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QUELS
ESPACES POUR LHÔPITAL Guy BERNFELD Directeur du patrimoine, Assistance Publique des hôpitaux de Paris. |
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L'article complet |
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Lhôpital : létymologie du mot (hospes) indique tout dabord la destination du bâtiment. A lépoque où lon cheminait à cheval ou à pied, la chambre dhospitalité « le cubiculum hospitale » existait dans la demeure des personnages riches et permettait par charité et par intérêt de retenir les étrangers. La complexité de lhôpital cest dêtre dabord un lieu, un espace physique, lieu déchange et de prises en charge sanitaire et sociale mais aussi un lieu de savoir, de symbole et de pouvoir. Lhôpital aujourdhui à Paris, cest bien entendu lHEGP et sa gestion informatisée, mais cest aussi la Pitié-Salpétrière et son site de 30 hectares, lHôtel-Dieu et sa presque quadruple densité, ou Saint-Louis et son royal quadrilatère. Cest encore lhôpital Joffre au cur de la forêt de Sénart, ou lhôpital maritime de Berck au milieu des dunes de la côte dOpale, cest aussi lhôpital Avicenne à Bobigny, symbole de toute une communauté ou encore Henri Mondor à Créteil, signal urbain inévitable. Lhôpital daujourdhui est multiple, héritier dun long passé, ancré dans le sol et dans les mentalités. Mais que sera
lhôpital de demain ? Un réseau virtuel, une
industrie de pointe, une plate-forme déchange à
équidistance des centres urbains ou une maison de quartier ?
espaces physiques, espaces virtuels, espaces clos, espaces ouvert. On
ne peut parler despaces sans parler despèces dirait
Georges Perec ! et lhôpital est avant tout peut-être
lespace de tous les paradoxes : entre la vie et la mort,
la santé et la maladie, la peur de la misère et de la
différence, lattente de la solidarité et de la fraternité. I LHÔPITAL : UN NOM, DES LIEUX Hôtel, Hospital, Hospice, Hôpital, la notion même a beaucoup évolué au cours des siècles. Le terme a insensiblement recouvert des significations diverses. Il désigne, au départ une maison destinée à recevoir les malheureux touchés par lâge, la maladie ou les infirmités. Cette hospitalité se diffuse au Moyen âge en Europe occidentale avec le christianisme et les grands ordres monastiques. Si lhôpital-infirmerie accueille au pied de la cathédrale, la maladrerie (ou la léproserie) isole hors les murs. Sous la monarchie, Lhôpital général, plus proche de la maladrerie, enferme, sur ordre de la police, les mendiants, les vagabonds et les femmes de mauvaise vie. La période révolutionnaire enrichit la terminologie en distinguant les missions : Hôtel-Dieu toujours en coeur de cité pour les soins, et hôpital pour les contagieux plus excentrés, Hospice ou maisons pour la bienfaisance, avant que naissent au cours du XIXe siècle les concepts dasile, puis de centre ou de dispensaire. Lhôpital, comme nous le connaissons aujourdhui, naît véritablement dans la 2e moitié du XIXe siècle, où il accompagne le grand mouvement durbanisation dont il constitue lun des équipements majeurs. Lhôpital est un recours et cest pourquoi, dès sa plus lointaine origine, lhôpital est à la fois sur le plan moral, un lieu vénérable, et sur le plan social et institutionnel, un lieu religieux donc sacralisé. Lhôpital, dasile à la pauvreté, devient progressivement le pivot de lorganisation sanitaire. La loi de 1941 qui ouvre lhôpital à toutes les catégories de population et la création de la sécurité sociale (1945) qui lui apporte des moyens importants, annoncent une ère nouvelle. Ce recours, sil est devenu aujourdhui laïque, fait dire au généticien Axel Kahn que « le nouvel humanisme, est toujours daccueillir et de soigner, même avec beaucoup de technique. » Le Président de la République, en inaugurant le Salon Hôpital Expo le 14 mars dernier, soulignait également ce besoin daccueil : « Lhôpital porte en lui la double exigence de lexcellence et de lhospitalité qui lui impose doffrir à tout malade, sans distinction, les meilleurs soins. Fidèle à sa vocation, il doit être un lieu dhumanité et de fraternité tout en demeurant à lavant garde de linnovation