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DE LA PLACE DES FEMMES DANS LE DOMAINE
DE LA SANTÉ, À TRAVERS LE MONDE Huguette
MAUSS
Directrice de la DDASS des Vosges Et la collaboration de : Aïssatou SENE-TOURE
Responsable de laction sanitaire et sociale de la ville de Dakar |
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L'article complet |
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Le 5 juin 2000, lONU ouvrait sa 5ème session de lassemblée générale sur les femmes, intitulée « femmes 2000, égalité entre les sexes, développement et paix pour le XXI ème siècle » Cette session intervenait 5 ans après la conférence de Pékin qui avait fixé des priorités pour combattre les discriminations sexuelles. Le bilan est pauvre, les efforts menés en matière de santé et dans une moindre mesure déducation ont permis quelques progrès mais les femmes continuent de souffrir de pauvreté et de violences, fléaux qui se seraient accrus avec la mondialisation et les guerres. En 1995, le programme daction de Pékin avait défini une série de cibles stratégiques et énuméré les actions devant être menées avant lan 2000 par les gouvernements, la communauté internationale, les organisations non gouvernementales et le secteur privé pour combattre les discriminations sexuelles. Douze domaines critiques avaient été identifiés comme constituant des obstacles fondamentaux à la promotion des femmes : la pauvreté, léducation et la formation, la santé, la violence, les conflits armés, léconomie, le pouvoir et les prises de décision, les mécanismes institutionnels, les droits humains, les médias, lenvironnement et enfin les fillettes 5 ans après de lents progrès sont intervenus
Extrait, Le monde mercredi 7 juin 2000Le 29 avril 2000, le Monde retraçait quelques objectifs du forum mondial sur léducation qui se déroulait à Dakar sous légide de lUNESCO. Les stratégies fixées ces dernières années pour promouvoir léducation universelle nont pas donné les résultats attendus. La communauté internationale a réaffirmé ses objectifs en matière de scolarisation de base, en particulier pour les filles Si la situation sest améliorée en Amérique latine et en Asie de lEst, lAfrique et lAsie du Sud demeurent très en retard en matière dacquisition de savoirs fondamentaux. Il y a encore 880 millions danalphabètes dans le monde dont la plupart sont des femmes Plus de 110 millions denfants dâge scolaire ne vont pas à lécole. Lobjectif fixé en 1990 à loccasion de la conférence mondiale sur léducation, de faire en sorte quune éducation primaire soit accessible à tous les enfants et à réduire massivement lanalphabétisme des adultes en lan 2000 est loin dêtre atteint : 113 millions denfants dont 60% de filles nont pas accès à lenseignement primaire. Le taux dalphabétisation global est de 85% pour les hommes et de 74% pour les femmes. Mais selon Aïcha Bah Diallo, ancien ministre de léducation en Guinée et actuellement directrice de léducation de base à lUNESCO, le plus important est la volonté dagir. Cest encore une volonté politique. Le droit à léducation est inscrit dans la déclaration universelle des droits de lhomme. Pour donner ce droit à tous les enfants, les Etats doivent dégager un budget adéquat et mener une campagne de sensibilisation pour faire comprendre aux parents le bénéfice que les filles peuvent tirer de léducation. Car si lenseignement est de qualité, si les programmes répondent aux besoins de la communauté et si les élèves sont sécurisés, les parents sont prêts à envoyer leurs filles à lécole. et de citer lexemple « des puits et des moulins qui ont été donnés aux familles pour alléger la charge des travaux imposée aux filles et leur permettre ainsi daller à lécole ». Ces quelques données mondiales illustrent la complexité du problème mais démontrent également que la mondialisation rend plus que nécessaire une solidarité avec les pays les plus pauvres car si lenjeu humanitaire est aveuglant, lenjeu stratégique ne lest pas moins. Selon le ministre des finances du Mexique, dans un siècle dabondance, la pauvreté est le risque systémique majeur. Le 31 mai, La banque mondiale sous le titre « lAfrique peut-elle encore revendiquer sa place au XXI ème siècle » dresse un constat alarmant. LAfrique est aujourdhui menacée dêtre exclue de la révolution de linformation , près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté Quarante après le début de la décolonisation, lAfrique noire ne sest toujours pas relevée du remodelage forcé auquel lont soumise les grandes puissances européennes. Bien sûr, lAfrique nest pas homogène et tous les pays ne souffrent pas de la même façon. Mais lanalyse est alarmante : le revenu moyen par habitant a baissé depuis la fin des années 