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SANTÉ PUBLIQUE ET
Emmanuel VIGNERON Professeur de
Géographie et d'Aménagement
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L'article complet |
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Les liens entre santé et territoires sont forts. La multiplicité et la diversité des présentations qui ont lieu dans le cadre de ce 11ème festival international de géographie en témoignent. La santé est un des secteurs qui tentent de penser laspect territorial. Le cadre législatif qui sest développé depuis plusieurs années en est la meilleure preuve, et en même temps le meilleur vecteur.
Désormais
les services de santé sont intégrés à l'ensemble
des autres services publics. Etablissement de schémas nationaux
de services collectifs, parmi lesquels la santé. La santé,
comme les transports, l'énergie, la culture, les loisirs
Cest la question de la rencontre
entre la dimension territoriale et la santé que nous voulons
aborder ici. Pour ce faire, nous commencerons par présenter lintérêt
de lancer une réflexion sur territoires et santé dans
le cadre dun programme de prospective, puis nous reviendrons sur
les causes de la rencontre entre santé et aménagement
du territoire en en montrant, au travers d'exemple la complexité
et l'importance pratique. Enfin, nous proposerons un modèle (idéal ?)
de ce que pourrait être une nouvelle organisation du système
de santé, cohérent avec lidée dune
organisation territoriale de la France selon le principe du « polycentrisme
maillé ». La DATAR, la santé et l'aménagement du territoire La DATAR a mis en place, en janvier dernier et pour trois ans, un groupe de prospective chargé
La question que je me propose déclairer ici est la suivante : Pourquoi la DATAR sintéresse-t-elle à prospective de la santé ? Une première réponse est que la DATAR se dote des outils nécessaires pour accompagner la révision des schémas de services collectifs, lesquels doivent prévoir la mise en place des services collectifs de santé sur vingt ans. En tant que service interministériel, la DATAR doit disposer dun bon niveau de compréhension du problème, pour être en mesure de dialoguer efficacement avec le ministère technique concerné. Plus généralement, la prospective de laménagement du territoire suppose de sinterroger sur lévolution de la société, et le domaine de la santé paraît être un domaine clé pour saisir quelques évolutions majeures. Ce sont les articulations entre les quatre thèmes sous-jacents à cette question : avenir, territoires, santé et action publique, que nous allons examiner, afin dexpliciter lintérêt quil y a, du point de vue de laménagement du territoire, à poser la question de la santé. Après avoir exposé les liens logiques et historiques entre prospective et aménagement du territoire, nous nous arrêterons sur la prospective de la santé et des territoires. La place de la prospective dans laménagement du territoire : Avenir, action publique et territoireRaisons logiques, histoire des liens prospective et aménagement du territoire. Des liens logiques entre aménagement du territoire et prospective La place particulière de la prospective dans laménagement du territoire se comprend bien si on voit dans laménagement du territoire ses deux composantes que sont laction publique et le territoire.
Au risque denfoncer des portes ouvertes, on peut rappeler que laction publique, étroitement liée au présent, à limmédiateté, au court ou même au très court terme, a néanmoins besoin déclairages sur les conséquences de ses décisions, mais également sur les évolutions en cours et les risques de ruptures qui forment le contexte dans lequel ses décisions vont prendre effet. Elle a besoin danticiper pour ajuster son action non seulement à ce qui sest passé ou ce qui est en cours, mais aussi à ce qui risque dadvenir. (La Pythie déjà jouait un rôle essentiel pour les dirigeants de la Grèce antique). Cest à cette fin que sest développée la prospective. « La prospective ne relève ni de la prophétie, ni de la prévision, elle na pas pour objet de prédire lavenir, mais de nous aider à le construire » (Jouvenel, 1999). En un sens, on peut dire quelle nous éloigne dune philosophie du destin ou de la prédestination pour se reposer sur lidée que lhomme a un pouvoir sur ce qui advient, quil est acteur et non plus sujet de lhistoire. En même temps, la prospective a partie liée avec lidée de projet, volonté appelée à être traduite par des actions et sinscrivant dans la durée. Sil est vrai que la prospective sintéresse à ce qui va se passer, elle le fait en posant la question de laction ou des actions que lon va entreprendre. Elle lie indissolublement la réflexion et laction, lanalyse et la décision. En tant que moyen de produire un projet, la prospective est conduite à jouer un rôle particulier au sein dune collectivité ou dune institution. En effet, pour mener à bien une action, toute collectivité a besoin dune vision du futur, mais aussi dune conception du changement qui soit partagée au sein de cette collectivité (Landrieu, 1999). La prospective, en se fondant sur ces deux éléments, participe nécessairement à lexplicitation de la vision du futur et de la conception du changement. A ce titre, elle apparaît comme un moyen de mettre en débat les valeurs dune institution, et partant de renouveler ces valeurs, ou de les réaffirmer comme étant collectives. Ce courant de la prospective est finalement plus tournée vers le présent que vers le futur.