médicale ». Lhôpital est aussi un lieu urbain, par sa localisation et par son fonctionnement La plupart de nos Hôtel-Dieu trouvent leur origine dans une Domus Dei épiscopale. Un des premiers lieux connus avec certitude est celui dArles où Saint Césaire (503/543) affecta à cet usage une maison très spacieuse. Quant aux anciens hôpitaux généraux, constitués au XVIIe siècle et situés hors les murs pour des raisons de sécurité et de contagion, ils se sont vus progressivement englobé par la ville qui, débordant de ses enceintes, sest diffusée le long de ses chemins daccès. Lieu daccueil ou lieu de relégation, lhôpital luimême, historiquement isolé, protégé dans son enceinte dès le XVIIe siècle, est un véritable quartier de ville avec ses lieux de résidence (unités dhospitalisation, logements), ses équipements (restaurant, crèche, jardin denfant, écoles) sa logistique (cuisine, usine, ateliers, lieu de stockage, réserves, dépôts de fluides ) ses réseaux de desserte, circuits de livraison, de desserte, ses parkings, ses espaces verts, voire ses commerces (cafeteria, journaux, cadeaux ). On y travaille, mais on y vit également, on y accède souvent librement, on y vient pour quelques heures, le temps dune visite ou même dune opération, pour quelques jours, parfois aussi pour quelques mois voire quelques années. Lhôpital est un pôle de vie économique, un pôle demploi (en région parisienne, en moyenne entre 1000 et 3000 emplois par site) un pôle déchange, (cest entre 20 000 et 40 000 hospitalisations et entre 100 000 et 300 000 consultations annuelles,sauf dans les hôpitaux de gérontologie) une véritable petite cité en somme. Lhôpital est, bien entendu, un lieu médicalTenon fournit en 1789 une liste de 2326 hôpitaux « La structure hospitalière de la France peut donc se lire de trois façons, dans sa réalité ancienne, dominée par le souci dune charité indifférenciée, dans sa réalité profonde du 18ème siècle, marquée par son rôle de protection sociale, dans sa réalité à venir et qui prend déjà corps : celle de garant de la santé nationale. La carte hospitalière doit dépendre de la démographie, des fameux « bassins de vie » et fait apparaître la relation privilégiée qui existe entre lhôpital et la ville. Lhôpital est un lieu de savoir A lépoque révolutionnaire apparaît aussi la conception nouvelle de lhôpital comme centre des soins délicats et denseignement de haut niveau, conception confortée également par la création des pharmacies hospitalières. Lexternat puis linternat des Hôpitaux de Paris créés en 1802 par Chaptal donnent accès aux premiers grades de la hiérarchie hospitalière. Lenseignement rénové de la médecine doit avant tout dêtre pratique « peu lire, beaucoup voir et beaucoup faire » invite Foucroy. « Ouvrez quelques cadavres, écrit Bichat, vous verrez aussitôt disparaître lobscurité que jamais la seule observation naurait pu dissiper. » Lhôpital qui seul permet lacquisition en même lieu de la clinique, science médicale placée en face du lit du malade et de lanatomie pathologique, devient lespace privilégié du développement de la médecine et de son enseignement. Ceci sera consacré avec les ordonnances du 30 novembre 1958 sur la Réforme hospitalo-universitaire. Les centres hospitalo-universitaires sont dotés dune mission officielle de recherche au même titre que celles denseignement et des soins. La réforme Debré officialise ainsi légalité voulue entre les 2 types denseignements : cliniciens et fondamentalistes. Lhôpital est un lieu de pouvoir et sest vu lespace de multiples luttes : Lutte entre les religieux et les laïcs pour la prise en charge administrative des hôpitaux dès le Moyen âge et surtout à la renaissance. Lutte entre le caractère social et médical. Lutte entre lhospitalisation et dautres formes dorganisations des soins. Lutte entre les spécialités. II DES SITES EN PERPéTUELLE éVOLUTION Lieu complexe technique, social et politique, lhôpital est avant tout lieu tout court, site , espace physique. Si lon
connaît bien aujourdhui lhistoire de larchitecture
hospitalière, on ignore plus souvent lhistoire des sites
hospitaliers, leur mode de composition, de sédimentation, dorganisation.
