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DE LA COMMUNE AU QUARTIER :
Joël LLUGANY Docteur ès lettres |
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L'article complet |
Seconde partie |
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Résumé. Linéquité géographique et linjustice sociale dans la répartition des praticiens de la médecine libérale suscitent des inégalités dans laccession aux soins. Leurs appréhensions dans des communes de taille limitée et dans une grande ville apportent une contribution à la recherche de leurs résolutions. Le département des Pyrénées-Orientales par ses originalités est apparu comme un laboratoire idéal pour identifier ces faits. MOTS CLES. Communes - Quartiers - Perpignan - Médecine libérale - Equité - Inégalités spatiales - Inégalités sociales - Pyrénées-Orientales - Abstract. Geographic inequity and social injustice in the liberal practionners repartition create some inequalities in the access of care. The way they are perceveid in small communes and in a big town help to give a contribution in the search of their resolutions. The department of Pyrénées-Orientales and these originalities seems to be an ideal laboratory for the identication of these facts. KEY WORDS. Communes - Bouroughs- Perpignan - Liberal medicine - Equity - Spatial inegalities- Social inegalities - Eastern Pyrénées- Introduction De léquité et de la pertinence du choix des Pyrénées Orientales
Léquité contribue à la valeur dun système de soins tout autant que la qualité des services offerts (P. Mormiche, 1994). Elle doit procurer à chaque individu un droit égal dêtre et de rester en bonne santé. La médecine libérale de premier recours est celle qui est à même de satisfaire au mieux cette double exigence par la facilité avec laquelle elle peut se distribuer dans lespace et garantir à tous, quel que soit le niveau de vie ou la situation géographique, le droit élémentaire à la santé (J. M. Auby, 1981), selon les injonctions de lO.M.S (O.M.S 1981, 1982 (2), 1984). Léquité sinspire de la théorie
de lutilitarisme (A. Sen et B.
Williams, 1982) selon
laquelle des avantages sont accordés au plus grand nombre de
personnes afin de réduire le plus possible les inégalités
dans laccès aux soins. Une application de cette théorie
sest traduite par la mise en place du Welfare State
en Grande-Bretagne qui donne un système de soins étatique
dans lequel les médecins fonctionnaires officient dans les limites
dun secteur géographique. Une source supplémentaire dinspiration est la théorie du maximin (J. Rawls, 1987, 1993, 1994). Elle vise à rendre chacun égal devant la santé en privilégiant les catégories sociales les plus défavorisées, en leur accordant la gratuité des soins et par limplantation des médecins en des lieux où ils font habituellement défaut. Selon le principe de légalité daccès aux soins et dun recours en fonction des besoins de santé, lallocation des ressources sanitaires est profilée selon ces besoins. Au delà de ces théories, léquité spatiale trouve plusieurs définitions. Selon J. Bidet, léquité se définit comme légalité démocratique, qui tend à la maximisation de la position des plus défavorisés. (J. C. Bidet, 1995). Cest ainsi accroître la présence médicale auprès des populations lésées financièrement et géographiquement. Léquité sapparente à une justice distributive (J. Ladrière et P. Van Parijs, 1984 et C. Lachaud et L. Rochaix, 1992) et illustre une société juste (P. Van Parijs, 1991). Pour H. Hansluwka, cest permettre à toutes les couches de la population dun pays laccès direct aux soins, ou en dautres termes, mettre en place dans tout le pays une infrastructure sanitaire ouverte, bon marché et accessible à toutes les classes sociales est un objectif que nul ne conteste... (H. Hansluwka, 1985), ainsi léquité sapparenterait donc au Welfare state. Pour H. Béguin : Au niveau dun seul agent, efficacité et équité se confondent. Au niveau de la collectivité, lefficacité consiste à optimiser lobjectif commun, donc moyen ; léquité consiste à accorder de lattention à certains membres de la collectivité, cest à dire à modifier les localisations dans un sens qui leur soit favorable. Dès lors, le système des localisations nest plus loptimum collectivement efficace. Léquité soppose à lefficacité, la collectivité abandonne une partie de son efficacité globale pour améliorer le sort dune partie de ses membres : cest lexpression de la solidarité. (H. Béguin, 1989). Réduire les inégalités géographiques dans