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DEMANDE DES VOYAGEURS LES PROBLÈMES POSÉS PAR L'ÉVOLUTION DU PROFIL DES VOYAGEURS Olivier BOUCHAUD Médecin du Voyage |
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L'article complet |
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La médecine des voyages est une nouvelle discipline qui existe réellement depuis une dizaine dannées seulement. Comme toute discipline nouvelle elle est dun côté très dynamique, mais dun autre côté elle est encore à la recherche de ses marques dans un champ daction extrêmement vaste. Sa naissance et sa structuration est le fruit direct dune demande sans cesse croissante et dune évolution quil la rend de plus en plus nécessaire. En effet elle concerne actuellement environ 25 millions de personnes qui annuellement se rendent des pays plus industrialisés vers des zones plus à risque sur le plan sanitaire. Pour ce qui est de la France elle sadresse tous les ans à environ 3 millions et demi de nos concitoyens. Si lon se base sur la croissance du nombre des trajets par avion qui devrait atteindre le milliard par an dans les toutes prochaines années, on image aisément la progression très importante de la demande dans ce domaine. La médecine des voyages ou la gestion des paradoxes : Le premier dentre eux est lextrême hétérogénéité des situations, alors quen face la demande du voyageur est une réponse simple et rapide. Le deuxième paradoxe est quil sagit dune discipline très transversale, très « généraliste », qui devrait dailleurs être idéalement du ressort du médecin généraliste, mais qui en pratique est assurée essentiellement par des spécialistes dune part parce que la discipline nest pas enseignée dans le cursus de base du médecin, mais également dautre part parce que les réponses à apporter sont parfois du domaine de lhyperspécialisation. On peut ainsi prendre pour exemple ladaptation de linsuline chez un homme daffaires diabétique qui enchaîne des voyages dEst en Ouest et retour, ou la demande de données épidémiologiques précises sur lévolution des épidémies de fièvre de Lassa au Liberia ou au Sierra Leone qui demandent lun et lautre des connaissances difficilement accessibles au médecin de ville même branché sur internet. Quel est le profil des voyageurs ? Il est clairement très hétérogène et évolutif. Les différents profils des voyageurs se dessinent en effet en fonction de différents critères quil faudra nécessairement prendre en compte au cours de la consultation.
Il y a bien évidemment le voyage touristique avec toutes les nuances qui peuvent exister entre le voyage type routard et le voyage organisé. Il y a le voyage des hommes daffaires, en général de durée brève, dans des conditions souvent peu exposées, mais en règle non préparé, en tout cas sur le plan sanitaire. Il y a aussi lexpatriation professionnelle pour des durées plus ou moins longues qui souvent saccompagne dune « migration » familiale. Il y a enfin les voyages « humanitaires » qui exposent parfois à des risques très particuliers, les voyages liés à des pèlerinages (notamment à la Mecque : cf lépidémie de méningite lors du dernier Hadj), et lon pourrait même parler des voyages en milieu militaire. Le grand point commun à ces différents types de voyage est cet énorme mouvement de démocratisation du voyage qui est certainement lune des révolutions des plus franches de ces dernières années dans nos sociétés modernes.
Cest un aspect tout à fait passionnant de la médecine des voyages, encore très mal maîtrisé car nous ne possédons pas les outils pour appréhender cet aspect des choses. Sans entrer sur le terrain complexe de lanthropologie du voyageur, tous les éventails peuvent se voir entre les hyper-anxieux désordonnés ou à linverse obsessionnels qui viennent vous voir avec une longue liste des différents problèmes possibles, au voyageur désinvolte, le « jai tout vu et je sais tout » qui vient pour réclamer vigoureusement le vaccin antipaludisme qui nexiste pas ! Il ne faut évidemment pas oublier à cette rubrique le voyageur « pathologique », qui voyage pour échapper ou au contraire trouver une réponse à un déséquilibre et qui hante certaines destinations « typiques » comme par exemple lInde, avec parfois des décompensations de leur état tout à fait dramatiques. Cette dimension « psychique » du voyageur doit dailleurs faire bien prendre conscience que toute personne apparemment parfaitement équilibrée va connaître des modifications de son comportement qui vont se traduire le plus souvent par une occultation des règles primaires et réflexes de sécurité. On verra ainsi facilement une personne « raisonnable » oublier de boucler sa ceinture de sécurité, plonger dans une piscine vide, ou succomber au charme dune dame « exotique », toutes choses qui ne seraient pas seulement imaginables dans leur vie habituelle. Enfin il serait incomplet domettre une classe un peu particulière de voyageurs que sont les migrants et les demandeurs dasile politique qui vont