A partir des années 1930, la primauté de la technique et de la fonction de soins ont relégué au second plan laménagement des sites hospitaliers. Centrée sur le confort du malade,
la politique d'humanisation entreprise par l'AP-HP depuis plusieurs
années justifie l'application de mesures tant esthétiques
(recours à une architecture moins austère pour un cadre
d'accueil et de séjour agréable) que fonctionnelles (généralisation
des chambres individuelles, amélioration des conditions de sécurité...).
Une organisation cohérente du site et des espaces extérieurs valorisés jouent dès lors un rôle fondamental pour accompagner cette nouvelle dimension sociale. La connaissance de lhistoire
du site na de sens que si elle éclaire le présent,
aussi sagira-t-il plus de définir lespace dans son
aboutissement actuel que dans sa forme originale. Pour permettre une approche urbaine du territoire hospitalier, les emprises ont été classées en 5 modèles dorganisation spatiale qui se différencient selon. 1. Leur relation à la ville, 2. leur patrimoine bâti, 3. leurs espaces extérieurs. Bien évidemment,
chaque hôpital est un cas unique en matière d'organisation
spatiale. Il est issu d'un contexte géographique
et économique précis qui interfère sur son fonctionnement
(localisation centre/périphérie, médecine spécialisée
ou générale...). Certaines constantes apparaissent toutefois d'un cas à l'autre, justifiant l'appartenance à tel ou tel modèle. En règle générale ces constantes reposent sur une mise en pratique de conceptions architecturales et scientifiques similaires, ainsi que sur un mode d'évolution identique.
Il se distingue par la dispersion sur l'emprise des bâtiments et des services (médicaux, administratifs...). Il se caractérise aujourdhui, d'une part par sa vaste emprise, d'autre part par l'hétérogénéité de ses bâtiments (constructions d'époque, de style et de nature variés). Ces deux caractéristiques majeures suscitent une difficile appréhension du site, renforcée par une dispersion des constructions sur l'ensemble de l'emprise. La proportion d'espaces non bâtis est supérieure à celle des espaces bâtis confirmant par ailleurs ce phénomène de mitage. (hôpital Bichat). L'implantation au coup par coup a conduit à une rapide saturation du site, entraînant de nombreux problèmes de renouvellement des constructions. Le modèle lotissement dispose de peu de réserves foncières. La moindre parcelle disponible suscite dès lors de très nombreux projets.(hôpital Saint-Louis) En terme de fonctionnement, les voiries présentent des inadaptations majeures aux usages (conflits d'usage piétons et voitures) en raison de leur dimensionnement. Les circulations piétonnes se révèlent discontinues, l'espace consacré à la voiture étant plus important que celui accordé aux piétons. Les espaces libres sont rarement affectés à la détente. Trop souvent, ils remplissent un simple rôle de liaison entre les bâtiments. Ils sont généralement occupés par des véhicules, signe d'une capacité insuffisante en matière de stationnement. 