laccès aux soins contribue à rendre ces derniers présents là où ils savèrent être les plus nécessaires, cest à dire dans les zones défavorisées du territoire. Selon cette définition, la notion déquité spatiale sapparente à la théorie du maximin de Rawls. Si la satisfaction de léquité spatiale en matière de soins demande une localisation des personnels de santé en des lieux peu propices, la réalisation de la justice spatiale se conçoit par une présence médicale au plus près des populations géographiquement désavantagées. La réalisation de léquité sociale requiert des exigences dun autre ordre. Le système de santé français est basé sur les principes de la justice distributive (les ménages contribuent proportionnellement à leurs revenus à son financement par leurs impôts et leurs cotisations sociales) et de luniversalité car, du moins en principe, tout un chacun est couvert par la Sécurité sociale ; dès lors, le problème de laccessibilité sociale ne devrait pas se poser. Cependant, ces principes ne garantissent pas un remboursement intégral des soins et la multiplication des intervenants privés parmi les personnels de santé permet à des catégories sociales favorisées de sassurer une couverture complémentaire, ou des soins privés. Le niveau de protection sociale varie donc selon le milieu social, et ...les membres des familles douvriers non qualifiés ont globalement un moindre niveau de couverture. En effet, quils soient exonérés du ticket modérateur ou pas, la part de ceux qui nont pas de couverture complémentaire est toujours plus importante que dans les autres catégories socio-professionnelles. (P. Delattre, F. Falise, T. Sailly, 1988 et J.C Lebrun, 1988). Ainsi, les disparités daccès aux soins des médecins entre les catégories sociales saccroissent (R. Thurman, 1932 et F. Tonnellier, 1990).
Les communes et les quartiers simposent comme champs détude car ils permettent de saisir au mieux ...laccessibilité et le recours réels aux soins des populations, et les formes dactivité des prestataires de services. Car il sagit bien en fait de reconstituer les filières et les itinéraires de soins des uns et des autres. (H. Picheral, 1989). Cette médecine est le premier maillon de la chaîne des soins et marque lentrée du patient dans le circuit de la médicalisation. Appréhender les écarts de médicalisation à la base cest vouloir résoudre les inégalités daccès aux soins car ...aujourdhui, la politique de réduction des écarts (de médicalisation) entre régions est un faux problème, car elle masque les inégalités daccès aux soins qui existent à une autre échelle. Les disparités sont en effet très fortes (même pour les généralistes) entre les quartiers centraux, les banlieues défavorisées et les espaces ruraux qui se dépeuplent. Quels sont aujourdhui les indicateurs daccès aux soins dans les quartiers en difficultés, îlots sensibles, banlieues en crise ? La réduction des inégalités en matière de médicalisation passe par une réduction à léchelle de base, et, cest à cette échelle quil faut poser maintenant la question de léquité spatiale. (F. Tonnellier ,1991) Permettre à tous daccéder aux soins dans toutes les communes serait la la solution idéale mais léquidistribution communale des ressources médicales relève de lutopie et lexercice de la médecine ne peut sopérer que dans un nombre limité de communes ou de quartiers. Dès lors, les lieux dimplantation des professions libérales de santé conditionnent cette accessibilité. Le cadre de lanalyse communale : le département des Pyrénées-Orientales
Des travaux dirigés par A. Guellec (A. Guellec, 1983 et 1994 (2)) rappellent la viabilité de léchelle départementale due à son ancienneté et aux nouvelles lois de décentralisation. Selon J.Beaujeu-Garnier ... sa longue existence lui assure les mérites de lexpérience et de la régularité en même temps quelle lui confère une certaine force et homogénéité. Il constitue une unité spatiale valable, cohérente, grâce à une organisation interne hiérarchisée qui fixe les rapports de chaque niveau avec le niveau supérieur (commune, canton, arrondissement, département, nation ) cohérence qui permet la continuité de la voie hiérarchique. (J. Beaujeu-Garnier, 1983) Cette permanence du département est confortée par de nombreux universitaires qui lutilisent comme cadre de leurs recherches (J. Renucci,1973 ; R. Béteille, 1974 ; S. Hourriez-Durey, 1979 ; J. Dufour, 1981 ; O. Balabanian, 1984 et J.P. Vigneau 1985).
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