Les territoires sont le fruit dune histoire, souvent longue, et sont marqués par les aménagements qui y sont faits. Ces aménagements impliquent bien souvent des investissements lourds, et des infrastructures, productives, éducatives, de communication qui marquent pour longtemps la structure de la population, les flux, les mobilités, les activités, les paysages et même certainement la culture dun territoire. Comment ces liens se sont traduits dans
lhistoire, et comment nous situons-nous aujourdhui sur la
prospective et laménagement du territoire à la DATAR ? Territoires, avenir et action publique : lhistoire de la prospective dans les politiques daménagement du territoire Depuis les années 1960, la DATAR a perçu la nécessité danticiper les dynamiques territoriales pour mener à bien sa mission daction territoriale et régionale. Dans cette histoire de la prospective à la DATAR, on peut repérer trois âges, chacun ayant articulé différemment les deux termes de laction et de la réflexion. (Alvergne, Musso, 2000). Les années 1960-1970 : la prospective relève dune démarche scientifique au service du politique. Lobjectif de l'aménagement du territoire est celui de l« équilibre du territoire national » (vocabulaire du rééquilibrage, du contrepoids, mesures de redistribution et de localisations dactivités. Cest lépoque des « métropoles déquilibre » et des villes nouvelles). Létat est conçu comme un état planificateur, rationnel, seul détenteur de lintérêt public. Il a donc besoin de savoir, et la DATAR sentoure dexperts et duniversitaires, chargés délaborer des visions de ce que lavenir pourrait être. Les années 80 : la crise de la prospective dans le domaine de laménagement du territoire. La crise a un double effet de remise en question des prévisions de la période précédente, et donc de mise en doute de la capacité à anticiper, de modification des objectifs de laménagement du territoire. On en revient à un aménagement du territoire de réparation. (état pompier) La décentralisation transforme elle aussi de façon décisive les politiques daménagement du territoire, qui doivent désormais sinscrire dans un cadre de gestion très différent, où létat central na plus le monopole de la définition des objectifs, les régions concevant elles-mêmes un certain nombre dobjectifs (contrats de plan Etat-région). Les régions se dotent doutils détudes propres. Les années 1990 : renouveau de la pensée et des outils, en prospective et en aménagement du territoire, deux lois successives de 1995 et 1999.
Létat na plus le monopole de la définition de lintérêt général. Son rôle change, il est davantage conçu comme un acteur particulier parmi dautres, qui a en charge lorientation et lorganisation du débat autour de lintérêt général. La DATAR relance un nouveau programme de prospective, avec 10 groupes de réflexion, articulés autour des thématiques des SSC (« temps libre et territoires » sintéresse ainsi aux SSC de la culture et du sport ; « réseaux, services et usages » travaille sur larticulation les trois SSC des transports, des technologies de linformation et de la communication et de lénergie ; « espaces naturels et ruraux et société urbanisée » alimentera la réflexion sur le SSC des espaces naturels et ruraux ; « santé et territoires » revient sur le SSC sanitaires) ou au contraire plus transversaux (cest le cas notamment du groupe de réflexion « temps et territoires », ou « risques locaux et action collective », ou encore « aménagement du territoire en Europe »). La publication dun texte, Aménager la France de 2020, publié à la Documentation française en juillet 2000, manifeste la volonté de la DATAR danimer le débat sur laménagement du territoire, en présentant un avenir considéré comme souhaitable, le polycentrisme maillé, et en le soumettant au débat, et le lancement dun institut des hautes études daménagement et de développement du territoire (IHEDAT) qui doit jouer comme un creuset des idées et des pratiques daménagement du territoire complètent ce programme. Pourquoi un groupe sur la santé
parmi ces dix groupes ? Prospective, territoires et santé : Long terme, santé et territoiresLong terme et santé Enjeu majeur de la société aujourdhui, et probablement demain. Limportance de la santé apparaît facilement après les crises sanitaires (ESB et Creutzfeld-Jacob, dioxine, listeria qui ont secoué l'Europe et qui continuent de la secouer. Par-delà ces crises, la préoccupation pour la santé est de plus en plus mise en avant, et revendiquée comme un droit. De ce point de vue, linstauration de la CMU est une avancée certaine. Dautres éléments tels que le vieillissement de la population en Europe, les évolutions attendues dans loffre de soins, mais également la modification de la demande de santé, qui dépasse la demande de soins et englobe une consommation « sanitaire » des pratiques sportive, une exigence de qualité de lalimentation, ainsi que la demande de contrôle des pollutions ; les conditions de travail et de cessation dactivité (retraite ou passage à la réduction du temps de travail) sont des éléments qui contribuent à donner une place centrale aux préoccupations de santé au sens large. Ce sont des facteurs dont il faut tenir compte et qui ont des implications importantes dans lorganisation de la vie quotidienne des Français, et dans léconomie du pays. Santé et territoires Les inégalités géographiques de la santé sont désormais connues et plus encore reconnues. Régulièrement, la presse se fait lécho dun rapport qui met en évidence ce qui finit par apparaître comme un invariant de la santé en France : les inégalités entre CSP, sexes, mais aussi entre les territoires. La question du territoire ou des territoires est importante de différents points de vue :