2. Le modèle aggloméré est représenté, dans sa majorité, par des hôpitaux hygiénistes du XIXe siècle. Son emprise se répartit en une couronne périphérique bâtie ceinturant un noyau dense comprenant l'hôpital d'origine. Variante du modèle lotissement, l'organisation du modèle aggloméré est étroitement dépendante de la superficie restreinte des emprises, aussi l'éclatement du bâti n'a-t-il pas été reproduit. En effet faute de terrain suffisamment vaste, les nouvelles constructions complétant la composition initiale se sont, soit greffées aux bâtiments anciens, soit accolées à la clôture de l'hôpital. Dans ce dernier cas, elles ne sont séparées du noyau historique que par la largeur d'une voie centrale de circulation (hôpital Laennec). Progressivement, cette ceinture périphérique s'est densifiée. Elle constitue aujourd'hui une limite marquée, distinguant clairement le territoire hospitalier de la ville. Cette évolution a conduit au morcellement de l'espace public. De nombreux espaces résiduels subsistent sans statut spécifique. De même les parcours piétons sont discontinus, ne facilitant pas la liaison d'un bâtiment à l'autre. La voirie centrale introduit un élément de rationalisation de l'espace. Son tracé organisé en boucle irrigue l'ensemble du site et canalise les véhicules sur un unique parcours. Ce système facilite l'orientation des usagers. (hôpital Fernand Widal construit en 1858 par Labrouste) Toutefois, insuffisamment dimensionné, il ne permet pas une fluidité de circulation. De même, il n'offre que peu de places de stationnement sur voirie. Le problème du stationnement est par conséquent préoccupant. Il rend lespace illisible : stationnement sauvage systématique, occupation des quelques espaces de détente, interruptions des cheminements piétons, engorgements ponctuels de la voirie... 3. Héritier des sanatoriums de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, le modèle articulé dispose de pavillons autonomes reliés entre eux par des galeries couvertes. Les hôpitaux appartenant au modèle articulé ont progressivement été reconvertis et destinés aux secteurs gériatriques, psychiatrique ou à l'accueil des polyhandicapés. Ces activités ont conféré un profil particulier à ces équipements. Localisés en des lieux présentant des conditions géographiques propices au repos (campagne, bord de mer, montagne) ces hôpitaux ont accordé une grande importance aux espaces de détente représentant plus des trois-quart de la superficie totale des emprises. Ces espaces ont une vocation thérapeutique. Tel un écran protecteur, ils enserrent intégralement les bâtiments. Le bâti est composé de pavillons de gabarit peu élevé (R à R+5), parfois un peu plus, reliés entre eux par des galeries couvertes (Dupuytren). Une artère primaire de circulation contourne l'ensemble du bâti et dessert chaque pavillon. Toutefois son tracé originel a parfois été interrompu puis rétabli. Ce réseau élémentaire est adapté aux besoins modestes de ces hôpitaux en matière de circulation et de stationnement. Complétant ces voies de circulation, de nombreux cheminements piétons ont été dessinés, irriguant l'ensemble du site et invitant à la promenade. Néanmoins les franges sont rarement appropriées par les patients, ces derniers se contentant des abords immédiats des bâtiments. 4. Le modèle compact a été adopté à partir de 1932. Application des théories fonctionnalistes, il se caractérise par l'intériorisation des services dans un bâtiment monobloc au centre d'une emprise. Situé en proche banlieue et le plus souvent à proximité d'infrastructures de transport importantes, ce modèle est conçu pour la voiture. La présence de nappes de stationnement autour du bâtiment principal confirme cette orientation. Son gabarit élevé lui confère une fonction de repère urbain et facilite les déplacements des usagers jusqu'à lui. Toutefois cette caractéristique volumétrique