreinte religieuse. Ici le progrès nest accepté que sil est soutenu par lautorité que représente toujours le clergé. Or dans son affrontement avec le pouvoir, léglise sest convaincue quelle ne pouvait se maintenir quen se faisant populaire : pour conserver la fidélité de la masse, elle doit répondre à ses aspirations à la fois spirituelles et temporelles. Aussi est-elle entrée dans une logique de contre-société qui sappuie sur lécole privée, les uvres caritatives, prend en charge les loisirs et se préoccupe de lorganisation professionnelle. Ceci lamène à inspirer la recherche de solutions locales aux problèmes locaux (tout le contraire dun comportement dassistés), afin de minimiser dans ces espaces quelle contrôle linfluence des soutiens de létat. Elle le fait tout en ne mettant plus en cause le régime républicain, au moins à partir de lencyclique Rerum Novarum de Léon XIII en 1891, qui ouvre la voie au christianisme social et à la démocratie chrétienne incarnée par le Sillon. Les syndicats agricoles dirigés par les grands propriétaires conservateurs sont mieux implantés que les syndicats promus par les avocats et médecins radicaux et on assiste entre les deux guerres à lautonomie croissante des cultivateurs cultivant. Beaucoup dinitiatives prises au cours de cette période trouveront leur développement au cours de la mutation. Enfin à partir de 1930, lapostolat est organisé dans un souci de rechristianisation par milieu professionnel : louvrier sera lapôtre de louvrier, le paysan sera lapôtre du paysan. LAction catholique rend inséparable la prise en compte du spirituel et du temporel et cest avec la Jeunesse Agricole Catholique (J.A.C. et J.A.C.F. pour la branche féminine) que son emprise sera la plus profonde. 3. La promotion collective passe par la J.A.C. La J.A.C. est un mouvement de masse dans les pays de chrétienté, alors quelle peut être quasi inexistante comme dans le Limousin ou en Aquitaine et en Provence, ou se comporter en mouvement minoritaire dont linfluence est plus importante que limplantation réelle, comme dans la Champagne crayeuse où ses militants ont été les artisans du passage à la grande culture céréalière. Dans les campagnes pauvres de lactuelle France progressive, les jeunes agriculteurs ont fait du mouvement leur chose et tout se passe comme sils avaient bénéficié dune autonomie de fait dans lorganisation de leurs activités avec laide du clergé qui leur était liée par ses origines familiales. La J.A.C. a modulé sa pédagogie en fonction du degré de participation de ses membres, des tâches matérielles pour lorganisation dune fête à la formation complète donnée à ceux qui se sont distingués et à qui sont confiées ladministration du mouvement aux différents échelons et la rédaction des journaux de militants. Ainsi se forme une élite ouverte aux différents domaines de la culture et affrontée aux responsabilités, à partir dune conception humaniste du monde fondée sur la théologie qui sera celle du Concile et sur le personnalisme. La formation est basée sur la recherche-action à partir denquêtes annuelles sur les différents aspects de la vie dun jeune couple rural, professionnelle, familiale, personnelle. La place accordée aux loisirs avec les coupes de la joie et aux sports traduit les préoccupations nouvelles. Les activités favorisent lapprentissage de la vie pratique, le recours à lassociation et conduisent au décloisonnement familial, villageois et local. Lapport principal du mouvement sera la capacité dadaptation à un monde en mutation. 3. Lacculturation rend possible la mutation brutale (cest-à-dire sur une génération) et globale des comportements, qui caractérise les révolutions agricoles (Faucher, 1962) 1. La réussite des anciens de la J.A.C. est dabord professionnelle. La révolution agricole a été précédée dun intense effort de formation marqué par limplantation des Maisons Familiales Rurales et le développement de lenseignement par correspondance, qui a coexisté avec lessor du mouvement. Elle sest déroulée au sein du syndicalisme à partir de la création du Centre National des Jeunes Agriculteurs (C.N.J.A.) en 1955, qui marque lémancipation du cocon religieux. Les anciens du mouvement en constituent les cadres, ce qui explique que les postes de responsabilité passent aux mains des agriculteurs du «sud de la Loire » (le premier président est Michel Debatisse, originaire des Bois Noirs près de Thiers), alors quils étaient détenus par les représentants de la grande culture. La mise en place du modèle danois a commencé par un conflit de générations sur