60 et la situation sest globalement détériorée sur le continent En trente ans, lAfrique a perdu des parts de marché dans le commerce mondial, y compris dans le commerce des matières premières et des produits de base qui est théoriquement lun de ses atouts. LAfrique représente à peine 1% du PIB mondial et 2% des échanges internationaux LAfrique doit relever de gigantesques défis. Tout ou presque reste à faire, sur le plan humain mais également économique, les épidémies (y compris le sida et la malaria) et les conflit font des ravages. Les investissements sont faibles, lévasion des capitaux soutenue et la fuite des cerveaux croissante. La réduction des inégalités est le nouveau credo des institutions internationales. Le développement est un processus cumulatif : la réussite dans un domaine ouvre de nouvelles opportunités dans dautres. Un espoir réside dans lavancée des technologies de linformation dont pourrait bénéficier le continent africain. Ce vu sera-t-il suffisant ? Linefficacité des actions de la communauté internationale nest plus à démontrer. La corruption coûte extrêmement cher, particulièrement en Afrique, où 30 milliards de dollars daide internationale ont été détournés. La corruption peut réduire de 0,5 à 1 point par an le taux de croissance dun pays. Le constat est unanime, la bonne gouvernance est le maillon manquant entre la lutte contre la pauvreté et sa réduction effective. La population est maintenant davantage préoccupée par la corruption et elle demande des comptes à ses gouvernants. Tout cela est très encourageant et ouvre la voie au développement. Les grandes puissances semblent déterminées à tendre la main à lAfrique. Au delà de la réduction de la dette, le signe le plus tangible serait de lui offrir un accès privilégié à leurs marchés. Et partant, laider à satisfaire ses besoins fondamentaux : la sécurité alimentaire, la santé, léducation, la constitution ou le renforcement dinstitutions solides. Selon Michel Camdessus, directeur général du FMI, dans un article le 17 janvier 2000, un nouveau départ est possible pour lAfrique, à condition que tous les Africains y participent et que le monde entier leur prête main forte. Sans louverture des pays industriels à tous les produits des pays les plus pauvres, les efforts pour alléger le fardeau de la dette ne permettront guère de porter la croissance au rythme nécessaire et de faire reculer la pauvreté au rythme promis. Nul ne prône plus de prétendues « politiques alternatives » qui permettraient de faire léconomie des efforts dassainissement nécessaires. Chacun est prêt à reconnaître que le développement passe par le renforcement de la stabilité macroéconomique, la consolidation des secteurs financiers, la refonte des cadres législatifs, réglementaires et judiciaires, la poursuite des efforts dintégration régionale, le raffermissement de la démocratie et la bonne gestion des affaires publiques. En Afrique, comme ailleurs, on sait désormais que la transparence et la lutte contre la corruption ne sont plus des matières à options. Lutter contre la pauvreté par des investissements bien choisis, dans les domaines de la santé, de léducation ou les infrastructures rurales a un effet amplificateur des dynamiques de croissance. La perspective de développement humain inscrite dans ces efforts confère à des stratégies macroéconomiques et structurelles rigoureuses, leur justification et peuvent faire gagner le soutien populaire indispensable. La lutte contre la pauvreté et les stratégies macroéconomiques se soutiennent mutuellement. Selon le bureau international du travail, lAfrique subsaharienne est une des régions du monde où les femmes travaillent le plus tous âges confondus. La minorité de femmes au Togo ou au Nigéria qui a souvent conquis au prix fort son autonomie, ne saurait cacher la précarité et la dépendance de limmense majorité des femmes africaines. Au travers de la santé, toutes les questions posées par la santé des femmes renvoient à tous les dysfonctionnements des pays africains, système sanitaire obsolète et sans budget, mentalités ballottées entre médecine traditionnelle et médecine modern. Au travers du témoignage dOdile
Dufriche, médecin de santé publique qui a travaillé
près de 15 ans en Afrique et particulièrement au Mali,
je voudrais illustrer comment une nouvelle politique, inspirée
de soins de proximité permet à ces femmes oubliées
dêtre des acteurs de la lutte contre la pauvreté
et dêtre linterface indispensable face aux stratégies
