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SYNERGIE ENTRE POLLUTION BIOLOGIQUE ET POLLUTION CHIMIQUE, LES RISQUES CROISÉS Karine LAAIDI CLIMAT ET SANTÉ
- CENTRE D'éPIDéMIOLOGIE DE POPULATION
Faculté de Médecine BP 87900 21079 Dijon Cedex tel. 03.80.39.33.77 fax. 03.80.39.33.00 |
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L'article complet |
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À l'heure actuelle, la pollution chimique suscite de nombreuses études et beaucoup d'intérêt. Mais la pollution biologique est souvent minimisée, et la loi sur l'air du 30 décembre 1996 ne prend en compte que la pollution chimique, et non la pollution biologique, ce qui est regrettable. En effet la pollution biologique est responsable de pathologies qui peuvent associer des symptômes bénins mais handicapants à d'autres parfois mortels. Il est d'autant plus regrettable que la pollution biologique soit négligée que les deux pollutions, chimique et biologique, peuvent cumuler leurs effets nocifs sur la santé de l'homme. Evolution géographique de la rhinite allergique et de la pollution L'allergie a été découverte en 1819 en Grande-Bretagne par l'Anglais Bostock, c'est-à-dire au début de l'ère industrielle avec lapparition de la pollution chimique massive de latmosphère. Puis lon trouve, en 1830, les premières description en Allemagne, dans la Ruhr. Cette affection apparaît quelques années plus tard en Nouvelle-Angleterre. En France, le rhume des foins est diagnostiqué pour la première fois en 1860 chez un médecin français par un anglais qui lui indiqua que cétait laffection dont « souffre notre roi Georges ». Par ailleurs les premiers travaux de langlais Charles Blackley en 1876 mentionnaient déjà le fait que cette affection, rare à lépoque, touchait seulement les pays industrialisés. La découverte progressive de la rhinite au XIXe siècle ne semble pas être due à un désintérêt ou une méconnaissance de cette affection, même sil est vrai quà lépoque les grands fléaux, famines et épidémies, préoccupaient certainement davantage les populations. Mais la médecine française était alors de qualité, et la rhinite allergique aurait certainement été décrite si elle avait existé. Par contre, son apparition dans différentes régions et celle de la pollution chimique massive de latmosphère savèrent concomittantes : en effet la Grande-Bretagne fut la première à réaliser sa révolution industrielle, suivie par lAllemagne avec la Ruhr et la Nouvelle-Angleterre (J. Bousquet et F.B. Michel, 1995). On voit donc bien que la rhinite, contrairement à lasthme dont il est déjà fait mention dans les textes bibliques, grecs ou romains, est une affection moderne dont lapparition coïncide avec le début de lère industrielle. Depuis, l'allergie est en progression constante, et sa prévalence saccroît en parallèle avec l'augmentation de la pollution. Plusieurs études réalisées dans les mêmes conditions de lieu et de population témoignent de cette progression :
Comment la pollution chimique peut-elle influencer l'allergie ? La pollution chimique peut agir à plusieurs niveaux : Tout d'abord elle agit sur le pollen lui-même. Il faut savoir que les allergènes contenus dans le grain de pollen sont des protéines ou des glycoprotéines. Ces allergènes une fois libérés sur les muqueuses respiratoires ou oculaires vont entraîner la synthèse d'anticorps de type IgE et la synthèse d'histamine par certaines cellules appelées mastocytes. Cette synthèse d'histamine est à l'origine de la réaction allergique.
Or en présence de polluants tels que le dioxyde d'azote, le dioxyde de soufre ou l'ozone le nombre de protéines et en particulier d'allergènes est augmenté à l'intérieur du grain de pollen et ces allergènes ont plus de facilité à sortir du grain donc à entrer en contact avec les muqueuses des patients. Par ailleurs les grains de pollens pollués induisent une plus grande libération d'histamine par les mastocytes que les grains non pollués (schéma précédent). Des études réalisées sur des pollens de chêne, d'orme et de fétuque exposés au monoxyde de carbone, au dioxyde de soufre et au dioxyde d'azote ont montré une augmentation du nombre d'acides aminés présents dans le grain de pollen, et par suite de l'allergénicité testée sur des lapins après exposition à ces polluants (J. Ruffin et al., 1986). Une autre étude réalisée en Autriche a consisté à comparer des pollens de bouleau récoltés dans différents endroits : en centre-ville de Vienne, dans un parc de cette ville et dans deux petites agglomérations. Les résultats ont montré que les pollens récoltés en centre-ville sont plus riches en allergènes. Ceci peut être mis en relation avec la présence d'une forte pollution automobile au centre-ville, en particulier en oxydes d'azote. Une étude réalisée à Mulhouse a permis de comparer la charge en polluants de pollens de bouleau dans différentes zones de lagglomération : il en est ressorti que les pollens les plus chargés en polluants sont ceux dune zone dactivité industrielle située près dune autoroute péri-urbaine, suivis par ceux dun carrefour routier du centre-ville. Puis viennent les pollens dune zone piétonne, qui sont surtout chargés en particules de suies ou de fumées noires diverses. Enfin les pollens récoltés dans une zone résidentielle sont les moins pollués. Lobservation au microscope des grains pollués a révélé une fragilisation de lexine, cest-à-dire de la paroi externe du grain, et lapparition de craquelures à sa surface pouvant faciliter la sortie des allergènes. La pollution agit également comme facteur adjuvant dans la réaction allergique :
NO2 + UV ® O + NO O + O2 ® O3 Le dioxyde dazote est un polluant qui provient pour l'essentiel de la circulation automobile et du chauffage domestique. Mais la réaction de production dozone dépend de la concentration ambiante en oxydes dazote et de lensoleillement :
La pollution peut influencer à long terme les allergies au pollen : Une étude réalisée à Mexico en 1991 a montré une relation nette entre les pics polliniques et les hospitalisations en urgence pour asthme, mais na pas permis de déterminer une influence des pics polliniques. Cependant, le nombre annuel dadmissions pour asthme et la concentration moyenne annuelle en ozone ont révélé une tendance similaire, suggérant une association à long terme : en effet, lexposition à long terme à ce type de pollution, particulièrement importante à Mexico, pourrait augmenter la sensibilité des personnes atopiques aux allergènes, en particulier aux pollens. On voit bien là leffet de la pollution de fond, et non plus seulement des pics de pollution, sur laugmentation des manifestations dallergie aux particules biologiques de latmosphère.
Climat & Santé Centre dEpidémiologie de Populations Faculté de médecine BP 87900 21079 Dijon Cedex. Tel. 03.80.39.33.77 Fax. 03.80.39.33.00 e-mail : karine.laaidi@u-bourgogne.fr |
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