lexploitation et saccompagne de la mise en place dorganismes associatifs avec <<une capacité dimagination étonnante pour ces rustres mal instruits>> (Henri Mendras). Les plus représentatifs sont les Centres détudes Techniques Agricoles (C.E.T.A.) qui se prolongent dans les Groupements de Vulgarisation Agricole (G.V.A.) et lInstitut de Formation des Cadres Paysans (I.FO.CAP.) qui publie la revue « Paysans ». Le C.N.J.A. inspire la loi dorientation agricole de 1960 et la loi complémentaire de 1962 qui organisent lexploitation familiale moderne et ses leaders prennent progressivement le contrôle de la F.N.S.E.A. 2. Le changement des comportements concerne aussi la vie personnelle et sociale et mène à laccès aux responsabilités locales. La promotion collective modifie les relations au sein de la famille qui était dominée par lautorité du pater familias. Il en résulte la promotion de la femme sur lexploitation à la conduite de laquelle elle est associée et dont les tâches domestiques sont reconnues avec le dégagement dun espace spécifique doté dappareils électroménagers et la décohabitation avec les parents. Les enfants sont progressivement libérés des travaux agricoles au profit des études de leur choix, secondaires, techniques et pour certains déjà supérieures, en fonction des moyens du foyer. La famille est ouverte sur lextérieur grâce à la participation à de nombreuses associations dans un cadre multicommunal, ce qui favorise le décloisonnement. Elles reflètent les préoccupations nouvelles, scolaires, sociales, culturelles et de loisir, au moment où le clergé sen dessaisit. Enfin, beaucoup de jeunes exploitants prennent le contrôle des municipalités aux propriétaires fonciers et rompent avec ladministration des notables préoccupés surtout de la gestion économe des chemins et des bâtiments publics. Ils sintéressent aux réalisations culturelles, économiques et sociales et sont parmi les pionniers de lintercommunalité. Dans les régions homogènes comme lOuest, ils peuvent parvenir à la direction des conseils généraux, mais on les trouve rarement comme parlementaires. Lessai de constitution dun parti travailliste na pas eu de suite. La France rurale progressive se différencie dès les années 60. Elle se distingue par une forte vitalité économique qui repose sur les initiatives locales, avec un début de diversification des activités, lessor des bourgs et des petites villes, ce qui donne une pyramide urbaine harmonieuse. La modernité coexiste avec lattachement à la religion, à lenseignement libre, à lhéritage du christianisme social, bref à la tradition qui reste le support dun fort sentiment didentité. Aussi a-t-on parlé de << changer pour rester les mêmes>> (Jean Renard), <<de pays immobiles à grandes enjambées>> (Jean-Clément Martin). 3. Un héritage contesté. La France rurale progressive a aujourdhui mauvaise presse, car elle est confondue avec lagriculture productiviste qui occasionne des nuisances à lenvironnement. Laccroissement des rendements par utilisation des intrants chimiques et de la productivité par la motorisation était dans la logique de la recherche de laccroissement du revenu. Il a été favorisé par la Politique Agricole Commune et son système de prix garantis pour la production végétale, secondairement pour le lait, ce qui conduit à des surplus pour des produits de qualité courante. La remise en cause du système se focalise sur la Bretagne à cause de la surutilisation des engrais et de la concentration des rejets animaux dans les zones délevage industriel de porcs et de volaille. Des voix locales ne sont pas les dernières à salarmer de ces dérives et à rechercher les voies du développement durable et cest dans ces régions que la Confédération Paysanne fait ses meilleurs scores aux élections à la Chambre dAgriculture. Les problèmes spécifiques aux zones délevage intensif ne doivent pas occulter la vitalité densemble de la France rurale progressive, qui maintient de fortes densités et qui évolue sans rupture vers une économie diversifiée. Lindustrialisation diffuse se développe depuis 1980 à la suite de la mise en entreprise denfants de commerçants, dartisans, de jeunes au sortir des études et de techniciens amenés par la décentralisation, au moment où lagriculture connaît une crise de surproduction et une forte diminution du nombre des exploitations. <<Le modèle industriel breton>> (Phlipponneau, 1992) prend la relève du <<modèle agricole breton>> (Canevet, 1992). Les petits foyers dispersés sur la dorsale montagneuse apparaissent comme des laboratoires du développement