contraste avec le tissu environnant et crée une rupture dans la trame urbaine. Les surfaces de l'emprise bâtie sont quatre fois moins importantes que les espaces libres. Cette répartition découle de la concentration du bâti en un seul bloc. Disposant d'opportunités d'extension, ce modèle offre ainsi une grande flexibilité foncière. A cette souplesse s'ajoute souvent la flexibilité de la structure poteaux/poutres des bâtiments centraux. En contrepartie de cette concentration en un seul bâtiment, de vastes espaces verts non traités et non appropriés subsistent en marge de l'emprise. Les déplacements s'organisent selon un circuit radial. Dès l'entrée, les véhicules sont directement orientés vers l'aire de stationnement. Un cheminement piéton guide les usagers jusqu'au bâtiment. Les flux convergent vers un même lieu d'arrivée : le hall central du monobloc. A l'intérieur de l'hôpital les déplacements horizontaux laissent place à des circulations verticales. 5. Le modèle horizontal lui succède à partir des années 1980. Il est le reflet de la politique d'humanisation. Il se caractérise par une emprise bâtie unique occupant la quasi-totalité du terrain. Symbole de technicité, le bâtiment de gabarit élevé se présente tel un bloc indivisible et homogène dont la prégnance sur le paysage environnant en fait un véritable repère urbain. Les services sont concentrés dans cet unique bâtiment. Ce mode d'occupation ne laisse que de peu de réserves foncières effectives. Les cheminements s'organisent le long d'une rue intérieure piétonne ouverte à tous sur laquelle viennent se greffer des modules de consultations et d'hospitalisation disposant de leur propre circulation verticale. Cet axe central qui guide aisément le patient ou le visiteur est relié à l'espace public urbain. Très animé, il accueille des fonctions non médicales et symbolise le prolongement de la ville dans l'hôpital. Le seuil entre ces deux territoires est toutefois clairement marqué. Les accès sont différenciés selon les usages : l'entrée véhicules correspond à celle du parc de stationnement souterrain localisé sous l'hôpital et les circulations piétonnes, en nombre réduit, mènent directement à la rue intérieure. Tous ces sites ne peuvent avoir le même avenir. Certains connaissent aujourdhui, de par leur organisation, leur localisation, une saturation évidente, dautre, à linverse moins soumis aux pressions diverse, semblent flotter dans un habit trop grand. Tous néanmoins prouvent, une fois encore, la nécessaire adaptation, au fil du temps, de lespace à ses fonctions, quelles soient médicales, sociales ou économiques. Et il est indispensable de distinguer espace géographique et espace bâti, la désaffectation du premier nentraînant pas forcément la démolition du second ! ! III QUE SERA DEMAIN LHÔPITAL, lui qui aujourdhui doit encore profondément se transformer et sadapter :
Lhôpital depuis 1970 nintervient exclusivement que pour des prises en charge sanitaires. De fait, il intervient de plus en plus pour traiter certains patients en situation de précarité. LAP-HP a mis en place des permanences daccès aux soins de santé (PASS - SAMU Social). Lhôpital, encore trop
centré sur une logique dorganisation interne plus que sur
les besoins des personnes malades, lhôpital malade de cloisonnement
et de corporatisme, doit développer de nouvelles idées
de solidarité et de rapprochement des activités sanitaires,
sociales, denseignement, de recherche et de prévention..
