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RELIGIONS ET GÉOGRAPHIE : Gérard DOREL Directeur scientifique de la publication |
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La géographie des phénomènes religieux, et plus généralement la géographie du sacré et du symbolique est un domaine aujourdhui en plein épanouissement dans la géographie universitaire française à défaut de lêtre (encore) dans lenseignement secondaire. Ce renouveau nest pas quun effet de mode,
même si cet intérêt pour les phénomènes
religieux sinscrit dans le vaste bouleversement du monde contemporain.
Reconnaissons cependant que le fait religieux a longtemps été négligé par les géographes. On en voudra pour preuve que le seul ouvrage français de géographie traitant spécifiquement du thème du religieux, celui de Pierre Deffontaines, ait été publié en 1948 ! Luvre de Pierre Deffontaines neut pas de suite, dautant que triomphait dans la géographie humaine dalors une géographie dinspiration rationaliste pour qui le religieux sentait quelque peu le soufre. Les géographes abandonnèrent donc le thème aux sociologues, aux historiens, aux anthropologues et aux civilisationnistes, quelques rares géographes sassociant à ces derniers dans les équipes du CNRS. Parmi ces rares individualités, comment ne pas citer Xavier de Planhol, dont les fondements géographiques de lhistoire de lIslam furent publiés en 1968 mais sans obtenir le retentissement quil aurait mérité. Il nous faudra donc attendre les années 80 et 90 pour que - dans le mouvement de renouveau de la géographie culturelle en France - les problématiques géographiques religieuses commencent à attirer lattention : ainsi les numéros consacrés à ce thème par la revue, « espace et culture », ou les travaux de géographie sociale des chercheurs du groupe ESO travaillant sur les comportements religieux dans lOuest français ; ou encore les ouvrages de brillantes individualités, comme Jean Bernard Racine ( la ville, entre Dieu et les hommes, Anthropos, 1993 ) qui ont voulu interroger leur propre foi au prisme de leur engagement scientifique et su montrer la dimension spatiale, et singulièrement urbaine, de cette pratique sociale quest la foi des hommes. Et surtout, à la dimension proprement culturelle de lapproche géographique des religions, sest ajoutée la dimension beaucoup plus médiatique du géopolitique. Yves Lacoste et sa revue Hérodote nont en effet pas attendu les tragiques évènements du Moyen Orient et du 11 septembre pour consacrer entièrement ou partiellement pas moins dune douzaine de numéros aux phénomènes religieux (Géopolitique de lIslam, 1984 ; Eglise et géopolitique, 1990 ) mais le thème a été incontestablement porté par les crises et les conflits religieux qui se multiplient depuis un quart de siècle. Lopinion est, il est vrai, devenue très
sensible au « chaos religieux du monde » Une nouvelle lecture géopolitique simpose ainsi avec une analyse renouvelée des dynamiques de diffusion des religions, de leurs contacts, de leurs conflits. Les géographes en sappuyant sur leur capacité à appréhender le global montrent que la religion nexplique pas tout, que le religieux et le sacré sont plus ou moins instrumentalisés dans des problématiques qui sont souvent et dabord trivialement géographiques (la terre, leau, les routes, les ressources, les hommes et leur habitat). Saluons donc ici, à Saint Dié, le renouvellement
conceptuel de la géographie française dans son approche
des phénomènes religieux. Et ce festival va le montrer.
Vous verrez que les géographes ne se cantonnent plus seulement dans linventaire et dans lobservation de la répartition des appartenances religieuses plus ou moins attribuées à des peuples entiers ; ou à quelques hauts lieux des religions, temples, monastères et centres de pèlerinage, et plus généralement aux seules marques spatiales des religions. Il vont plus loin que cette seule observation,
Géographes et politologues vont confronter leur point de vue en sinterrogeant devant vous sur les phénomènes de diffusion des religions et de leurs conditions. Alexandre Adler le président de ce treizième festival - la fait dans un récent cahier du Courrier International sur le «réveil de lIslam européen » (janvier 2002). Il y montre en politologue et en géographe, statistiques et cartes à lappui, que les vieilles poches résiduelles de lIslam européen, pour lessentiel balkaniques, sont aujourdhui dépassées, en nombre et en importance, par un Islam plus récent qui est le résultat de limmigration depuis trois noyaux de diffusion : le Maghreb, la Turquie et le sous continent indien. Comment dailleurs ne pas sinterroger, cette fois avec Ian Fisher, journaliste au New York Times, sur la dimension géographique du fondamentalisme musulman, produit tout à la fois de la dispersion migratoire des musulmans et des réseaux internationaux qui lorganise à léchelle de la planète. La religion nest donc plus étrangère aux problématiques géographiques daujourdhui. Bien au contraire et lédition de cette année du FIG va monter que tous les géographes, quelle que soit leur spécialité, sont confrontés, à un moment ou à un autre de leur recherche, à ces questions qui occupent une place centrale dans les grands débats du monde contemporain. Mesdames et messieurs, madame la Doyenne de linspection générale de léducation nationale, notre légitime prétention à expliquer le monde à nos enfants nous impose une attention plus soutenue des faits religieux. Cest le souhait du Ministère de léducation nationale qui, dans le prolongement de la mission que le Ministre J. Lang avait confiée à Régis Debray, organise en novembre prochain un colloque sur lenseignement des faits religieux à lEcole. Et bien grâce à vous Monsieur le Maire et président fondateur du FIG qui avez tant insisté et voulu le thème de cette année, grâce à vous Marie Pierret, notre très attentionnée présidente de lassociation de soutien du FIG, grâce à toutes celles et à tous ceux qui dans cette ville se sont dévoués pour lorganisation de ce festival. les géographes, mais aussi les historiens, les sociologues, les politologues et les journalistes qui se réunissent ces prochains jours à Saint Dié vont pouvoir nous apporter du grain à moudre pour nous aider à faire mieux comprendre à nos compatriotes, mais aussi et dabord à nos élèves la double dimension temporelle et spatiale dun fait profondément humain, abordé à toutes les échelles du temps et de lespace. Quils en soient tous ici remerciés ! |
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