rural (Béteille, 1999, pour lAveyron et Houssel, 2000, pour les Monts du Lyonnais), alors que les régions céréalières et délevage extensif sont menacés de devenir des terres dabandon quand elles ne bénéficient pas de létalement des grandes agglomérations. II. LéMANCIPATION DE LA FRANCE RURALE PROGRESSIVE MARQUE LACHÈVEMENT DUN MOUVEMENT QUI A CONCERNé LEUROPE MéDIANE Laccès à la modernité de la France rurale progressive est le dernier épisode dun mouvement qui a transformé la société paysanne dans les pays de chrétienté de lEurope médiane en contact avec la révolution industrielle dès le milieu du 19° siècle. Léquipe fondatrice de lIFOCAP ne sy était pas trompée, qui se reconnaissait comme héritière de la mutation qui avait transformé le Jutland et lensemble de la Scandinavie. LEurope rhénane est concernée à partir la diffusion des caisses de crédit mutuel Raiffeisen. La précocité du progrès agricole à partir de la société paysanne est un élément méconnu voire négligé dans les caractères propres à la partie continentale de <<la banane bleue>>. 1. Lexemple français permet de définir les conditions de la transition Rappelons que la France rurale na connu quaprès 1945 le passage à la seconde révolution agricole. La première qui sest installée au cours du Second Empire est celle du remplacement de la jachère par les cultures fourragères et sarclées, mais et elle sétait figée dans la routine à la périphérie du centre constitué par les régions transformées par la révolution industrielle. La seconde est celle de lagriculture intensive et commercialisée intégrant le progrès technique, spécialisée dans les produits délevage élaborés dans le cadre dorganismes associatifs. Ce passage est marqué par une mutation des comportements qui conduit à lintégration sans rupture à lentité centrale tout en gardant les spécificités de la ruralité.
Ce type de développement requiert les conditions suivantes :
2. Le précédent du paradigme danois (Ostergaard, 1999)
Le Danemark, une nation de paysans modernes
1536 Le luthérianisme devient religion officielle Lintégration de la périphérie agricole du Danemark au centre insulaire est remarquable par sa précocité, par son exemplarité puisque lidentité des agriculteurs modernes a façonné celle du pays (voir encadré). Comment en est-on arrivé là ? 1. Une longue maturation Le centre insulaire a été intégré très tôt à léconomie déchange grâce à sa position de gardien des détroits, mais le nord et louest du Jutland demeurent une périphérie paysanne. Les chroniqueurs nous apprennent quen 1848, lorsque les soldats-paysans du Jutland partirent se battre contre leurs pareils du Sleswig-Holstein, ils eurent la surprise dapprendre que ceux-ci étaient danois et queux-mêmes savaient peu de chose des Seelandais. Les campagnes tapissées de dépôts glaciaires ne sont pas particulièrement fertiles, mais toute une série de mesures prises par le gouvernement royal vont en faire un milieu intermédiaire par rapport aux régions autarciques. Lenseignement primaire est rendu obligatoire en 1814, après que les évêques luthériens de la partie germanophone laient institué dans leur diocèse pour la première fois dans lhistoire. Les domaines féodaux finissent par être partagés, en dehors de la réserve seigneuriale, en petites exploitations familiales en faire-valoir direct dispersées au milieu de leurs terres . Ainsi les paysans sont instruits et responsables économiquement. Ils bénéficient de légalité civile en 1849 et un peu plus tard de la liberté dassociation. Encore faut-il pour accéder au progrès que les conditions de la promotion collective soient réunies. Elles vont lêtre à lintérieur dorganisations populaires autonomes issues de la révolution piétiste de la fin du 18° siècle, qui est une réaction contre ladministration par létat de léglise officielle luthérienne. La ferveur religieuse est prolongée par les mouvements populaires des «réveils» de la première moitié du 19° siècle. La particularité du Danemark est que les jeunes intellectuels qui pendant les années 1830 et 1840 sattachent à exprimer la culture nationale à partir de la littérature, de la peinture et du chant veulent la promouvoir chez les petites gens. Or au même moment, le peuple des campagnes prend conscience de sa propre valeur, de la sécurité et de la liberté que leur assure le travail indépendant et ressent le besoin daccéder aux responsabilités, ce qui se manifeste par la résistance envers les autorités (Simon, 1960). Ils y sont encouragés par la doctrine égalitaire et libérale de Nicolas Grundvig (1783-1872) à la fois théologien, écrivain et poète. Elle est complétée par un système pédagogique opposant <<lécole populaire de la vie >> à <<lécole noire>> pensée comme dinspiration latine et bourgeoise. Un réseau dassociations de laïcs porté par lénorme travail de propagande fourni par des instituteurs, des théologiens et des agriculteurs éclairés se met en place. Au départ, les réunions se déroulent comme le culte avec le <<mot parlé>> qui reproduit le sermon et des chants en guise de cantiques. Grundvig lui-même était évêque de léglise officielle, mais elle est dotée dune telle autonomie interne quon la qualifiée danarchie bien ordonnée. 