Lhôpital doit se développer au sein dun réseau partant des structures des médecins généralistes, avec des prolongements sur le médico-social, en multipliant les systèmes mobiles, la veille permanente, les points découte et dorientation et lhospitalisation à domicile. Ce réseau doit prendre en compte le malade dans toute sa globalité. Les réformes de 1991 et 1996 contribuent à la mutation de linstitution hospitalière, pour louvrir sur son environnement et laccrocher, larticuler au territoire. La mise en place de réseaux inter-hospitaliers, la recherche de complémentarité, la quête dune véritable efficience médico-économiques des soins hospitaliers à linstar des principales expériences étrangères illustrent les formidables atouts que constitue une stratégie hospitalière dans un environnement territorial économique et social dynamique. Ainsi, le réseau de prise en charge des toxicomanes fait intervenir de nombreux partenaires, hôpitaux, hôpitaux psychiatriques, centres spécialisés de soins aux toxicomanes, centre dhébergement, médecins généralistes. Les réseaux sont très concernés également par la prévention. Ainsi on peut citer pour lIle-de-France le réseau ville - hôpital de prévention périnatale et parentale de la maltraitance mais également des réseaux de prévention en matière de nutrition, de tabagisme, dalcoolisme, de suicide et bien dautres Lhôpital restera-t-il lunité de base du système ? « La question importante pour lavenir est de savoir si lunité de base du système restera lhôpital, ou si la clinique, les professionnels ou le réseau prendront sa place ; si les réseaux seront liés par contrat à lhôpital, ou bien au généraliste comme au Royaume-Uni ou à un HMO comme aux Etats-Unis », En tout état de cause, la question centrale sera : va-t-on négocier avec les réseaux ou va-t-on inventer le réseau à partir de lhôpital ? Et qui va financer les réseaux ? ? ? ? (faut-il garder ce §) « Le système actuel ne va pas dans la bonne direction, estime Jean de Kervasdoué, Professeur en charge de la chaire dEconomie de la Santé au Conservatoire des Arts et Métiers : « au Parlement, les débats portent sur les enveloppes accordées aux médecins généralistes, aux spécialistes, à lhôpital, aux cliniques, aux prescriptions médicales, aux infirmières, aux ambulanciers... Vient ensuite la répartition régionale, laquelle est différente pour les hôpitaux et pour les cliniques. Ce nest pas raisonnable. On est en train de créer des murs de Berlin ! » Lhôpital de lavenir pourrait dêtre une plate-forme de santé, cest-à-dire une tête de réseau, un point de connexion traversé par un système dinformation reliant tous les acteurs de santé, avec comme point commun un identifiant unique du malade et un dossier médical numérisé et partagé. Lhôpital reposera de plus en plus sur un système dinformation sophistiqué plutôt que sur un bâtiment monumental. Lhôpital est de moins en moins un lieu de séjour (sauf pour la rééducation, les accidents vasculaires cérébraux ou encore la gériatrie Alzheimer-), il sera de plus en plus un lieu de passage. Ceci va influencer la conception des espaces, ou à côté du plateau technique vont se développer des espaces réservés à lambulatoire, des espaces ouverts à dautres acteurs comme la médecine libérale ou les associations de malades, ou bien encore des services complémentaires ou connexes à la santé. Cet ensemble, vaste complexe déchange de la santé, va devenir un lieu de convergence. Une telle mise en réseau est complexe, car elle repose sur labandon du cloisonnement et du fractionnement du système. Elle va également remettre en question la séparation nette entre le sanitaire et le social, décidée en 1970. Cest le retour à la mission sociale de lhôpital. Ce regard qui change sur lenvironnement, entraîne un travail avec de nombreux acteurs. Ainsi, les réseaux de cancérologie ont pour objet de garantir la qualité des soins en tous points du parcours du patient et de concilier la proximité et légalité des chances au sein du système. Ainsi en matière de gérontologie, depuis les ordonnances de 1996, de nombreux décrets et circulaires ont précisé le concept du réseau, comme une réponse organisée sur un territoire donné dun ensemble de professionnels par rapport aux attentes, aux demandes et au besoins des personnes âgées. En