macroéconomiques. La CONTRIBUTION DES FEMMES AU DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE SUBSAHARIENN Odile DUFRICHE, médecin inspecteur de santé publique et son Film « Sans rendez-vous » Le contexte Depuis une dizaine dannées, poussés par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, les pays dAfrique sont passés de lassistance totale à lobligation dune importante participation des populations au fonctionnement des services publics ; ainsi se sont ouverts des centres de santé communautaires, des écoles communautaires. Les femmes ont été les premières
à subir les conséquences de cette nouvelle situation et
ont été les premières à réagir. Elles
étaient déjà coutumières de certaines pratiques
qui ont facilité cette adaptation Dans la tradition, les femmes africaines participent à des réseaux sociaux de quartier, aux « tontines » (système dépargne traditionnelle), aux « grins » (organisation traditionnelle dentraide des femmes dune même tranche dâge). En Afrique de lOuest, elles participent à la vie associative depuis de nombreuses années, et même pendant les périodes de dictature, cette vie associative na pas été anéantie. Depuis les années 1990, années de décentralisation
et de participation, elles se sont organisées, ont mis en place
des activités génératrices de revenus, multiplié
les « tontines » mais aussi ont adhéré
les premières aux « caisses dépargne
et de crédit » qui se sont installées dans
les villages même les plus reculés. Les femmes remboursent
mieux leurs emprunts, sont souvent mieux organisées, plus solidaires
et plus responsables que les hommes. La prise en charge de la santé par les femme La santé des femmes en Afrique est trop souvent tributaire du pouvoir et du bon vouloir de lhomme, le code de la famille rend la femme dépendante de lhomme, dabord de son père, puis de son mari, en enfin si elle devient veuve, de ses fils Malgré tout, un développement harmonieux ne peut se faire sans que les hommes ne soient associés à toutes les étapes de ces mutations, quils les comprennent, les acceptent, les encouragent. Les conférences internationales, en particulier celle qui sest déroulée en 1995 à Pékin (Béijing) a permis aux femmes « intellectuelles » de sintéresser aux plus démunies, à faire parler delles. Cette conférence les a obligées à communiquer avec les femmes du milieu rural, à mieux les connaître pour parler en leur nom. Dans certains pays, à loccasion de cette conférence, le code de la famille devait être modifié, devait donner plus de pouvoir aux femmes et leur reconnaître plus de droits. Cest grâce à ces conférences, que les pays du nord découvrent le décalage existant entre nos régions. A loccasion de ces conférences, les coopérations ont découvert « lapproche genre » (rapport hommes-femmes) et le rôle des femmes dans le développement. Cest grâce à ces conférences que certains projets ont été pris en compte et financés. Les femmes étaient traditionnellement éduquées par leurs grands-mères lors des cérémonies de lexcision qui marquaient le passage de lenfance à ladolescence. Elles étaient promises puis mariées très jeunes. Le nombre denfants
dune famille polygame peut atteindre 30 enfants voire plus ;
chaque femme voulant autant denfants que sa co-épouse.
Actuellement, les mariages polygames sont moins nombreux, le nombre
de co-épouses et le nombre denfants diminuent. De nombreux facteurs font que les ménages accordent plus de valeur à lenfant, à sa santé, à son éducation. Cest la femme qui prend en charge les plus grandes dépenses de santé, de la famille. Après avoir essayé les traitements traditionnels (redevance en nature), en cas déchec de ces derniers, elles se déplacement vers les centres de santé communautaires ou vers des centres de santé de district. Elles ont vite compris que les médicaments génériques sont moins chers et soignent bien et que les mutuelles peuvent aider à la prise en charge et à la qualité des soins. Pour parvenir à payer ces soins, nombreuses sont les femmes qui se regroupent autour dactivités génératrices de revenus. Certaines sont même devenues responsables dassociations gérant les centres de santé de leur village, sorganisent pour acheter les médicaments et gérer le personnel. Afin de mieux nourrir leurs enfants, déviter la malnutrition secondaire à un sevrage rapide, des groupes de femmes ont cultivé et fabriqué des farines avec des produits locaux (« consommez malien », disait lancien président de la république du Mali ). Ces produits équilibrés sont accessibles au pouvoir dachat des femmes, évitent les farines importées, si chères que les quantités indiquées ne sont jamais respectées. Les accoucheuses traditionnelles ont encore un rôle important dans les villages, et certains organismes ont su les utiliser en leur donnant une formation et du matériel adapté pour accoucher les femmes dans de meilleures conditions. Laccouchement est pour les femmes africaines un des évènements