2. De la culture populaire à lefficacité économique De 1830 à 1860, les réformes ont produit leur effet. La production augmente plus vite que la consommation, ce qui permet un courant dexportation vers lAngleterre. Quand à partir de 1850 le prix des céréales baisse, les exploitants commencent à donner du grain aux animaux. Au cours de la décennie 60, le réseau dassociations prend la forme quil conserve aujourdhui. On y trouve les conseils paroissiaux qui gèrent les cultes dissidents de léglise officielle, des groupements de laïcs qui ont des buts pratiques et veillent à lorganisation des distractions ainsi que les écoles. Beaucoup décoles primaires se sont rendues indépendantes de lenseignement public et les Hojskölle particulièrement originales apparaisent. Ces écoles Supérieures Populaires sadressent aux jeunes adultes, admis comme internes pendant 3 à 8 mois, au cours desquels ils reçoivent un enseignement à la fois pratique et culturel accordant une large place à léducation artistique. Elles complètent la formation agricole mise en place par létat qui est lune des plus poussée à lépoque. Les techniciens en liaison avec les centres de recherche qui en sortent sont mis à la disposition des groupements coopératifs. Lagriculture intègre ainsi les acquis de la révolution industrielle (mécanisation, engrais, progrès des transports). Cest dans cette atmosphère que sopère la conversion de lagriculture à partir de 1875, quand larrivée massive des céréales des pays neufs entraîne une très grave mévente. Lagriculture soriente vers lélevage intensif laitier, pour les porcs et la volaille, avec les produits de la culture et des grains importés à bon marché. Les produits transformés comme le beurre, le bacon et les oeufs sont élaborés par les coopératives soucieuses de qualité et dadaptation au marché. Les deux-tiers de la production sont exportés essentiellement vers lAngleterre et fournissent 90 % des exportations totales, en échange des importations de charbon, de tissus et de produits en métal, ce qui montre le degré dintégration à léconomie nationale et cette situation persistera jusquà la seconde guerre mondiale. Dans les villages, les artisans montent des ateliers de construction et de réparation de matériel agricole. Les exploitations sont prospères et les agriculteurs disposent dun revenu, de conditions de vie et dune reconnaissance sociale à parité avec les classes urbaines aisées. Comme le parti paysan est le plus important, ils fournissent des ministres et des cadres de haut niveau à la fonction publique. La réussite professionnelle est inséparable de lémancipation sociale. Le modèle danois sest répandu en Scandinavie. Il faut attendre laprès-seconde guerre mondiale pour que lindustrie devienne la première ressource du pays. La création dentreprises rapportée au nombre dhabitants devient plus forte dans la péninsule que dans les îles. Les enfants dartisans, de commerçants et dagriculteurs qui ont fait les études de leur choix se lancent dans lindustrie légère de transformation, conformément à lévolution que lon trouve dans les autres régions agricoles intégrées des pays industriels, aux Pays-Bas, dans la Flandre belge de louest, en Bavière et dans la Basse-Saxe, avec deux décennies davance sur sa propagation en Bretagne. Ce qui fait la spécificité des paysans danois ou plutôt de la population rurale qui en est issue, cest que le pays continue de se reconnaître dans le complexe de vertus campagnardes quelle continue à incarner, ce qui fait que le Danemark se définit toujours comme <<une nation de paysans modernes>>. Cette permanence tient à la place exceptionnellement forte que la paysannerie tient dans un petit pays que ses retraits successifs ont rendu homogène, mais aussi à son émancipation à travers les mouvements populaires liés à la ferveur religieuse, même si <<léglise nest plus aujourdhui quun bel édifice pratique pour la célébration des grands événements de la vie>>. 