voyager dans le sens inverse du flux habituel (sud nord) et poser des problèmes de santé tout à fait particuliers. Le médecin du Voyage : polydisciplinaire par essence Ainsi pour faire face à cette grande hétérogénéité des situations rencontrées, le médecin du voyage doit être très polydisciplinaire. Le premier niveau de compétence doit se situer bien évidemment dans une connaissance minimale de la géographie. Ne pas situer les îles Andaman est peut être pardonnable, mais ne pas savoir du tout où se trouve le Guatemala ou lOuzbekistan rend peu crédible les conseils qui pourront être donnés par la suite. La connaissance des différents niveaux de risque concernant les problèmes de santé possibles est également indispensable pour sélectionner, en fonction des différentes situations, les mesures de prévention. Une connaissance polydisciplinaire dans les différentes spécialités médicales permettra également de répondre à des questions aussi diverses que le délai acceptable pour voyager après un infarctus ou les modalités dadaptation du traitement chez un diabétique. Des notions danthropologie médicale ne seraient certainement pas inutiles pour aborder certaines situations complexes comme par exemple la prévention chez les migrants. Enfin « un bon sens » psychologique est indispensable car la médecine du voyage manie un autre paradoxe qui est celui de lopposition entre la notion de voyage loisir ou voyage plaisir et la notion de voyage risques pour la santé. Cest ce paradoxe qui explique les difficultés de communication entre les voyagistes et les médecins du voyage qui ont apparemment des démarches opposées, puisquil y a dun côté le discours « laissez-vous aller, oubliez vos soucis, on soccupe de tout » et de lautre « attention le Kenya est un pays superbe mais impaludé » ou « attention à 85 ans, le Bouthan cest faisable, mais ». Prévention, information et acceptation du risque Ces réactions paradoxales pour un objectif commun cest à dire faire partir et revenir le voyageur heureux et en bonne santé, permettent de revenir sur la demande du voyageur vis à vis du médecin du voyage. On pourrait, je crois, la résumer en une seule phrase : « faites moi voyager sans problème pendant le séjour et sans mauvais souvenir au retour ». On entre donc là de plein pied dans la notion de prévention qui est le cur de la médecine des voyages. Cette prévention va passer par une information si lon sappuie sur léquation « risque = ignorance x hasard ». Cette notion de connaissance et donc dacceptation du risque, même si ce risque est, rappelons-le, en règle générale très modeste, est un point capital. Cependant le niveau de perception de cette notion est très variable selon le profil psychique du voyageur et sa culture. On est en effet parfois sidéré de voir certaines personnes partir sans avoir la moindre notion de la destination où il se rendent ni bien évidemment du contexte géo-politique de leur séjour, ce qui rend bien évidemment difficile la perception dun risque médical et, en aval, de lincurie des services de santé de beaucoup de pays « exotiques » (cest lhistoire de cette patiente qui vient consulter parce que son comité dentreprise lemmène faire un voyage « dans les Iles », sans pouvoir préciser plus avant de quelles îles il sagit ). De même beaucoup de voyageurs imaginent que, où quils soient, un bel avion blanc affrété par la compagnie dassistance viendra se poser à côté de leur bungalow au moindre petit bobo. Cette notion dacceptation (ou non) du risque prend parfois des dimensions étonnantes. Ainsi dans la culture nord-américaine, lorsque lon achète un voyage (lexpression en dit long dailleurs par elle-même ), il est difficile dimaginer de rester alité un tiers du temps en raison dun problème de santé. Le procès au voyagiste nest pas exclu et cette « ambiance » peu conduire à des excès dans la réponse médicale à la demande du voyageur daller vers le « non risque ». On voit ainsi aux Etats Unis des prescriptions dantibiotiques pendant toute la durée du séjour pour éviter la banale et en règle bénigne diarrhée du voyageur, prescription qui, en dehors de son coût, expose en elle-même à des effets secondaires qui peuvent être potentiellement graves. Touriste ou Voyageur ? Pour conclure et pour rester dans cette notion fondamentale de la perception et de lacceptation du risque, je voudrais passer quelques instants sur 2 mots, parfois utilisés lun pour lautre : le voyageur et le touriste. Le premier fait référence à une dimension un peu mythique du voyage. Cest le voyage avec un grand V, le voyage-explorateur, le voyage à risque par essence, « romantique » et aventureux à la Dumont dUrville, à la Henry de Monfreid, ou à la Alexandra David-Neel. De lautre côté cest le touriste avec son voyage organisé, sécurisé où la notion de risque est souvent gommée mais qui garde plus ou moins clairement dans son sub-conscient le fantasme un peu trouble dêtre quand même un Voyageur. |
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