les plus dangereux de leur vie. Près dune femme sur 100 décède encore en mettant au monde son enfant. Ce sont encore les femmes qui se sont battues pour avoir une maternité dans leur quartier, allant de maison en maison pour recueillir des contributions, prenant contact avec des partenaires au développement. Aujourdhui, le Sida touche durement les femmes et les rend vulnérables. Certaines ont été atteintes, ont fait connaissance de cette maladie par la mort de leur enfant. Contaminées, elles sont organisées en associations pour faire face à cette maladie et la faire accepter dans leur entourage. Elles organisent des visites à domicile, participent à des séminaires, à la journée mondiale contre le Sida, mettent en place des activités génératrices de revenues permettant daider les plus démunies (vente de poupées, cuisine de rue, ateliers,, micro-crédits pour les petits commerces, location de pousse-pousse). Ces activités redonnent la joie de vivre aux femmes touchées par le Sida. Par ces petits projets, les femmes ont retrouvé leur place dans la société, ont donné une autre image de la personne séropositive, ont retrouvé le goût de vivre, de se faire belles. Elles vivent, ont un projet de vie Lengagement des femmes africaines pour la santé des autres femmes a été marqué ces dernières années par la lutte que certaines dentre elles mènent contre lexcision. Dautres combats se mènent dans les quartiers, par la participation à des projets de santé communautaires. Certaines femmes se sont regroupées pour recevoir une information et soigner les enfants en participant à lacquisition dune pharmacie familiale. De jour, comme de nuit, elles soignent et distribuent des traitements adaptés au poids de lenfant contre le paludisme et les fièvres élevées si dangereuses pour les nourrissons. Ce sont les femmes qui se sont organisées les premières pour ramasser les ordures ménagères , porter de leau à domicile. Ce sont elles qui se mobilisent lors dépidémies pour aller avertir les autres femmes et leur expliquer les messages sanitaires / Comme en témoignent ces nombreux exemples, la santé ne peut se concevoir sans un développement social harmonieux, lenseignement, le développement des routes, la construction de dispensaires, la construction décoles et la formation de maîtres compétents forment un tout dont dépend la santé et le développement des pays. La difficulté pour les promoteurs de projets,
ce nest pas dobtenir ladhésion des femmes,
cest comment arriver à les joindre, à les rassembler,
car les femmes en milieu rural travaillent près de 15 heures
par jour (ramassage du bois, travaux des champs, cuisine
). Elles
nont pas le temps découter la radio, ni de participer
aux cours dalphabétisation organisés pour elles.
Pourtant, elles sont conscientes de limportance de laccès
à la lecture et donc à la scolarisation de leurs filles.
Nombreuses sont celles qui, actuellement, réclament du travail
pour leurs enfants. Elles se sont sacrifiées pour leur payer
les études et ne supportent pas de voir ces jeunes sans travail,
sans activité. Principes :
******** Conclusion : lamélioration du sort des femmes, nest pas seulement un impératif dordre éthique elle simpose aussi au nom du développement économique. Le sexisme est lennemi de la croissance économique. Lémancipation des femmes permet daméliorer la productivité à long terme grâce par exemple à une meilleure éducation des enfants et surtout des filles. Selon la Banque mondiale, les femmes promeuvent aussi la bonne gouvernance car elles sont moins disposées que les hommes à payer des pots-de-vin. Si les pays du Proche-Orient, dAsie du Sud et dAfrique réussissaient à réduire lécart d éducation entre les sexes, leur croissance annuelle serait de 0,5 à 0,9 point plus élevée quaujourdhui. Les volontés ne manquent pas : Jacques Attali propose la high-tech pour lutter contre la pauvreté, au travers dune mise en réseau des instituts de microfinances, banque locales qui prêtent de faibles montants à des personnes ne présentant pas de garanties. Ainsi au Burkina-Faso, les responsables dassociations féminines espèrent que laccès au réseau mondial aidera à promouvoir leur cause. Internet peut-il être un outil pour faire bouger lAfrique ? Enfin si la réalité du pouvoir des femmes nest pas reconnue, elles occupent, selon Béatrice Majnoni dIntignano, des positions déterminantes dans les sociétés modernes et pacifiées, en particulier un rôle majeur dans la transmission des valeurs et la résolution des conflits Le mot de la fin : Comme le disait dernièrement, un ami médecin malien . « vous nous avez appris, nous savons faire, faîtesnous confiance « - >(Dr Aliou Sylla) |
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