3. Lextension à lEurope rhénane Le modèle hollandais qui se confond avec le modèle danois a trouvé son origine dans lagriculture intégrée à lactivité maritime des Pays-Bas dès le 17° siècle. Puis il sest étendu au foyer de la grande industrie rhénane. Cest pourquoi les prisonniers de guerre français qui ont travaillé dans les fermes en Allemagne ont été surpris du niveau des techniques et du revenu sur des exploitations qui nétaient pas plus grandes que les leurs. La mutation dans les pays rhénans sest faite à la même époque quau Danemark, selon un processus propre mais similaire. En 1850 au début de la période industrielle, les paysans constituent encore la moitié de la population et leur situation reste précaire comme la montré la disette de 1847-1848. Leurs difficultés ont ému Frédéric Raiffeisen (1818-1888), fonctionnaire du gouvernement prussien près de Mayence, issu dune famille modeste, petit-fils de pasteur, profondément croyant et adepte du christianisme social. Pour affranchir les paysans de lusure, il conçoit les caisses mutuelles de crédit, qui sont gérées par les adhérents sur un petit territoire afin de préserver la dimension humaine. Le réseau qui se constitue - les caisses régionales sont créées en 1869 et la Caisse centrale en1874- rend possible le financement du progrès et constitue le point dappui des autres groupements agricoles qui ne manquent pas de se former. À partir de la Westphalie, de la Hesse et de la Bavière, il sétend à tout le pays en dehors des régions de grands domaines, à lAlsace-Lorraine à partir de 1882, à la Suisse, à la Belgique et aux Pays-Bas. Par la suite, les Banques Populaires mettent le crédit mutuel à la portée des classes moyennes des bourgs et des villes petites et moyennes. Elles comptent aujourdhui près de 20 000 guichets et représentent 23% des dépôts en Allemagne. À lest, le mouvement gagne entre les deux guerres les sociétés paysannes atteintes par léconomie déchange, en particulier en Pologne. Au Québec, le clergé favorise limplantation des modèles associatifs qui ont réussi en Europe. III. LABSENCE DE PROLONGEMENTS Léveil de la France rurale progressive a été le dernier espace dapplication de la promotion collective en pays de chrétienté. Certes de nouveaux milieux intermédiaires sont apparus selon des processus proches en Asie orientale, mais dans les pays chrétiens du nord-ouest du Bassin méditerranéen et en voie de développement le système ne fonctionne plus. Lévolution de la société remet en cause linterpénétration du sacré et du profane et, depuis le Concile, léglise se replie sur la spiritualité dans un monde laïcisé. Enfin, le progrès agricole est au mieux une étape dans laccès à lémergence, lindustrialisation endogène indifférente au contexte religieux devenant lessentiel. Est-ce à dire que ce processus original de passage à la modernité ne puisse pas être adapté pour favoriser linsertion des sociétés paysannes en crise ? 1. Dans les régions de pratique chrétienne en voie de mutation, on ne trouve plus la combinaison pays de chrétienté-christianisme social La question semble ne même pas se poser pour les pays asiatiques. Cest pourtant dans ceux marqués par le confucianisme que lon trouve les similitudes avec la promotion collective en pays de chrétienté. Cela concerne la première phase de lémergence des Nouveaux Dragons, Taïwan et la Corée du Sud, à partir des années cinquante. Le décollage a commencé par lintensification et la modernisation de lagriculture. Le rôle des facteurs externes est évident : des réformes agraires réussies, lencadrement technique commencé à la période japonaise et qui comprenait déjà lorganisation en coopératives de production et dirrigation et qui a été poursuivi par les gouvernements. Le confucianisme avec le sens de la hiérarchie, le respect que lon doit aux autorités aussi bien politiques quau sein de la famille, le prestige accordé au savoir, le mérite attaché à la fois à leffort individuel garant dindépendance et de liberté et à la solidarité à lintérieur du groupe ne sont pas sans rappeler les fondements des sociétés progressives en Europe. Dans les pays de chrétienté, la vie religieuse était intégrée à la vie paysanne. Depuis la fin de la décennie 60, celle-ci est bousculée par lindustrialisation et lurbanisation croissantes, ce qui se traduit par la fin des comportements <<traditionnels>> dans les pays industrialisés, dont les événements de 1968 sont les révélateurs en France. Semblable évolution se retrouve accélérée sous le coup de la mondialisation dans