France, il y a actuellement entre 1000 et 1500 réseaux identifiés. Lévolution de lhôpital va donc largement se faire virtuellement hors les murs par la compétence des équipes qui se délocalisent en se rendant au chevet du malade et dans les maisons de retraite, par la permanence du service public y compris dans le domaine médico-social, par un réseau denseignement et de recherche qui mette ses protocoles à disposition dautres structures par une diffusion des savoirs. Ces réseaux concernent aussi la télémédecine qui concerne autant la transmission dimages (radiographies, échographies, scanner, IRM...) que la surveillance médicale à domicile (grossesses à risques, diabétiques, personnes âgées...) A léchelle nationale, les maternités françaises vont être mises en réseau pour améliorer le diagnostic prénatal et pour réduire une mortalité néonatale. Les grandes mutations médicales contribuent largement à lémergence des réseaux. Le professeur Guy Frija, radiologue, lors du Colloque de lUnesco de décembre 1999 sur lhôpital du XXième siècle, déclarait : « grâce à la conjonction des progrès accomplis en biologie, en ingénierie moléculaire et en physique, les diverses techniques dimagerie vont offrir des possibilités de diagnostic obtenues toujours plus rapidement, mais aussi moins dangereuses et plus précises. Tout ceci va induire de nouveaux métiers, de nouvelles organisations, modifier les enjeux et générer également de nouvelles contraintes. » En chirurgie, la robotique et la captation des images en tri-dimensionnel vont aussi modifier les contours de la médecine et de la chirurgie. Toutes ces nouvelles techniques, seront utilisées comme un levier dans la réorganisation du système hospitalier. » Il faudra transcender goût du pouvoir et rivalité territoriale pour des coopérations plus soutenues au sein des fédérations de gestion commune ou des centres de responsabilités. Enfin, le développement de lHospitalisation à Domicile va aussi ouvrir lhôpital sur la cité. Il est désormais possible de traiter chez eux un nombre croissant de patients, notamment ceux qui souffrent dinsuffisance respiratoire chronique grave et de maladies infectieuses ou cancéreuses requérant ladministration régulière dune chimiothérapie, dantibiotique ou danalgésique par perfusion. Au travers de ces évolutions, lhôpital, plaque tournante de santé, doit devenir référent, communiquant et transparent Cette mutation devrait être accompagnée de réflexion autour de larchitecture, de nouvelles procédures organisationnelles et de complémentarités exprimées sur des bases régionales. Lhôpital doit répondre au défi du vieillissement, au défi de travailler avec les autres, au défi de la prévention, au défi de laccessibilité aux soins durgence. Compte tenu des bouleversements rapides du médical, du technique et des systèmes dinformation, il serait illusoire de faire des projections à long terme. Néanmoins, on peut penser que la plate-forme hospitalière sera conçue :
Larchitecture devra alors être plus humaine et plus proche de lhôtel que de linternat. La maisonnée, en particulier en gériatrie, unité quasiment pavillonnaire, parfaitement identifié au sein dun bâtiment plus complexe remplacera progressivement, lunité, létage ou le couloir. Enfin, le bâtiment hospitalier va devoir être sinon flexible, du moins versatile, cest-à-dire adaptable, car comment savoir quel sera le service, quelle sera la discipline qui se développera ou satrophiera dans dix ans ? La conception doit donc être prospective, en particulier au niveau des réseaux techniques et des trames de structures. Hôpital adaptable, hôpital tête de réseau, hôpital référent, hôpital communiquant, hôpital transparent... Si des valeurs hospitalières qui ont inspiré tant de générations dhospitaliers comme laccueil, la qualité des soins, légalité des soins renvoient à un long processus historique que nous venons dévoquer, les valeurs dhumanité et de fraternité vont revenir à égalité avec les attentes de technicité. IV LHOPITAL, ESPACE DE TOUS LES PARADOXES : Lhôpital qui se fond dans la ville, qui attire informe et soigne, est la composante centrale de la chaîne de santé en train de se mettre en place au profit des citoyens. Lhôpital pivot connaît aujourdhui une véritable difficulté à gérer dans un même lieu la totalité des