Lorganisation spatiale des lieux
de culte est, à notre connaissance, encore pas ou peu étudiée
au Liban. Aussi, est-il intéressant de connaître la répartition
des lieux de culte et sa logique. Lapproche cognitive de cette
étude rajoute une dimension humaine et nous éclaire
sur la perception de ces mêmes lieux par la population locale.
REPARTITION ET REPRESENTATION
Beyrouth comprend des lieux de culte de
la plupart des communautés religieuses présentes au
Liban. On relève de grandes divisions selon trois secteurs
principaux (fig.1)
:
Le centre-ville, lieu de coexistence de lensemble des communautés.
LOuest de Beyrouth : A quelques exceptions près, les
mosquées, majoritairement sunnites, se situent dans cette zone.
En effet, les sunnites, comme les grecs orthodoxes, constituaient
la majeure partie de la population beyrouthine au XIXe siècle.
Deux axes principaux d'implantation de mosquées ressortent
: nord-sud et est-ouest. Elles s'échelonneraient le long de
zones plutôt populaires.
Dans cet ensemble, deux quartiers (Ras Beyrouth-Hamra et Mar Elias)
regroupent des églises de différentes confessions.
LEst de Beyrouth : On y dénombre essentiellement des
églises de toutes communautés réparties selon
une certaine logique : des lieux de culte de même confession
se réunissent par quartier. Ils traduiraient la composante
communautaire dominante du lieu (ex : Saint-Nicolas Mar Mitr
: grecs orthodoxes ; Rmeil-Nahr : maronites ; Getawi : arméniens.).
Signalons quun îlot de louest beyrouthin comprend
un ensemble de lieux de culte protestants à proximité
de lUniversité Américaine de Beyrouth (A.U.B.)
fondée par des protestants.
Dans
les quartiers Est, nous avons recensé des lieux de culte particuliers,
propres à cette région de Beyrouth : les mazars
ou niches (Photo ci-contre). Ceux-ci, à fonction essentiellement
votive, sont dus à des initiatives individuelles. Une forte
densité de ces édifices sobserve sur toute létendue
de la zone (fig.2).
Lanalyse de lévolution de leur nombre dans le temps
a montré quil en existait quelques-uns avant 1975 (date
du début du conflit libanais). La plupart furent érigées
entre 1975 1990 (période de la guerre), en mémoire
des victimes des événements. Une tendance aurait été
apparemment enclenchée, puisque de multiples mazars
(Photo ci-contre) ont été construits depuis 1990.
Une enquête cognitive a porté
sur 85 individus, en vue détudier leur représentation
mentale de la localisation des lieux de culte dun périmètre
bien défini : la place de lEtoile (fig.3).
Seuls les lieux nommés et localisés sur une carte schématique
du secteur on été retenus pour létude.
Cette première enquête montre
que:
- La tranche dâge «13-30 ans» a donné
le moins de réponse (fig.4).
En effet, le centre-ville actuel, à cause du conflit, constitue
un espace « neuf » pour cette partie de la population.
- Les 4 sites suivants ont été mentionnés : Saint
Georges (Maronites), Saint-Georges (Grecs Orthodoxes), Saint-Maron
(bien que situé à lextérieur du périmètre
détude) et la mosquée Omari. Et ce, malgré
la présence dun grand nombre dautres lieux de culte
(fig.3)
qui ont été peu cités.
La mosquée Omari est, de tous ces
lieux, la mieux localisée. La seule nommée des mosquée
elle est, de ce fait, élément dominant sémantique
par rapport aux églises. Une autre raison serait une accessibilité
géographique plus favorable.
Quant à Saint-Georges (Maronites), léparpillement
de sa localisation pourrait être en relation avec une appropriation
de lespace en relation avec limportance référentielle
de Saint-Georges et Saint-Maron.
Létude de la répartition
et de la perception des lieux de culte (fig.5)
constitue une double approche complémentaire qui nous permet
de mieux appréhender une recherche sur lespace religieux.
Ces premiers résultats, essentiellement descriptifs, mettent
en relief de grandes inconnues auxquelles nous tenterons de répondre
dans le cadre du projet pluridisciplinaire en cours actuellement.