le reste du monde. Il ny a plus de pays de chrétienté. La mutation récente des régions rurales intermédiaires entre les régions industrielle et les suds latifundiaires- des péninsules méditerranéennes du sud-ouest de lEurope échappe à ce processus. Le catholicisme y tient une position quasi-officielle et au moins jusquau Concile sous sa forme autoritaire. Voilà qui ne se prêtait pas, sauf exception comme dans le Pays Basque, à des formes dorganisation autonomes. LAction Catholique na pas eu limportance quelle a pu avoir en France. Le maintien tardif des régimes autoritaires explique la brutalité des évolutions, à la fois dans labandon des régions pauvres et dans la diminution de la pratique religieuse. La laïcisation de la société est très rapide. Les organisations professionnelles agricoles sont demblée en relation avec les services administratifs qui ont renforcé leur implantation et leur capacité dintervention. Une plaisanterie courante au Portugal est de dire quon ne prie plus Notre-Dame de Fatima mais Saint-FEDER. Limplantation de lélevage laitier intensif et des élevages industriels qui se sont répandus dans des régions qui furent longtemps de pratique unanimiste comme le bas Minho et la Galice ne doit pas grand chose aux mouvements confessionnels. Depuis le Concile (1962-1965), qui a pourtant mis en valeur le rôle des laïcs et limportance à accorder au temporel, la vie religieuse se détourne de la mise en uvre du catholicisme social, sans doute il est vrai en raison de la diminution en nombre du clergé, au profit dorientations plus nettement politiques et de formes de spiritualité nouvelles comme le mouvement charismatique. Les jeunes églises des pays en voie de développement ont vu sinterrompre la mise en place déquipes dAction Catholique à partir de cadres venus des anciennes métropoles. À partir de 1980, la crise de lendettement et le retard mis à adopter les nouvelles technologies ont aggravé les difficultés en Amérique latine qui est lentité catholique la plus nombreuse aujourdhui. Le maintien de la pauvreté et de la violence, la radicalisation de la vie politique amènent lémergence de la théologie de la libération et lopposition de la hiérarchie aux mouvements dAction catholique comme ceux qui avaient été mis en place sous légide du cardinal Don Helder Camara (1909-1999) au Brésil. 2. La mutation concerne maintenant des sociétés rurales complexes qui ne peuvent plus être seulement terriennes. Les campagnes des pays en développement sont en proie à un gigantesque exode rural qui gonfle artificiellement la population des grandes villes qui trouve un revenu aléatoire dans le secteur informel. Dans les milieux intermédiaires, la crise agraire na été résolue que par lintroduction pragmatique de lindustrie diffuse à forte intensité de main-duvre pour les marchés des grands pays industriels. Lémergence de la Troisième Italie dès les années 50 et du Taïwan du Milieu à partir de 1970 sest faite à partir de sociétés déjà complexes, dotées dune agriculture savante et commercialisée et dune tradition de relations avec la ville (Houssel, 1990, 1995), mais où les très fortes densités entretiennent la précarité. On chercherait en vain à cette industrialisation des référents religieux directs. En Italie, le processus a concerné aussi bien les bastions de la gauche en Toscane et dans lémilie-Romagne que les pays de chrétienté comme le Veneto et cette différenciation continue de se manifester aujourdhui dans les comportements politiques, à travers la prédominance de la coalition de lOlivier au sud et de la Ligue Lombarde au nord. Cest que les héritages communs de la société ancienne sont essentiels et ils fondent le mélange de fierté individuelle et desprit de coopération qui sont à la base du dynamisme des districts industriels. La Troisième Italie avait conservé de la période brillante de la Renaissance des germes de développement et elle est appelée lItalie des communes, car on y trouve une habitude ancienne dautonomie administrative. Lémilie-Romagne se caractérisait par lattention portée à la recherche scientifique et lidéologie communiste concevait lémancipation populaire par la promotion de petites et moyennes entreprises. Dans le Veneto, la proto-industrie a été importante et les émigrés conservaient des liens étroits avec le pays dorigine. On méconnaît limportance de lindustrialisation diffuse en milieu rural dans lémergence. Son rôle est essentiel dans le dynamisme de la Chine littorale et dans la croissance densemble de « lEmpire du Milieu ». On nest sans doute pas suffisamment attentif à la création des P.M.I. dans les anciennes démocraties populaires en transition là où les agriculteurs avaient pu conserver un minimum dautonomie comme en Pologne. Lindustrialisation favorise la conversion de lagriculture et résout la crise agraire liée au surpeuplement. 