paradoxes qui le fonde Historiquement dans les murs et hors les murs, médical et social, hospitalier et répressif, espace de convergence et de diffusion, à la fois centrifuge et centripète, il doit être demain : Plus réparti sur le territoire, mais plus concentré dans ses activités Plus proche des patients, mais plus loin des centres Plus ouvert sur la ville mais plus protecteur pour les patients fragilisés Plus facile daccès à tous, mais plus résistant à la pression de lautomobile Plus virtuel, mais plus attentif à la qualité esthétique des ambiances ou des matériaux Plus adapté à lévolution des normes mais plus respectueux de son patrimoine Plus technique, mais plus chaleureux Plus équipé mais plus discret Plus rapide mais plus à lécoute Plus économe mais plus entreprenant Plus rentable mais plus « service public » ! CONCLUSION DE NOUVEAUX
ESPACES POUR Au total il y a place non pour un mais pour plusieurs hôpitaux, non pour un espace mais pour une diversité despaces. Lhôpital de demain aura sans doute besoin de grandes emprises qui hébergeront des pôles médicaux très techniques, très denses, très spécialisés et localisés à des points stratégiques du territoire, en coeur de bassin de vie cest à dire bien souvent à équidistance des centres urbains (à limage des gares TGV ! ! !). Dans le même temps, la ville ne pourra se passer despaces hospitaliers de proximité moins médicalisés, plus généralistes et plus à léchelle humaine, plus réduits en taille, plus dispersés mais plus intégrés au tissu urbain. (maison des adolescents, appartements thérapeutiques) Pour suivre cette évolution, il faudra une fois encore, que les emprises hospitalières, les bâtiments hospitaliers sadaptent, se reconfigurent, se redistribuent : sur les sites existants ou sur de nouveaux sites, dans des bâtiments anciens ou dans de nouvelles constructions. Inévitablement, lhôpital libèrera en plein cur de ville, des espaces, des bâtiments, qui devront retrouver une nouvelle affectation, un nouvel usage. De par leur localisation plus que centenaire, les anciens hôpitaux français sont les lieux par excellence du renouvellement urbain. De par leur histoire et la taille de leurs emprises, ils sont aussi lune des rares opportunités de recréer de la centralité. Porteurs de sens profond (ceux de la vie et de la mort), ils recèlent un patrimoine dune rare qualité pour les villes, que les collectivités ne doivent pas ignorer. Lespace de lhôpital, cest lespace de la ville, cest lespace de la société qui se reflète comme dans un fidèle miroir. Saurons-nous gérer ces paradoxes, assumer que la ville évolue, quelle se transforme ? Saurons-nous organiser dans lespace la nouvelle plate-forme déchange et de soins spécialisés, aussi bien que la maison daccueil de proximité centrée sur une prise en charge globale de lindividu dans sa complexité ? Saurons-nous affecter, désaffecter, réaffecter, choisir les traces que nous lèguerons tout en acceptant den faire disparaître en participant au mouvement séculaire de recréation ? Saurons-nous dans lespace traduire les mutations de la société ? Ces missions incombent aux décideurs autant qu aux bâtisseurs et aux penseurs. Lors du Colloque à lUNESCO en décembre 1999 sur lhôpital du XXIè siècle, organisé par lAP-HP, Edouard Couty, Directeur des Hôpitaux au Ministère de lEmploi et de la Solidarité, déclarait : « lhôpital ne sera pas un plateau technique hypertrophié, isolé et silencieux. Il sera lélément dun tissu vivant composé de différentes cellules qui comporte la ville et la communauté scientifique. Il faut donc que la réglementation et les financements puissent évoluer dans un même sens. On le voit, louverture de linstitution hospitalière hors de ses murs dépendra non seulement de sa propre réactivité et de celle de ses personnels, mais également de la capacité de son environnement réglementaire et des acteurs politiques à accompagner, voire favoriser, cette évolution, en linscrivant dans le sol et dans lespace. « Le problème, a dit Georges Perec, nest pas dinventer lespace, encore moins de le ré-inventer mais de linterroger ou plus simplement encore de le lire : car ce que nous appelons quotidienneté nest pas évidence, mais opacité : une forme de cécité, une manière danesthésie ». |
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