Importance locale de l'offre de santé. Son poids dans l'économie apparaît clairement. La santé structure fortement les territoires. Lhôpital est souvent le premier employeur, nest-il pas aussi le dernier employeur ? Long terme, santé et territoires Quelles seront les évolutions de ces dynamiques territoriales dans les vingt prochaines années ? Le travail du groupe sera délaborer des scénarios contrastés, intégrant des facteurs « mesurables » (démographie, évolution des dépenses de santé, concentration/diffusion de la population sur le territoire, démographie des soignants ), des facteurs non mesurables (demande de contrôle des soignants par les patients, accroissement de la demande de prévention, stratégies des offreurs de soins privés, des assureurs, des régions ) des choix de politique (réglementation de linstallation, des remboursements, de la marge accordée aux différents acteurs régionaux ou locaux ). Dans un deuxième temps, il devra « partager » la prospective sur la santé et les territoires en associant des acteurs, des citoyens, des élus, des représentants de la « société civile » à cet exercice. De ce point de vue, le domaine de la santé offre des perspectives particulièrement intéressantes, du fait des innovations qui sy sont développées depuis quelques années en matière dorganisation territoriale :
Nous avons exposé pourquoi faire
de la prospective sur la santé et les territoires. Mais comment
faire ? Quel est le matériau de la réflexion ?
Comment la santé publique est-elle concernée par laménagement
du territoire, et à linverse comment laménagement
du territoire rencontre-t-il la question de la santé ? Santé Publique et Aménagement du Territoire. Les questions dorganisation spatiale du système de santé sont aujourdhui confrontées aux problématiques de laménagement du territoire. Une rencontre La rencontre
aurait du être ancienne ; elle est récente. Ancienne, tout simplement parce que les infrastructures médicales et hospitalières structurent de longue date lespace géographique. Ancienne également parce que les flux quengendrent les déplacements des malades vers les soignants polarisent le quartier, la ville, la région, le pays tout entier en fonction de leur plus ou moins grande rareté : les villes sont depuis longtemps, mais la révolution industrielle lavait fait négliger, dabord et avant tout des hôpitaux. Ancienne encore parce que les états de santé des groupes humains qui composent une nation sont variés, largement déterminés par « lenvironnement » et quils commandent des réponses sanitaires qui doivent être adaptées, « ciblées », localement. Mais la rencontre est récente pourtant Récente parce que linstallation des professionnels est libre dans notre pays, parce quelle paraît donc déterminée par le libre arbitre individuel et à ce titre insoumise à de quelconques régularités statistiques qui permettraient denvisager sa maîtrise. Récente aussi parce que la fonction hospitalière était jusque il y a peu le fait des municipalités, une « affaire de clocher » laïc après avoir été religieux pendant des siècles. Récente aussi parce quà lopposé des visions locales, la centralisation à la française rendait impossible, voire sans objet, toute prise en compte des territoires locaux au bénéfice dune vision égalitaire, lisse et sans aspérités du territoire national par une sorte de glissement facile mais dangereux de la définition constitutionnelle dune France une et indivisible. Récente enfin, et ne soyons pas naïfs, parce que lhôpital, avec la fin de la société industrielle, est soudain devenu, en cette fin de siècle, non seulement le premier employeur, ce quil était déjà souvent, mais aussi souvent le dernier gros employeur de la plupart des villes françaises. Cette situation concerne toutes les villes, petites bien sûr où la fermeture projetée de tel ou tel hôpital résonne comme le glas dune ville, dun « pays » tout entier, mais aussi des plus grandes car que se passerait-il en termes économiques et sociaux si lon fermait les établissements des plus grandes villes ? Non seulement pour les villes concernées mais aussi pour leur région : dans 14 des 22 régions françaises, cest un hôpital qui arrive en tête des plus grands établissements de la région, dans le sud du pays mais aussi dans de vieilles régions industrielles comme le Nord-Pas-de-Calais ou la Lorraine. Des raisons plus profondes moins circonstancielles justifient cette actualité