3. La pédagogie des mouvements populaires en pays de chrétienté peut inspirer les interventions publiques face à la fracture sociale. La «fracture sociale» concerne les sociétés paysannes déstructurées confrontées à la mondialisation et les populations dorigine paysanne déracinées et atteintes par des crises de reconversion dans les régions industrielles et urbaines. En France, les trois milieux de la fracture sociale sont les campagnes restées traditionnelles, les régions de la grande industrie atteintes par la reconversion comme les pays noirs, les banlieues des grandes agglomérations où la main-duvre étrangère avait été appelée dans les années 50 et 60 pour travailler comme O. S. dans la production en série. Dans le premier cas, la population touchée par lexode rural est vieillie et elle continue à raisonner comme les paysan de façon peu imaginative et peu portée à lassociation et à louverture sur lextérieur, aussi bien dans le domaine professionnel que dans la gestion des collectivités locales. Dans le cas des régions de vieille industrialisation, la population est bien intégrée car elle a reconstitué dans la cité ouvrière et lagglomération les cellules de la vie paysanne. Mais lhabitude dêtre des exécutants et le faible niveau des études poursuivies parce que la perspective était de reprendre le travail des parents ne prédisposent pas à embrasser les métiers nouveaux ni à créer son entreprise, ce qui maintient le chômage à des niveaux élevés. Dans le dernier cas où lemprise des communautés dorigine reste forte, le chômage constitue des poches de pauvreté et lécole parvient difficilement à jouer son rôle dintégration. Cest ici que se développent les manifestations dincivilité et les situations de non-droit. La persistance des difficultés montre que le traitement administratif des problèmes sociaux ne suffit pas à amener lacculturation. Lévolution des comportements ne peut se faire quavec lassentiment des populations au niveau où les problèmes se posent dans le cadre associatif. Cest alors que la prise de connaissance des solutions pratiques adoptées ailleurs avec succès et la mise en uvre des équipements et des formations peuvent susciter un processus de promotion collective qui sappuie sur la solidarité, le sens de la responsabilité et le pragmatisme qui sont des valeurs constitutives de la société paysanne. Sa mise en uvre passe par des relations de confiance entre les partenaires, dans le cadre dune réelle autonomie. Conclusion Max Weber a voulu nous montrer dans <<Léthique protestante et lesprit du capitalisme>>, que les comportements sont une composante des faits économiques. Mais son livre est surtout connu parce quil a révélé le rôle dune poignée de quakers dans la mise en place du capitalisme américain, devenu le plus puissant dans le monde. On peut sétonner que la promotion de la société paysanne, dans les pays de chrétienté des régions rurales à la fois les plus dynamiques et les plus peuplées de lEurope intégrée aux transformations liées à la révolution industrielle, soit passée pratiquement inaperçue. Cest quon ne fait pas spontanément la liaison entre la tradition religieuse et la modernité et entre <<conservateur politiquement et efficace économiquement>>. Dautre part on sest davantage intéressé à lhistoire des notables et des classes dominantes quà celle des classes populaires, notamment agricoles. Le référent religieux a été le point dappui de la promotion collective, qui est le moyen de passage de la routine au progrès. Elle conduit à une mutation globale des comportements qui englobe la vie professionnelle, personnelle et sociale. Cette mutation est endogène et son coût financier dailleurs faible est pris en charge par la collectivité, jusquà ce que la puissance publique prenne en charge les interventions nécessaires pour accompagner le changement. Elle sappuie sur le sentiment didentité qui nest plus aujourdhui nécessairement religieux. Elle demeure un vecteur du développement pour les masses rurales bousculées par la mondialisation, qui restent la composante la plus importante des pays à la recherche de lémergence. Références Béteille Roger et allia (1999), LAveyron au XX°
siècle, Rodez, Èditions du Rouergue, 345p. |
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