Raisons GEOGRAPHIQUES: La diffusion des connaissances en géographie de la santé C'est une raison "déclenchante" : les inégalités géographiques de la santé sont désormais connues et plus encore reconnues. Reconnues parce que admissibles du fait du déclin d'une conception jacobine et égalitaire de la Nation qui niait les différences. Il en résulte que ces inégalités sont aujourd'hui politiquement et socialement acceptables. De ce fait, l'approche géographique de la santé devient utile au débat public. Autour des travaux des géographes s'installe un débat que ces travaux éclairent.La mise au point d'un corps de méthode qui autorise l'action. La diffusion, la mise en débat des travaux des géographes est permise parce que les géographes ont su modifier leurs méthodes :
Du coup la géographie a été à même de nourrir utilement un débat public et même de le faire émerger comme un défi global pour la société et pas seulement comme un problème sectoriel. L'évolution juridique récente en porte les traces. Elle justifie l'approche territoriale de la santé. Les géographes sont pour ainsi dire désormais tenus d'exercer une mission sociale et politique dans ce domaine. Une rencontre en forme de débat Engagés dans la régionalisation, mettant en uvre des Schémas Régionaux dOrganisation Sanitaire pour les Agences Régionales de lHospitalisation ou des Programmes Régionaux de lAssurance Maladie pour les Unions Régionales des Caisses dAssurance Maladie, les planificateurs ont pour mission fondamentale dassurer une réponse optimale de loffre aux besoins en terme daccessibilité dune part, de sécurité et de qualité des soins dautre part. Dans cette tâche ils se heurtent à de nombreux acteurs qui privilégient pour les uns laccessibilité pour les autres la sécurité. Soyons francs : le problème paraît à beaucoup proche de celui de la quadrature du cercle et soyons nets : sous peine dune diminution de la qualité et de la sécurité des soins « tout nest pas possible partout » mais pour autant et la formule est tirée dun discours de Bernard Kouchner « tout nest pas impossible partout ». A légard ce cette contradiction dont la résolution nest au fond rien dautre que la recherche de léquité, il nest pas dit, en effet, et le cas le plus connu, celui des petites maternités, est exemplaire, que la question ait été posée avec toute la rigueur nécessaire ni quelle nait pas été posée à lenvers en partant de loffre au lieu des besoins. La solution est à rechercher dans le pragmatisme et la conciliation : pour les acteurs de santé, elle doit consister à prendre en compte les questions daménagement du territoire cest à dire à intégrer laspect économique, social, culturel et politique de la santé à côté de sa dimension purement médicale. Pour les acteurs de laménagement fonctionnaires publics, élus, elle doit accepter de considérer les objectifs médicaux de sécurité et de qualité des soins, cest à dire, abruptement, à ne pas sacrifier des vies sur lautel de lemploi. Cest en réalité à
lémergence dune culture commune quil
importe de contribuer. Cette culture commune doit dabord reposer
sur ce souci constant de concilier laccessibilité et la
diffusion des soins avec la sécurité et la qualité.
Elle doit se nourrir des philosophies politiques qui fondent la République
et, de cette dernière, illustrer la devise. Cette culture commune doit aussi délimiter létendue de son champ de compétence. La question ne se limite pas au seul problème de la fermeture du petit hôpital dune petite ville de la France rurale. Elle est aussi présente dans les grandes villes, dans les centre villes et dans les banlieues, au nord et au sud du pays, dans les plaines littorales comme dans larrière-pays montagneux. Les problèmes se posent en fait partout et à toutes les échelles. Mais il ny a pas toujours antinomie entre la santé et laménagement du territoire. Les réponses ne se résument pas non plus à agir sur la seule offre de soins. Quelques exemples suffiront à nous en convaincre : Quelques exemples concrets nous montrent l'intensité des liens entre santé et territoires
Comment poser aujourdhui la question de la santé et des territoires ? Au travers des territoires, la santé et non des seuls soins de santé
Santé et Territoires : quelle organisation
idéale ? dès aujourd'hui 5 niveaux semblent émerger si l'on observe de près le fonctionnement de l'offre de soins :
Des territoires sanitaires à la recomposition des territoires :
Bibliographie : Alvergne,
C., Musso, P. « Aménagement du territoire et prospective
Chroniques dun devenir en construction »
Territoires 2020 n°1, premier semestre 2000.
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Chargée de Mission Prospective, DATAR Marion Glatron,
Jean-Yves Jacob, Emmanuel Vigneron - |
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